‹ OEuvres (volume 3)Chapitre 7 sur 97 · SUR SA CONVALESCENCE · texte numérisé non relu

SUR SA CONVALESCENCE

O toi par qui je vis et pour qui je respire , Ma mère , cher trésor que le ciel m'a rendu , Enfin, ma terreur cesse, et mon œil éperdu

Sur ton lit ne voit plus reluire Le glaive de la mort trop long-temps suspendu. Ah! je frissonne encor de l'horreur qu'il m'inspire. Cependant quand la fièvre , après un court repos , Pour dévorer tes jours accourait plus terrible. Dans ton lit de douleur, au milieu de tes maux ,

J'ai vu ton front calme et paisible.

Ce n'est pas que ton cœur sensible Ne connût, n'éprouvât, ne plaignît nos douleurs. Hélas! nous redoutions de te montrer nos larmes,

Tu craignais de montrer tes pleurs.

Tu payais ce tribut de tendresse et d'alarmes À la nature , au sang qui m'unit avec toi ; Mais sur quel ferme appui , sur quel rocher, dis-moi ,

Se fondait ton ame affermie ,

Quand du bord étroit de la vie

Tu fixais sans frémir cet abyrae profond ,

Cette éternité redoutable Où tout pouvoir, grandeur, se perd et se confond?

À cette image épouvantable,

Non, ce n'est point par des discours, Par les rêves hardis d'une raison frivole , Charlatans fastueux qui nous trompent toujours, Que riiomme , au noir flaîubeau'qui fait pâlir ses jours ,

Ou se soutient, ou se console.

Pour toi , pour toi , ma mère , il fut une autre école.

Ton cœur qui n'a jamais flotté Dans ce vague affligeant, ce vide qui désole, Par l'ancre de la Foi fortement arrêté , Du sein de la tempête humblement s'est jeté

Dans les bras de ce commun père, De ce Dieu de bonté, de tendresse et d'amour, Qui, plaignant les enfans restés seuls sur la terre, Oiseaux abandonnés dans leur nid solitaire , Les rappelle vers lui dans un plus doux séjour. Et les enfante au ciel pour les rendre à leur mère.

Aussi , plein d'espérance et de sérénité , Aux portes du trépas , ton esprit immobile S'est posé doucement sur un chevet tranquille, Ne voyant dans la mort que l'immortalité,

Et dans le tombeau qu'un asile.

Tu l'avais craint de loin , tu l'as bravé de près; Tu n'as point attendu qu'en ces xnomens funèbres

Il te vînt, mais trop tard, révéler ses secrets. Tu dévoras cent fois ces complaintes célèbres, Où l'amant de la nuit, Tami des malheureux, Le troj) sensible Young, sous des cyprès affreux, A chanté sa douleur, la mort et les ténèbres.

Dis-moi pourtant, dis-moi comment de ta gaîté. Comment de ton esprit le ton piquant s'allie Avec le grave front de la mélancolie

Qui médite Téternité?

Ton œil reprend sa grâce et sa vivacité; Tu renais : mon cœur bat. Tout rit dans la nature, Tout brille. Est-ce une erreur? Est-ce un enchantement? Ces gazons sont plus verts; la lumière est plus pure; Ce ruisseau sous les fleurs court plus rapidement;

L'oiseau chante plus tendrement ;

Les bergères plus vivement Frappent d'un pied léger ces tapis de verdure. O prés délicieux! vallons frais, grotte obscure, Séjour propre au bonheur, que vous êtes touchans! Oui, j'étais né pour vous, j'étais né pour les champs;

C'est tout mon cœur qui m'en assure.

J'aurais été berger, c'était là mon destin. Oh ! comme avec plaisir j'aurais pris le matin

Ma panetière, ma houlette!

Et sans doute vous pensez bien Que je n'eusse jamais oublié ma musette. J'aurais eu mes moutons, ma maîtresse, mon chien.

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On aurait dit Ducis, comme on dit Timarotto.

Un autre sort m'entraîne. Allons, do son tombeau

Que Macbeth tout sanglant à ma voix se réveille!

Itallumons, s'il se peut, mes esprits an flambeau

Du sombre Crébillon, du subîime (k)rneille.

Ma mère, entends mes vers, lih bien! as-tu frémis?

De ton sang dans mon cœur reconnais-tu la flamoKi?

As-tu versé des pleurs? Ai-je cbi-anlé ton ame?

Tout ton sein palpitait, le sens-tu raffermi?

Tes yeux pleins de bonheur, plein de douces alarmes,

M'observent tendrement, et répandent des larmes.

Ah! si le sort, moins ennemi, Honorait mes travaux par d'illustres suffrages! Si ton bonheur du moins me payait ses outrages! Hélas! tu sais quels traits le ciel lança sur moi. Sans père... sans épouse... après un long orage, Nu, combattant les flots, échappé du naufrage,

Ma mère , je reviens vers toi ; Je viens saisir ton bras qui m'appelle au rivage. De ton péril passé mon cœur est encor plein. Et tes soins, tes leçons, tes jours, tu les destines

À mes deux pauvres orphelines.

Leur mère, hélas! n'est plus; tu leur ouvres ton sein.

Tu fus mon appui dès l'enfance.

Et ta vieillesse encore aime à me soutenir.

Chaque jour tu me fais bénir

Le sein qui m'a donné naissance.

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Tu m'appris, par tes mœurs, la vertu, 1 innocence; Tu viens dans tes douleurs de m'apprendre à mourir; Donne-moi maintenant des leçons de constance. Hélas! j'en ai besoin, Thomme est né pour souffrir. Le ciel, cpii Ta voulu, fit pour moi sur la terre Germer jjien des douleurs : s il dai^^nait les calmer.

Voir mes pleurs, et se désarmer!

S'il rendait seulement sa coupe moins amère! Non : l'or ni la grandeur ne sauraient m'enflammer; J'eus même assez souvent peine à les estimer. J'ai vu leur rien de près, j ai pesé leur chimère; Mais il est d'autres biens, plus faits pour me charmer. Que l'oii ji'achéte poiiit, qu'il est si doux d'aimer : O ciel ! conserve-moi mes enfans et ma mère !

KI'ITISKS Cl

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