‹ OEuvres (volume 3)Chapitre 58 sur 97 · FABLE · texte numérisé non relu

FABLE

Dans le creux d'un rocher sauvage Loffeait un triste oiseau qu'on nomme le Hibou

Sa femino, ses enfuns, tout tenait dans son trou ; Il s'y trouvait heureux. Que faut-il davantage.' Un rat célibataire un jour lui dit : « Voisin , « À quoi rêves-tu là? Pourquoi cet air chagrin?

« Notre vie est sitôt passée !

. Que ne m imites-tu? Vois-moi, tous les matins, « Broutant, trottant, sautant, égayer mes destins

« Entre les fleurs et la rosée. >»

' Je me garderai bien d'envier tes plaisirs » ,

Répondit Toiseau solitaire :

" La dissipation n'a pas de quoi me plaire.

« Eh ! quel bien manque à mes désirs? « N'ai-je pas près de moi mes petits et leur mère?

« Cette moitié qui m'est si chère « Me fait bénir mon sort, rend tous mes jours heureux;

« Et ces tendres fruits de nos feux, « VoiscommeilssontjoliSjCorameilssonlfaitspourplaire. »

Ce Hibou parlait comme un père ,

Comme un amant, comme un époux, N'avait-il pas raison? Nos plaisirs les plus doux Naissent de notre cœur, se puisent dans nous-mêmes.

Qu'on me donne vingt diadèmes , Vaudront-ils un regard, vaudront-ils un soupir De la jeune beauté qui fait notre désir? Nous cherchons le bonheur, mais c'est à l'aventure; Nous traversons les mers, nous rampons dans les cours :

Vains projets! il nous faut toujours

En revenir à la nature.

ENVOI

Esprit juste et cœur adorable ,

Oui, Thérèse, dans cette fable

J'ai voulu peindre ta raison,

Qui pare ta jeune saison,

Et te rend encor plus aimable.

Comment ferais-tu pour sortir

De ce bon sens inestimable

Qui t'éclaire et te fait sentir

Où gît le bonheur véritable?

Oh ! qu'il est heureux dans son trou ,

Cet oiseau qu'on nomme Hibou!

Le sort a fait de ce bijou

L'humble cachet de ma famille.

Sur ses pieds, droit comme une quille^

Toujours grave et pensant beaucoup,

Il ne sort qu'entre chien et loup ;

Il craint et fuit tout ce qui brille.

Mais ce triste amant des forêts

Est un bon père de famille ;

Il chérit ses rameaux épais ,

Son bois, son écho, sa montagne,

Et goûte auprès de sa compagne

L'amour, le silence et la paix.

Comme eux si le ciel nous rassemble,

Thérèse , nous serons ensemble

POÉSIES DIVERSES. Ssg

Avec nos petits nuit et jour.

À coup sûr, cufaus de l'Amour, Ils ressembleront à leur mère.

Oh! vois-tu comme ils sont gentils?

Mais qui sait? Peut-être auront-ils Quelques traits aussi de leur père.

Laissons le Rat célibataire À son gré courir le pays.

Qui cherche tant à se distraire N'est point heureux dans son logis.

Plein de caprices infinis, Changeant de maîtresses, d'amis, Le pauvre Rat aura beau faire y Le bonheur est un solitaire Qui fuit toujours les étourdis Et ces libertins si hardis Avec qui iFIymen est en guerre; Or, ces libertins n'aiment guère.

Je crois du ciel qu'ils sont maudits.

C'est de Dieu que viennent les nids :

De Dieu les hymens sont bénis.

Cousine charmante et si chère, Le ciel mit l'amour sur la terre; Mais te voir, t'aimer et te plaire, N'est-ce pas , sans ce que j'espère , La moitié de mon paradis?

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