‹ OEuvresChapitre 198 sur 299 · ACTE I, SCÈNE III · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE III

Comme un vil criminel précipitant sa fuite. Pourquoi? Pour échapper à son coupable ennui ; Pour s'affranchir d'un joug qui pesait trop sur lui ; Pour acheter bien cher, trompé par ses caprices , Le tourment des remords , des besoins et des vices. Qu'il ne revienne point, je ne veux plus le voir.

TÉNAÏM.

Mais s'il rentrait un jour, mon frère, en son devoir?

SALÉMA.

À VOS genoux bientôt s'il accourait se rendre?

ODÉIDE.

S'il VOUS forçait enfin à le voir et l'entendre?

TÉNAÏM.

Mon frère, écoutez-nous.

SALÉMA.

• Mon père !

Non, jamais.

L'ingrat a trop long-temps oublié mes bienfaits. Puisque ta fuite, enfin, m'a fait à ton absence. Loin de moi, malheureux, va porter ta présence. Mes filles , c'est à vous , à vous que j'ai recours , Pour jeter quelques fleurs sur la fin de mes jours. Oui, je rends grâce au ciel qui m'a donné des filles. Tous ces ingrats bientôt ont quitté leurs familles. Vous , pour notice bonheur, vous restez près de nous. Tous les soins d'une femme ont un charme si doux ! Ce sexe est tout pour l'homme ; il soutient notre enfance ,

3o8 • ABUFAR.

Il prête à nos vieux ans son active assistance. Fait pour aimer, pour plaire, et prompt à s'attendrir, Il nous engage à vivre, et nous aide à mourir. Le ciel vous fit exprès pour consoler les pères. Mais , dis : par quels ennuis , à la raison contraires , D'une morne langueur les rapides progrès Accablent-ils ton ame, altèrent-ils tes traits? Pourquoi dans le désert, avec un regard sombre, Seule, et le front baissé, vas-tu chercher dans Tombre Des ravages du temps quelques débris nouveaux , Et t'asseoir en pleurant sur de tristes tombeaux? Pourquoi , lorsque la nuit sur ses immenses voiles , De leur rayon tremblant fait briller les étoiles ; Pourquoi vois-je tes yeux, trop souvent attristés, Regarder pleins de pleurs leurs rapides clartés ; Ta main presser ton cœur, et ton regard austère Du ciel avec lenteur retomber sur la terre? Qui donc consterne ainsi ton courage abattu? Ce n'est point le remords qui pèse à la vertu. Le remords naît du crime ; il est fait pour ton frère , Qui méprisa mes pleurs , qui brava ma prière.

SALÉMA.

Il est bien loin de nous.

Pourquoi m'a-t-il quitté?

SALÉMA.

s'il est dans le malheur?

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