ACTE II, SCÈNE VIII. aiS
A présent et toujours je veux être sincère ; Je ne redoute rien autant que ta colère ; Je Tai dit à Linant....
BOLLIN.
Monsieur Linânt !... Eh ! mais ^ C'est un ingénieur que tu connus i Metz , Qui, tout jeune*, i ta main s'avisa de prétendre, Et que j'ai re&sé , voulant Charle pour gendre.
CONSTAKCB.
C'est lui que tes refus avaient désespéré , Que j'avais cru de moi pour toujours séparé.
Après deux ans d'absence , il est encor le même; Comme il m'aimait alors , il proteste qu'il m'aime.
ROLUN.
Allons ; je le vois bien ; quelque heureux que l'on soit , irfant souffrir un peu; c'est un tribut que doit Et que paie ici-bas tout père de famille.
Mûip je te fais soufirir? Dispose de ta fille.
Ecoute-moi. Voici ce que je te dirai, Ce que tu $entiras ; car je te parle vrai.
Ces inclinations, ces tendres sympathies, Qu'on voit dans les romans et dans les comédies , Dont les esprits oisifs sont juges indulgens , Exaltent, par malheur, trompent les jeunes gens. On perd , en poursuivant un mensonge , une fable »
ii6 LE VIEUX FAT.
Et le goût et le smn du bonheiir véritable.
J'ai ya le plus souvent ces belles passions
Finir par le dégoût et les divisions.
Te choisir un époux, c'est mon devoir, Constance ;
Pour ton sexe combien ce choix a d'importance !
Ce lien , sur lequel on ne peut revenir.
Fait le sort d'une femme et tcmt son avenir.
Je te parle , m.a fiUe, en ami plus qu'en père.
Yois~tu ? lorsqu'autrefois je recherchai ta mère ,
Et que pour l'obtenir je fus assez heureux.
Je ne me donnai point pour en être amoureux ;
Mais nous nous convenions ; nos parens nous unirent ;
Sans Diotts. passionner,^ nos deu^ cœurs s'entendirent;
Eh bien! depuis trente ans que nous sommes époux,
L'amour ou l'amitié qui vieillit avec nous
Chaque jour semble croître , au lieu d'être afiaiblie ;
Voilà comme j'aspire à te voir établie ;
Car je veux , avant tout , ton bonheur.
ÇONSTAI^GE,
Je le croi.
Monsieur Linant n'est pas très-amoureux de moi.
ROLLI19.
L'amour seul peut conmiettre une telle imprudence. Âs-tu fait à quelqu'un ici la confidence De ce fâcheux secicet , et suis-je le premier ?
CONSTAKCE.
Avant mon père , k qui puis*je me confier P Maman est à Paris ; sans cela, quand j'y pense,