SCÈNE III
JAQUINOT, M- JAQUINOT.
JAQUINOT.
Vous , ma femme , écoutez la raison.
n bai penser d^abord au bien de sa maison.
M"« JAQUINOT.
Mon Dieu ! de vos leçons , Monsieur , je vous dispense , Et je sais mieux que tous comme il faut que je pense.
JAQUINOT.
J^ai sujet d^espérer qu'un grand événement
Ya £ûre , à ma fortune , un heureux changement.
M™« JAQUINOT.
Tant mieux ; c'est un espoir, Monsieur, que je partage.
JAQUINOT.
Je ne puis vous en dire à présent davantage.
Mais si nous nous trouvons à Tabri du besoin , Fort riches même , alors que faut-il ? Voir plus loin , Savoir de la fortune user avec adresse , Et s'en Satire un moyen d'augmenter sa richesse.
M»* JAQUINOT.
Yous êtes fort le maître ; oui , sachez amasser , C'est votre affaire ^ et moi , je saurai dépenser.
JAQUINOT.
Vous saurez dépenser ? Je dis tout le contraire. Vous dépenserez mal, si l'on vous laisse faire. Vous me parlez déjà de rassembler chez vous Je ne sais quelles gens , des folles et des fous Qui ne sont bons à rien. . .
M"»« JAQUINOT.
Pourvu qu'ils soient aimables .
JAQUINOT.
De services réels ces gens sont incapables.
Irai-je , sans motifs , leur prodiguer mon bien ? Mon principe est qu'il faut ne donner rien pour rien , Ne pas perdre un diner , et s'arranger de sorte , S'il coûte de l'argent , qu'ensuite il en rapporte. Depuis un certain tems , vous devez le savoir , Les diners , dans le monde , ont un très-grand pouvoir. Ils vous font des amis.
M"** JAQUINOT.
Que vous êtes sordide !
Que vos goûts sont mesquins !
JAQUINOT.
Non; je visé au solide.
Je songe à m'avancer, h faire mon chemin.
M«« JAQUINOT.
Moi , je songe à jouir ; car c'est le plus certain ; Je prétends qu'au plaisir ma maison soit ouverte.
JAQUINOT.
Oui , mangeons notre bien , mangeons-le en pure perte ;
ACT£ m, SCÈNE III. 75
Vous faites preuve ainsi d'un fort beau jugement.
M™« JAQUINOT.
Je fais preuve de goût et de discernement.
Nous verrons...
M»« JAQVlIfOT.
Nousverrons, quoi qu^ondise et qu'on fasse , Artistes , gens d^esprit ....
JAQUINOT.
Financiers, gens en place.
^ M»« JAQUINOT.
Yous prenez grand plaisir à me contrarier.
JAQUI190T:
A la raison jamais on ne peut vous plier.
M"« JAQUINOT.
IMie fixer à Paris est ce que je projette.
JAQtJiKOT.
Je le projette aussi : la maison que j'achète....
M"« JAQUIÎÏOT.
Yous voulez acheter ?
JAQUIKOT.
Oh! je voiis en réponds.
M™* JAQUINOT.
Et comment paierez-vous ? Vous n'avez pas de fonds. .
JAQUII^OT.
Nous pourrons en trouver.
M™« JAQUINOT.
Avec ma signature ?
Je ne m^engage pas pour vous , je tous assure.
JAQVII70T.
Cependant vous vouliez ....
M"« JAQUINOT.
Je ne signerai rien.
JAQUINOT.
Ma femme !
M«»« JAQUIIÎOT.
Oui ! vous irez dénaturer mon bien ^ Manger ma dot ! Oh ! non.
JAQUINOT.
Eh ! que n'est-elle au diable, Votre dot ? Ce trait-là, d'honneur, est incroyable ; Tout à rheure , en dînant, vous étiez d'autre avis ; Vous disiez....
M"*» JAQUINOT.
Je disais .'^. ... Eh bien ! je me dédis ^ Et j'ai toujours raison.
JAQUINOT.
Permettez !
Non.
JAQUINOT.
Non.
Madame !
M"*' JAQUINOT.