‹ OEuvres (volume 3)Chapitre 67 sur 97 · À MADAME DALMAS · texte numérisé non relu

À MADAME DALMAS

Epouse de M. Dalmas , ci-devant Officier supérieur. Maire de la ville de Compiègne.

Ces vers, nés dans mon sein pour chanter la vieillesse,

C'est à toi que je les adresse, Cousine aimable et chère, ou plutôt tendre sœur; Car ce nom si charmant , ce nom plein de douceur, Nous l'avons, par l'usage et par notre tendresse,

Tiré du fond de notre cœur.

C'est un don que nous fit l'amour et la nature. Non, quand, lame tremblante et d un air rassuré,

POÉSIES DIVERSES. SCg

Sur mes traits , sur mon front par la fièvre égaré , De la fin de mes nuiux tu cherchais quelque augure. Non, jamais de mes jours tu n'as désespéré. Ah! Castor et Pollux, au plus fort de l'orage, Sur le bord de ma tombe , au moment du naufrage, Auraient-ils donc fait luire à tes yeux consternés Leurs astres fraternels , leurs rayons fortunés ,

Doux flambeaux d un heureux présage?

Puisque je vis encor, cousine-sœur, ah! vien

Me revoir dans mon ermitage.

Des amis, dans ce monde insensible et volage, L'absence trop souvent est peu de chose ou rien ; Pour un ermite, un frère, hélas! c'est un veuvage. Parmi d'autres vieillards distingués par les ans.

Si j'avais pu , selon l'usage , Au sein des rocs, des lacs, des helvétiques champs, Sur mon luth courageux, quoiqu'affaibli par l'âge,

Aller fêter les cheveux blancs !

Oh ! sur ma route , ému , comme j'aurais , plein d'aise , Couvert de mes respects, de mes pleurs, de mes y€ux, Le berceau de mon père et de tous mes aïeux,

Sur les monts de la Tarantaise !

O force! ô droit du sang! étrange impression! Il m'a transmis ses mœurs, ses traits, son caractère, Pour les pervers polis sa noble aversion, Son goût pour les forêts, pour la retraite austère, Ses profonds souvenirs, sa longue émotion. Peut-être que par lui je suis un bon lion, 3. .4

Mais je suis berofor par rua uièro.

Dès mes plus jeunes ans couo profession Me plut, me [)lait encor, me scia toujours chère. Qui sait, en suppliant, si dans rpu^Ujuc; liameau .le ne parviendrais pas à trouver un troupeau? Mais hélas! vieux berger, où trouver la bergère? Voilà le difficile; et c'est im triste cas. Pour me charmer du moins s'il me restait ma muse! Mais (jue me tombe-t-il en glanant sur ses pas? Quelques épis fanés, un vain trait qui m'amuse;

(Quelque fleurette des déserts ; Un œillet de poète , ou peut-être une rose , Le soupir d'un roseau qui provoque mes vers. Un souvenir, un rêve. Eh! dans cet univers

Pouvons-nous trouver autre chose?

Je ne m'abuse pas : ce n'est plus le bon temps.

Oii sont-ils ces tons caressans

De la musette aux doux accens Que Ducis, ton berger, jadis te fit entendre? Tu commandais alors , je n'avais qu'à dépendre,

Qu'à t aimer; puis t'aimer encor :

C'était vraiment mon âge d'or.

Ils ont fui ces beaux jours; avec quelle vitesse ! Me voilà bien avant entré dans la vieillesse. Toi-même vers son but le Temps te fait courir : La beauté, la vertu contre lui n'ont point d'armes. La rose à peine naît qu'il aime à la flétrir; Eh quoi! Thérèse aussi tu devais donc mourir?

poi>.sil:s divkrsks. 371

Vieillard impiioyahlc, il outragea les charmes; Mais ton cœur t'est resté : j'en attends quelques larmes Sur uiou tondx'au qui v:i s'ouvrii-.

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