SCÈNE VI
M. BAPTISTE aîné, L'AUTEUR.
H. BAPTISTE
Oh! çà, nous voilà seuls. Dites-moi, quel caprice, Ou quel motif soudain peut vous déterminer ?
l'auteur^ Ce motif est, je crois, facile à deviner* Dans le doute, abstiens-toi ; c'est la leçon du sage; Voici l'occasion de la mettre en usage.
«I. BAPTISTE
Bon!.,..
i54 PROLOGUE.
l'auteuïi.
Je n'ai jamais eu, grâce au ciel, le travers , Et vous le savez bien , d'être ëpris de mes vers ; Mais ma frayeur redouble à Tinstant de la crise ; Je crains la chute , enfin, s'il faut que je le dise. Ce mot seul épouvante.
M. BAPTISTE
Il faut vous rassurer ^ Et de révënement un peu mieux augurer.
Votre pièce a déjà paru sur notre scène ; L'accueil qu'elle y reçut ne vous fit pas de peine.
l'auteur.
Mais il ne me fit pas très-grand plaisir aussi.
M. BAPTISTE
Auprès des connaisseurs l'ouvrage a réussi ;
Ils en ont fait l'éloge à titre légitime ,
Et vous avez joui d'un vrai succès d'estime.
l'auteub.
C'était le seul sans doute auquel ma pièce eût droit; Mais un succès d'eistime est un succès bien froid.
M. BAPTISTE
Vous serez plus content, je crois, d'une autre épreuve
Par vos corrections la pièce est presque neuve ;
Vous l'avez resserrée en un cadre moins grand;
L'action marche et n'a plus rien de languissant ;
Le but en est moral et le plan raisonnable ;
Le dialogue vrai , naturel , convenable.
Votre intrigue n'est pas abondante en ressorts;
Mais poar intéresser elle en a d'assez forts. Ce que l'on a sur-toat approuve , c'est le style : Il a paru correct, élégant et facile.
Aussi quand vous aurez charmé les spectateurs , Vous êtes sûr encor de plaire à vos lecteurs. Cette seconde gloire est plus rare et meilleure , * Et le bon écrivain est le seul qui demeure.
l'auteur.
Vous êtes indulgent.
M. BAPTISTE
Moi ? non ^ en vérité ;^ ^ Je vous dis ma pensée avec sincérité.
Votre ouvrage est semé de détails agréables , Et vous avez au moins trois rôles remarquables : Vos deux vieillards, et puis ce valet cajoleur Qui vit de flatterie et qui ment sans pudeur. Après tant de valets dont la scène fourmille , Vous avez augmenté leur nombreuse famille D'un personnage neuf, heureusement choisi ; Son vice à son état est fort bien assorti ; Et dans ce valet-là je crois que plus d'un maître , S'il y regardait bien , pourrait se reconnaître.
l'auteur.
Oui ; mais ils n'auront garde. Ainsi , vous espérez?. . .
M. BAPTISTE
L'ouvrage a des défauts ; vous les exagérez.
Moi, j'y vois des beautés, soit dit sans hyperbole....
i56 PROLOGUE.
l'auteur.
Mais dans la pièce enfin, vous qui jouez un rAIe, Ke répondez- vous ?
M. BAPTISTE
Ah! Je ne réponds de rien «
Sinon de vos acteurs, de leur zèle et du mien. Des efforts que j'ai faits, de ceux que je vais faire-; J'ai le public d'abord, et vous à satisfaire ; J'aime par-dessus tout à remplir mon devoir : Toujours je m'en occupe , et de tout mon pouvoir. Prenons un peu courage , espérons l'un et l'autre; J'attache avec plaisir ma fortune à la vôtre. La pièce encore un peu va vous inquiéter ; Venez , en attendant , l'entendre répéter.
l'auteur.
Allons, je me résigne, et d'une ame héroïque Je vois qu'il faut se faire un courage stoïque , A répreuve du coup....
M. BAPTISTE, M public.
Messieurs, malgré cela, Daignez ne pas nous mettre à cette épreuve-là.
FIN du prologue.
PERSONNAGES
MERYILLE, le vieux fat.
ROLLIN y ancien négociant retiré.
LINANT y jeune officier du génie.
LABROSSE , valet de chambre de Merville.
FRÉDÉRIC , laquais de Merrille.
CONSTANCE, fdle de RoUin.
SOPHIE, femme de chambre de Constance.
La scène est chez Rollin , dans une maison de campagne ,
près de Paris.
LE
OU
LES DEUX VIEILLARDS
COMÉDIE