ACTE lî, SCÈNE VII
Ton âf;e est imprudent, terrible, impétueux :
J ai connu ses périls. Ce nœud si nécessaire,
Si pur, si doux, l'hymen pourrait-il te déplaire?
Regarde autour de nous. Ah ! lorsqu'en ces déserts
Nos sables agités ont obscurci les airs;
Quand le soleil pâlit, quand les vents homicides
Élèvent jusqu'au ciel des montagnes arides,
Et font voler au loin ces nuages brûlans
Sur les pas égarés des voyageurs tremblans ,
Le chameau mieux instruit, courbé sous la tempête.
Dans le sable du moins ensevelit sa tête ;
Sans braver le péril , sage et fermant les yeux ,
Il trompe par instinct ces vents contagieux.
Trompe au§si ta jeimesse et son intempérie;
Trompe aussi par raison tes sens et leur furie.
N'attends pas, dans ton cœur de mollesse abattu.
Que l'air brûlant du vice ait séché la vertu.
Ah ! tremble d'outrager l'implacable nature ;
On ne la vit jamais pardonner son injure.
L'hymen, l'hymen peut seul, en engageant ta foi,
T'arracher aux dangers dont ]e frémis pour toi.
Choisis dans nos tribus une épouse fidèle.
Qui fixe ton bonheur et tes vœux auprès d'elle.
Que je puisse jouir de ta félicité ,
T'embrasser, me revoir dans ta postérité!
Crois-moi, suis mes conseils. Va, je suis sans colère :
Rends-moi mon fils, Farhan; je t'ai rendu ton père.
FARHAN.
Non, vers rhymen jamais rien ne peut m'entraîner ; Rien ne peut m'y contraindre ou m'y déterminer. Je ne saurais souffrir un lien si funeste. L'amour, je le combats; l'hymen, je le déteste. Je soutiendrai mes droits.
Tes droits! Et la vertu?
FARHAN. '
Je suis, je mourrai libre.
Ehl malheureux, l'es-tu?
FARHAN.
Je crois l'être, du moins.
Ce n'est qu'au vrai courage À porter du devoir l'honorable esclavage.
FARHAN.
La liberté toujours m'offrira des appas.
Où la vertu n'est point, la liberté n'est pas. • Ne te souvient-il plus que quitter sa patrie Est pour tous nos enfans un crime en Arabie? La malédiction des pères furieux S'attache sur leurs pas avec celle des cieux. Irions-nous oublier aux rives étrangères La pudeur, le travail, les vertus de nos pères, Pour rapporter chez nous les vices corrupteurs