‹ OEuvresChapitre 191 sur 299 · A FLORIAN · texte numérisé non relu

A FLORIAN

Je devais, mon cher ami, te dédier ma Famille Arabe. Tu m'en avais prédit le succès ; tu l'attendais avec impatience ; j'ai eu le bonheur de 1 obtenir; et tu n'es plus! C'était donc à Florian, que couvre un peu de terre, c'était donc à sa cendre que je devais offrir ce douloureux et dernier hommage ! Je n'irai donc plus te chercher à Sceaux, dans le besoin de nous soutenir, de nous consoler l'un l'autre par les charmes si doux de l'étude et de l'amitié! Je n'irai donc plus, sous ces magnifiques ombrages, t'a t-

tenclrir par la lecture de quelques nouvelles productions tragiques ! Je m'en souviens : les premières larmes qu'ait fait couler mon Abu far, c'est toi qui les as versées. O Florian! de quel coup m'a frappé ta perte imprévue! Que de regrets elle m'a laissés!... Songer à t'aller voir, prendre mon jour d'avance, me mettre en route, approcher, découvrir le village, te surprendre, te sentir tout-à-coup dans mes bras , me nommant avec transport , et tenant encore dans ta main la plume chaste et sensible qui n'a jamais rien écrit que pour faire aimer les mœurs et la vertu : tout ce bonheur n'est donc plus pour moi! Un souvenir consolant me reste. JXos deux cœurs, comme par instinct, s'étaient réfugiés , pour ainsi dire , dans les mêmes climats , dans la même retraite. Nous nous étions placés tous les deux, dans nos ouvrages, sous les tentes des Patriarches, dans le désert, au milieu de leurs troupeaux. Oh!

combien ton Éliézer, non encore connu, mais ton chef-d'œuvre , mais ton plus cliarmant ouvrage, mais écrit sous la dictée des Grâces, ou de Fénélon, enchantait autour de moi, cet été, les bosquets solitaires, les hauts peupliers sous lesquels tu m en fis entendre la lecture! Oh! combien il honore ton ame ! combien il ajoute à ta gloire ! A ta gloire! et je vois le triste cyprès qui couvre ta cendre ! N'importe ! tu n'es pas mort tout entier. Tes ouvrages sont encore entre les mains des gens de goût. La mère sensible et vertueuse les relit; sa jeune fille, à son tour, en fait ses délices. Oui, ton nom vivra, il sera immortel-, il vivra, et sur-tout il sera aimé. O Florian ! était-ce avant quarante ans que tu devais nous être ravi? Repose, ô mon ami ! repose , aimable élève de Fénélon , peintre enchanteur de l'innocence, de la valeur, de l'amour et de la vertu! Qua 1 aspect de lli umble cyprès qui attend ta tombe,

2C)4 ÉPITIIE DÉDICATOIRE.

le cœur encore ému du souvenir de ta perte et des douces impressions de tes ouvrages, ia beauté naissante en approche d'un pas timide et involontaire, avec une douleur muette, avec un soupir, une larme peutêtre; quelle dise enfin à sa mère affligfée : T^oilà le cyprès de Floîian! Que ne puis-je, mon am^i, y graver ces touchantes paroles qui t'échappèrent quelquefois dans le pressentiment d'une mort trop prochaine : Quand on n a plus long-temps à vivre y il faut se hâter défaire du bien.

Ton Ami, DUCIS.

PERSONNAGES

ABUFAR, vieillard arabe.

FARHAN, son fils.

SALÉMA, ) ru

\ ses niles.

ODEIDE, j

TÉNAIM,sasœur.

PHARASMIN, Persan.

GEMMA , jeune fille arabe.

SOBED, 1 . , , 1 ^ 1 r n

I jeunes Arabes attaches a la raniilie

' 1 d'Abufar.

SALID, \

Personnages muets.

Plusieurs jeunes Arabes attachés aussi à la famille d'Abufar.

La scène est dans V Arabie déserte. Le thédirc représente dans le désert les tentes éparses d'une tiibu, les tentes d' Abufar et de sa famûle, celle qui est destinée pour recevoir des étrangers j, et un autel do?7iestique. Une partie du désert est assez ferlile :

on y voit quelques pâturages, des chameaux j, des chevaux j des chèvres j des brebis j qui paissent en liberté i desjleurs, quelques niches à miel, des palmiers, les arbres qui distillent VeJicens, et autres productions du pays. L'autre partie du désert est stérile; on ny voit que des sables, quelques citernes, des puits à fleur de terre, fermés avec de grosses pierres, quelques hauteurs frappées d'un soleil brûlant; sur la plus élevée de ces hauteurs, deux palmiers qui unissent leurs rameaux et dominent sur un espace immense, des tombeaux formant la sépulture de la tribu; dans le lointain, quelques cèdres, quelques ruines aperçues à peine, et, aux extrémités de IhorizoUj un ciel qui se confond avec les sables.

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