ACTE II, SCÈNE IV
HOMBElfr.
On me fait trop d'honneur. Je dois bien convenir Que voyageant beaucoup , j'ai vu beaucoup de choses. J'ai connu les effets et pénétré les causes. Il est un art sur-tout , art assez compliqué , Auquel avec succès je me snis appliqué.
Je suis, sans me vanter, bon physionomiste^.
Que je voie , un moment , figure gaie ou triste!... Par exemple , tenez , je m'y connais assez , Pour vous dire à l'instant tout ce que vous pensez ; Qu^une heure seulement j'entretienne une dame, Je lis , à livre ouvert , dans le fond de son ame.é. Tous ces petits secrets. . . là. . . qu^an cache aux époux. . .
M™« JAQUïNOT.
Ah! mon Dieu! j'aurai peur de causer avec vous.
HOMBERT
Restez. Je ne fais point un indiscret usage
De ma science. Au reste, on l'acquiert avec l'âge.
Pour un homme exercé cela devient un jeu.
On lit l'amour ardent dans un œil plein de feu,
Dans un sombre regard la basse jalousie ;
Un petit nez en l'air nous peint la fantaisie ;
Le teint hâve et plombé, les doigts secs et crochus ,
L'homme qui n'aime rien qu'à compter des écus.
L'un a des yeux de taupe , el l'autre un regard d'aigle.
Lavatre a là-dessus donné plus d'une règle
Infaillible; à Zurich, en huit jours, il m'apprit
L'art de voir dans les traits ce qu'on a dans l'esprit.
»r»*» JAQUINOT.
Vraiment?
£!OMBERT.
Ce que je, di^ , Madame , est à la lettre.
Voulez-Tous réprouver ?
M*»» JAQUINOT.
Mais... oui.
HOMBKRT.
Daignez permettre ; Tenez-vous là... Fixez vos regards sur les miens... C'estcela... Je crois voir... Oui, vraiment, je le tiens... Un trésor. . .
Âh! mon Dieu!...
Ht)MB£RT.
Demeurez immobile.
Point de trouble indiscret; car il m'est inutile.
( D*nii ton solennel , et comme s*il lisait dans ses yenz. )
Un trésor vous occupe , et l'on vous a prédit Que vous le trouveriez; de là, dans votre esprit, Naît un désir extrême , une ardeur inouie De vous approprier cette somme enfouie...
M"« JAQUINOT.
Et c'est précisément pour cela que je vien.
HOMBERT
Vous voyez : quelquefois je rencontre assez bien.
Je n'en puis revenir ; cela tient du prodige !