ACTE III, SCENE III. y
Et je Toutragerais, si je pouvais trembler.
LORÉDAN
Je pense comme vous , et même sa furie
Montre avec quel excès il aimait sa patrie.
Mais ce cœur paternel, vous Tallez désarmer.
Comment à vos soupirs pourrait-il se fermer?
Ah ! la paix va rentrer dans ces yeux pleins de charmes .
Et rhymen et l'amour en essuieront les larmes.
Mais moi, désespéré; mais moi, né pour souffrir,
Qui déteste la vie, et qui cherche à mourir...
Ahl madame, avez-vous, en me plaignant encore,
Obtenu d'Othello le seul bien que j implore?
Pourrai-je enfin le suivre et voler aux combats?
Devrai-je à vos bontés la faveur du trépas?
HÉDELMONE.
J'allais, seigneur, j'allais vous tenir ma promesse, Othello m'écoutait... Vos traits, votre jeunesse, Votre sombre douleur, cet intérêt, hélas! Qu'on sent pour un héros qui cherche le trépas , Ce mouvement si doux, dont la pitié nous touche, Ont arrêté mes mots expirans dans ma bouche... Pourquoi vous obstiner dans ce triste dessein?
LORÉDAN
Hélas 1 plus que jamais je le porte en mon sein.
HÉDELMONE.
Mais le ciel «à vos vœux conserve encore un père?
LORÉDAN
Oui , madame.
a24 OTHELLO.
HÉDELMONE.
Eh ! pourquoi causez-vous sa misère?
LORÉDAN
Mon désespoir m'y force, il trouble ma raison.
HÉDELMONE.
Ah ! gardez-vous , seigneur, de quitter sa maison !
LORÉDAN
Dans l'univers entier je ne vois plus d'asile.
Il fut un temps ! hélas ! oîi mon cœur plus tranquille...
Eh ! seigneur, achevez , fiez-vous à ma foi : Votre rang? votre nom? parlez , répondez-moi.
LORÉDAN
Madame... Non, jamais...
HÉDELMONE.
Quelle est votre naissance?
Oii votre père a-t-il élevé votre enfance?
LORÉDAN
Madame, un étranger fut chargé de ce soin.
HÉDELMONE.
Un étranger! Pourquoi?
LORÉDAN
Le ciel m'en est témoin , Je n'ai point accusé la tendresse d'un père; Il craignait pour mes jours une main meurtrière. Dans nos troubles civils un vieillard vertueux Gouverna par ses mœurs mon âge impétueux. Le ciel, dans sa retraite, entoura mou enfance