ACTE I, SCÈNE I
Je quittai, dès quinze ans, la maison paternelle, Et suivis le négoce avec ardeur et zèle.
Vous, plus jeune que moi^ bien loin de m^imiter, A je ne sais quels goûts vous laissant emporter, Vous vous .êtes jeté dans la littérature, Kourri de bel esprit , enrichi de lecture ; Dans vos doctes travaux, uniquement plongé, Au solide, au réel vous n'avez point songé.
Moi , je me suis fixé. Vous, d^humeur vagabonde , Afin de vous instruire , avez couru le monde ; Quand il fut question d'un établissement, Je me suis bien gardé d'écouter sottement Un penchant amoureux ; enfin j'ai , pour conclure , Considéré la dot et non pas la future.
De vos voyages , vous , à peine de retour, Vous vous êtes ici marié par amour.
Et sans dot. De ma marche et de votre conduite Avec moi, s'il vous plait, considérez la suite. Là-bas , dans ma province ^ à Vitry-le-Français , La maison Jaquinot commerce avec succès.
Dieu merci , je n'ai pas une grande famille ; Et quand il s'agira de marier ma fille Unique, à qiii je puis donner vingt mille écus, Mous ne manquerons pas, je crois , de prétendus;. Déjà , pour un notaire on me l'a demandée ; Mais j'ai mieux que cela pour elle dans l'idée. Vous , avec trois garçons , n'en ayant pas assez , D'une étrangère encor vous vous embarrassez ; II. a
i8 LE TRÉSOR.
Cette orpheline à qui mon père , trop facile , Chez lui, par charité, daigna donner asile, Yous la gardez , je gage ? .
LATOUn.
Oh! oui. Depuis long-tems, Je la vois du même œil que mes propres enfans. Elle est charmante; elle est raisonnable, sensible....
JAQUINOT.
Et yous la marierez ?
LATOUB.
J'y ferai mon possible.
C'est la fille, après tout, de monsieur de Méry, Qui fut de notre père et l'élève et l'ami.
Chargé d'un grand emploi , maître d'un bien immense. Il fut forcé de fuir et de quitter la France , Laissant à son ami sa fille
LATOUR
Et non son bien.
Vous la donnez peut-être au jeune prussien, A ce monsieur Hombert, votre pensionnaire ?
LATOUR
Moi, j'y consentirai s'il parvient à lui plaire. Elle est majeure et libre , et selon son désir J'ai de bonnes raisons pour la laisser choisir.
JAQUIIÏOT. . -
Et la dot ( car voilà la chose essentielle ) , Où la prendrez-yotts ? Hein F