ACTE I, SCÈNE 1. -iç^t
Pour un infortuné, son cœur avec tristesse
Un jour au loud du mien crut voir moins de tendresse :
Pour m'instruire avec fruit, seule, elle me conta
Un trait noble et touchant que la pitié dicta.
« Ma mère , nommez-moi , lui dls-je avec instance ,
« Ce mortel (généreux qui secourut lenfance.
« Non, me dit-elle , non , ma fille : nn tel secret
« Souvent du bienfaiteur est un second bienfait :
« S'il faut s'envelopper des ombres du mystère ,
« C'est lorsqu'on craint sur-tout d'offenser la misère.
« Hélas! les malheureux sont des objets sacrés
" Vers lesquels sans effort nos cœurs sont attirés :
« C'est un penchant si doux, qu'il est involontaire;
« Pour prix d'avoir bien fait on veut encor bien faire :
« Par un nouveau désir ce désir est accru ,
« Et voilà le bonheur que produit la vertu. »
Ma sœur, ce fut ainsi que me parla ma mère.
ODÉIDE.
Ah ! ce trait si touchant, c'est trop long-temps le taire Ensemble nous plaindrons cet enfant malheureux.
SALÉMA.
Oui : mais je crains , hélas ! ce plaisir douloureux ; Et d'attendrissement mon ame est trop remplie.
TÉNAÏM.
La voilà donc toujours , cette mélancolie • Dont rien jusqu'à présent n'a pu rompre le cours, f^ui fait pâlir ton froni , et ternit tes beaux jours ! C'est assez que Farhan , que ton coupable frère,
3oo ABTJFAIl.
Ait quitté la tribu, la tente de son père;
Qu'il ait pu, d'Abufar oubliant les vieux ans ,
Laisser de Samaël les généreux enfans.
Abufar Ta perdu. Faudra-t-il que sa fille
Mette à son tour le deuil, le trouble en sa famille ,
Et que mon frère, bêlas! par un tourment nouveau,
Pleure son fils errant et sa fille au tombeau !
Saléma, tu le sais, quand tu perdis ta mère.
Je voulus t'en servir : j'accourus chez mon frère.
Songe, avant qu' Abufar revienne ici bénir
Le cours de nos travaux tout prêts à se rouvrir
(Car c'est ainsi chez nous, selon l'antique usage
Transmis par nos aïeux , consacré d'âge en âge ,
Qu'un père à ses enfans annonce le retour
Et du travail de l'homme et du flambeau du jour) ;
Songe au moins de tes traits à foire disparaître
Ces traces d'un chagrin qui l'ont frappé peut-être ,
Ce nuage d'ennui , cette sombre langueur
Qui cache trop souvent les orages du cœur.