ACTE I, SCENE III
Il l'aura mérite. C est à vous, mes enfans, de fermer ma paupière. Voici bientôt l'instant qui , bornant ma carrière , De mes jours pâlissans éteindra le flambeau ; Mais la vertu nous suit au-delà du tombeau. J'ai vécu libre, en paix, caclié dans l'Arabie. Chérissant mes enfans, ma femme, ma patrie, Content de mes égaux , content aussi de moi , N'ayant jamais connu le remords ni l'effroi , J'ai borné tous mes vœux à ces champs de verdure, Que sur nos mers de sable a jetés la nature ; Trouvant dans mon travail , secondé par vos soins , Trop peu pour la richesse, assez pour nos besoins, J'achèverai de vivre entre des mains si chères, Bénissant la nature et le dieu de mes pères ; Heureux dans mon matin , plus heureux vers le soir, De faire encor le bien qui reste en mon pouvoir. ( Pharasnim est revenu auprès de la famille. ) Ecoute , Pharasmin : mon captif par la guerre , Tu vis depuis cinq ans sur notre aride terre. Passant par nos tribus de Nasser, de Sajir, Des voyageurs nombreux, bientôt prêts à partir, Vont regagner la Perse , et quitter l'Arabie ; Pars avec eux, sois libre, et revois ta patrie. C'est un plaisir, du moins, que j'emporte au tombeau. Je te donne des fruits , une tente , un chameau.
3io ABUFAR.
Voilà tous nos trésors. C'est lu notre richesse.
Et si la Perse, un jour, t'inspirait la mollesse,
8ouviens-toi , Pliarasmin, de notre pauvreté,
Et des jours innocens de ta captivité.
Je sens que de t'aimer m'étant fait l'habitude ,
Mes yeux te chercheront dans cette solitude.
Nous allons nous quitter; mon cœur souffre, et je croi
Que le tien quelquefois se souviendra de moi.
(à Saléina. ) Et vous , ma fille , allez , dissipez le nuage De cet ennui profond qui sied mal à votre âge. Pour goûter le bonheur, pour trouver près de nous Et nos plaisirs plus purs , et nos travaux plus doux, Pour calmer sans effort votre mélancolie , Donnez par vos vertus du charme à votre vie. Toi , toujours à ma fille obéis , Pliarasmin , Jusqu'au moment marqué pour ton départ prochain. ( Ils sortent tous^ excepté Odéide. )