ACTE II, SCÈNE V
Des vaisseaux sont tout prêts , et , sans en avertir ,
Pour des bords éloignés Othello doit partir.
Il a choisi , dit-on , des guerriers intrépides ,
Jeunes, impétueux, et de périls avides;
Je cherche ces périls. L'ourrais-je me flatter,
Pour combattre avec eux , qu'il daigne m'accepter?
Voudriez-vous pour moi demander cette grâce?
HÉDELMONE.
Quels vœux! Pourquoi faut-il que je les satisfasse? Hélas! tous ces périls où vous allez courir, Pourquoi les cherchez-vous? Répondez.
L0RÉD4N.
Pour mourir.
HÉDELMONE.
Rien ne peut vous ôter cette funeste envie?
C'est cesser de souffrir que sortir dé la vie.
HÉDELMONE,
Eh ! pourrez- vous , si jeune, aigri par vos malheurs...
LORÉDAN
La jeunesse est souvent la saison des doulem-s.
HÉDELMONE.
Ah ! je n'en fais que trop la triste expérience. Mon sort de nul mortel n'est ignoré, je pense?
LORÉDAN
Non, madame.
HÉDELMONE, h part.
Ainsi donc mes funestes amours
212 OTHELLO
Vont de la renommée occuper les discours!
( haut. ) Hélas ! à mon malheur est-on du moins sensible?
LORÉDAN
On y voit de deux cœurs le penchant invincible , Les droits de la beauté : mais on croit, entre nous, Que bientôt votre père, aveugle en son courroux...
HÉDELMONE.
Achevez.
Va se perdre , et par quelque imprudence Contre lui de l'État exciter la vengeance.
HÉDELMONE.
Ciel ! qu entends-je !
LORÉDAN
On l'observe. Il est né violent; Et peut-être à la mort il court en ce moment.
HÉDELMONE.
La mort! À ma douleur, seigneur, soyez sensible. Vous connaissez nos lois , sa perte est infaillible. Ah ! si vous avez plaint deux cœurs infortunés , Par un charme innocent l'un vers l'autre entraînés ; Si le vôtre est touché du cri de la nature ; S'il a connu l'amour et senti sa blessure ; S'il m'est permis enfin d'employer vos secours , Sauvez , sauvez mon père , et veillez sur ses jours. Combien, par ce bienfait, vos soins m'am^ont servie ! Seigneur, en le sauvant, vous sauverez ma vie.