‹ Œuvres (volume 4)Chapitre 90 sur 253 · SCÈNE VI · texte numérisé non relu

SCÈNE VI

M. BAPTISTE aîné, L'AUTEUR.

H. BAPTISTE

Oh! çà, nous voilà seuls. Dites-moi, quel caprice, Ou quel motif soudain peut vous déterminer ?

l'auteur^ Ce motif est, je crois, facile à deviner* Dans le doute, abstiens-toi ; c'est la leçon du sage; Voici l'occasion de la mettre en usage.

«I. BAPTISTE

Bon!.,..

i54 PROLOGUE.

l'auteuïi.

Je n'ai jamais eu, grâce au ciel, le travers , Et vous le savez bien , d'être ëpris de mes vers ; Mais ma frayeur redouble à Tinstant de la crise ; Je crains la chute , enfin, s'il faut que je le dise. Ce mot seul épouvante.

M. BAPTISTE

Il faut vous rassurer ^ Et de révënement un peu mieux augurer.

Votre pièce a déjà paru sur notre scène ; L'accueil qu'elle y reçut ne vous fit pas de peine.

l'auteur.

Mais il ne me fit pas très-grand plaisir aussi.

M. BAPTISTE

Auprès des connaisseurs l'ouvrage a réussi ;

Ils en ont fait l'éloge à titre légitime ,

Et vous avez joui d'un vrai succès d'estime.

l'auteub.

C'était le seul sans doute auquel ma pièce eût droit; Mais un succès d'eistime est un succès bien froid.

M. BAPTISTE

Vous serez plus content, je crois, d'une autre épreuve

Par vos corrections la pièce est presque neuve ;

Vous l'avez resserrée en un cadre moins grand;

L'action marche et n'a plus rien de languissant ;

Le but en est moral et le plan raisonnable ;

Le dialogue vrai , naturel , convenable.

Votre intrigue n'est pas abondante en ressorts;

Mais poar intéresser elle en a d'assez forts. Ce que l'on a sur-toat approuve , c'est le style : Il a paru correct, élégant et facile.

Aussi quand vous aurez charmé les spectateurs , Vous êtes sûr encor de plaire à vos lecteurs. Cette seconde gloire est plus rare et meilleure , * Et le bon écrivain est le seul qui demeure.

l'auteur.

Vous êtes indulgent.

M. BAPTISTE

Moi ? non ^ en vérité ;^ ^ Je vous dis ma pensée avec sincérité.

Votre ouvrage est semé de détails agréables , Et vous avez au moins trois rôles remarquables : Vos deux vieillards, et puis ce valet cajoleur Qui vit de flatterie et qui ment sans pudeur. Après tant de valets dont la scène fourmille , Vous avez augmenté leur nombreuse famille D'un personnage neuf, heureusement choisi ; Son vice à son état est fort bien assorti ; Et dans ce valet-là je crois que plus d'un maître , S'il y regardait bien , pourrait se reconnaître.

l'auteur.

Oui ; mais ils n'auront garde. Ainsi , vous espérez?. . .

M. BAPTISTE

L'ouvrage a des défauts ; vous les exagérez.

Moi, j'y vois des beautés, soit dit sans hyperbole....

i56 PROLOGUE.

l'auteur.

Mais dans la pièce enfin, vous qui jouez un rAIe, Ke répondez- vous ?

M. BAPTISTE

Ah! Je ne réponds de rien «

Sinon de vos acteurs, de leur zèle et du mien. Des efforts que j'ai faits, de ceux que je vais faire-; J'ai le public d'abord, et vous à satisfaire ; J'aime par-dessus tout à remplir mon devoir : Toujours je m'en occupe , et de tout mon pouvoir. Prenons un peu courage , espérons l'un et l'autre; J'attache avec plaisir ma fortune à la vôtre. La pièce encore un peu va vous inquiéter ; Venez , en attendant , l'entendre répéter.

l'auteur.

Allons, je me résigne, et d'une ame héroïque Je vois qu'il faut se faire un courage stoïque , A répreuve du coup....

M. BAPTISTE, M public.

Messieurs, malgré cela, Daignez ne pas nous mettre à cette épreuve-là.

FIN du prologue.

PERSONNAGES

MERYILLE, le vieux fat.

ROLLIN y ancien négociant retiré.

LINANT y jeune officier du génie.

LABROSSE , valet de chambre de Merville.

FRÉDÉRIC , laquais de Merrille.

CONSTANCE, fdle de RoUin.

SOPHIE, femme de chambre de Constance.

La scène est chez Rollin , dans une maison de campagne ,

près de Paris.

LE

OU

LES DEUX VIEILLARDS

COMÉDIE

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