ACTE III, SCÈNE IV
HÉDELMONE.
O mon père ! est-ce vous?
Quelle affreuse pâleur sur tout votre visage Du malheur et des ans a déployé Toutrage?
ODALBERT.
Que te fait mon malheur, après Tavoir causé? Que t'importe mon âge, après m'avoir laissé? Quand j'étale à tes yeux ton crime et ma misère, Qui t'a donné le droit de me nommer ton père? Mais un autre intérêt doit ici me toucher. De ces coupables lieux je viens pour t'arracher. J'ai repris tous mes droits. L'hvmen n'a pas encore Armé de mon pouvoir l'imposteur que j abhorre. Il n'est pas ton époux. Dans ton cœur éperdu Si le cri de l'honneur est encore entendu, Si tu veux rendre au mien son sang et sa famille; Si tu veux que ma voix t'appelle encor ma fille, Tout est prêt, suis mes pas.
HÉDELMONE.
Vous savez, en ce jour, Quel trouble et quel éclat a produit mon amour.
ODALBERT.
On nous plaint tous les deux; on plaint un cœur timide.
Un cœur faible et sans art, qu'a séduit un perfide.
Hélas! dans ce moment, cruelle, où je te voi.
Je sens trop que mon cœur s'émeut encor pour toi !
Oui, tu m'offres ici, suspendant ma colère.
Et les traits de ta sœur et les traits de ta mère.
aaS OTHELLO.
Quand la mort de ses jours éteignit le flambeau , Que ne m'entraînait-elle au fond de son tombeau! . Dis : que me reste-t-il au Jioul de ma carrière? Les larmes, l'abandon, le désespoir.
HÉDELMONE.
Mon père!
ODALBERT.
Hélas! oui, je le suis, mes pleurs en sont témoins. Songe à mon tendre amour, songe à mes premiers soins. Avec quel doux transport j'élevai ton enfance. J'avais mis dans mon sang toute mon espérance; Dans les camps, aux conseils, sénateur ou guerrier, Ma famille et l'État m'occupaient tout entier ; Par des besoins si chers mon ame était nourrie. Plus j'aimais mes enfans , plus j'aimais ma patrie. Reviens à toi, ma fille, et reprends ta raison : Vois où tu peux prétendre , et quelle est ta maison ; Entends , pour te guérir, pour sauver leur mémoire , Vingt doges , tes aïeux , te parler de leur gloire , Te dire : « C'est par nous , du milieu de ses eaux , « Que Venise a soumis la mer à ses vaisseaux, « Par nous , lorsque tombait Piome esclave et tremblante . « Qu'elle appela de loin la liberté mourante. » Entends ta sœur si jeune, entraînée au trépas, Ta mère en expirant te serrant dans ses bras. Sans secours , sans famille , égaré sur la terre , Voudrais-tu me punir du bonheur d être père? Pour toi , si tu le veux , de l'hymen le plus beau ,