FABLE
Dans le creux d'un rocher sauvage Loffeait un triste oiseau qu'on nomme le Hibou
Sa femino, ses enfuns, tout tenait dans son trou ; Il s'y trouvait heureux. Que faut-il davantage.' Un rat célibataire un jour lui dit : « Voisin , « À quoi rêves-tu là? Pourquoi cet air chagrin?
« Notre vie est sitôt passée !
. Que ne m imites-tu? Vois-moi, tous les matins, « Broutant, trottant, sautant, égayer mes destins
« Entre les fleurs et la rosée. >»
' Je me garderai bien d'envier tes plaisirs » ,
Répondit Toiseau solitaire :
" La dissipation n'a pas de quoi me plaire.
« Eh ! quel bien manque à mes désirs? « N'ai-je pas près de moi mes petits et leur mère?
« Cette moitié qui m'est si chère « Me fait bénir mon sort, rend tous mes jours heureux;
« Et ces tendres fruits de nos feux, « VoiscommeilssontjoliSjCorameilssonlfaitspourplaire. »
Ce Hibou parlait comme un père ,
Comme un amant, comme un époux, N'avait-il pas raison? Nos plaisirs les plus doux Naissent de notre cœur, se puisent dans nous-mêmes.
Qu'on me donne vingt diadèmes , Vaudront-ils un regard, vaudront-ils un soupir De la jeune beauté qui fait notre désir? Nous cherchons le bonheur, mais c'est à l'aventure; Nous traversons les mers, nous rampons dans les cours :
Vains projets! il nous faut toujours
En revenir à la nature.
ENVOI
Esprit juste et cœur adorable ,
Oui, Thérèse, dans cette fable
J'ai voulu peindre ta raison,
Qui pare ta jeune saison,
Et te rend encor plus aimable.
Comment ferais-tu pour sortir
De ce bon sens inestimable
Qui t'éclaire et te fait sentir
Où gît le bonheur véritable?
Oh ! qu'il est heureux dans son trou ,
Cet oiseau qu'on nomme Hibou!
Le sort a fait de ce bijou
L'humble cachet de ma famille.
Sur ses pieds, droit comme une quille^
Toujours grave et pensant beaucoup,
Il ne sort qu'entre chien et loup ;
Il craint et fuit tout ce qui brille.
Mais ce triste amant des forêts
Est un bon père de famille ;
Il chérit ses rameaux épais ,
Son bois, son écho, sa montagne,
Et goûte auprès de sa compagne
L'amour, le silence et la paix.
Comme eux si le ciel nous rassemble,
Thérèse , nous serons ensemble
POÉSIES DIVERSES. Ssg
Avec nos petits nuit et jour.
À coup sûr, cufaus de l'Amour, Ils ressembleront à leur mère.
Oh! vois-tu comme ils sont gentils?
Mais qui sait? Peut-être auront-ils Quelques traits aussi de leur père.
Laissons le Rat célibataire À son gré courir le pays.
Qui cherche tant à se distraire N'est point heureux dans son logis.
Plein de caprices infinis, Changeant de maîtresses, d'amis, Le pauvre Rat aura beau faire y Le bonheur est un solitaire Qui fuit toujours les étourdis Et ces libertins si hardis Avec qui iFIymen est en guerre; Or, ces libertins n'aiment guère.
Je crois du ciel qu'ils sont maudits.
C'est de Dieu que viennent les nids :
De Dieu les hymens sont bénis.
Cousine charmante et si chère, Le ciel mit l'amour sur la terre; Mais te voir, t'aimer et te plaire, N'est-ce pas , sans ce que j'espère , La moitié de mon paradis?
33o POÉSIES DIVERSES.