NOTICE HISTORIQUE SUR LA COTE DES DEUX AMANS
L.\ Côte des Deux Amans, célèbre en Normandie depuis tant de siècles, doit son nom à la plus chère et la plus intéressante de nos passions, lorsque surtout la vertu l'accompagne, et que rien ne nous reproche nos pleurs dans le tendre intérêt que nous prenons à ses victimes.
Voici ce que m'a pu fournir d'instruction à ce sujet la dame respectable à qui j'ai ru Thonneur d'adresser les vers où j'ai tâché de conter, le mieux qu'il m'a été
possible, rhistoire des Deux Amans infortunés. Je n'aurai, pour ainsi dire, qu a copier une piU'tie de sa lettre.
« Ma sœur et moi, Monsiciu-, nous a\ons fait tout « ce qui dépendait de nous pouraequérirdes lumières « sur un sujet qui semble fait pour ranimer les cordes « sensibles de votre Ivre. Elles ne sont puisées que «dans la tradition du pays, et quelques notices de « Darnaud, de Saint-Foix et de Madame de Genlis, « toutes restreintes et de même nature.
« Le vieux cbâteau de la vallée d' Andelle était .-' occupé par un seifjneur de l'ont-Saint-Pierre, con- « temporain de Cbarlomaguo. Sa Fdle, nommée Ca- « liste , jeune et belle , fut aimée et devint éprise d'un «jeune paysan, nommé Edmond, serf de son père. « Ce père, pour désespérer leur amour, imagina de « mettre à son consentement une condition impos- « sible. Il promit qu'il lui donnerait sa fdle, s'ilpou- * vait la porter de suite, et sans aucun repos, jus- « qu'au haut de la côte qui règne sur le château et X toute la vallée d'Andelle, et de la déposer sur son f sommet , quoiqu'il fût regardé comme inaccessible.
" Le jeune homme, par une force et un courage .< incroyables, arrive au sommet, y dépose sa con- « quête, penche la tète, 6xe des yeux pleins d'amom- «sur elle, et tombe mort de fatigue. Son amante (• meurt à Vinstant de douleur. Tel est le fond de -. rinstoire.
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n Lp père, ti'oj) tard atttMi;lri ot repentant, fit érin ger par la suite le Prieuré des Deux Amans au haut « de cette côte; mais il fit enfermer les tleux corps « dans un même cercueil, et les fit transporter dans « la chaj>o!le la plus voisine, dépendante du monas- « tèredeFontaine-Guerare,qui forme actuellement, «comme vous le savez, Monsieur, la propriété de « M. Gueroult, mon beau-frère. La tradition dit que « le malheureux père de Caliste mourut de chajjriu « de là mort de sa fille.
« Ce qui confirme , ^lonsicur, l'érection du Prieuré « des Deux Amans au haut de la cote, c'est d'abord « son nom, et ensuite le sceau do la maison , qui re- « présentait la tête d'une jeune fille et celle d'un "jeune honmie. Ma sœur, épouse de jM. Gueroult, « tient cette particularité du dernier prieui-, qui vient « de mourir. La pierre du tombeau a été mutilée lors « de la révolution, mais M. Gueroult a su d'une reli- « gicusc du couvent, qu'elle était placée antérieure- « ment à la porte de la chapelle que couvre encore « un vieux et immense lierre, que vous avez dû voir, « Monsieur, lorsque vous avez fait à M. Gueroult « l'honneur de passer avec nous quelques jours sur « les bords de l'Andelle, dans son intéressante acqui- « sition de Fontairie-Guerare, fontaine charmante, « voisine de sa maison , et qui a donné son nom à ce « monastère. »
Voilà ce que m'apprend cette dame dans sa lottre.
36o POÉSIES DIVERSES.
Je me souviens effectivement que ce lierre m'a frappe par son épaisseur, son (Heiidiio, et sur-tout par sa vieillesse si verte, et rcpandiu.' sur la porte et le portail très simple de cette ancienne église. Ce que j'ai remarqué sur-tout avec plaisir, c'est que M. Gueroult s'est fait comme un devoir agréable et religieux de conserver fidèlement daus son iloniaino et cette église, et ce lierre, et ce cloître gothique, qui fait accident dans son paysage, et sous lequel je me suis promené seul , avec des idées graves et l'attendrissement que devait naturellement m'inspirer l'aspect de cette côte immense et mémorable des Deux Amans, qui, depuis Charlemagne, pendant le cour^ de tant de révolutions, lorsque tant de monumens n'ont laissé aucun souvenir sur leurs débris mêmes , disparus à leur tour, nous rappelle encore sans cesse quel est l'indestructible empire de notre raison et de cet éternel intérêt de l'amour et de la vertu, dont on ne peut dépouiller notre nature.
POÉSIES DIVERSES. '^&t
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