ACTE III, SCÈNE II. 34i
SALÉMA.
Farhan , c'est vous ! . . . Mon frère. . . Eh bien ! vous l'avez vu,
FARHAN.
Qui donc , ma cœur?
SALÉMA.
Mon père...
Hélas! avez-vous pu soutenir son courroux?
Ma sœur, je l'ai fléchi.
SALÉMA.
J'avais tremblé pour vous.
Des pères irrités la menace est terrible ; Mais leur cœur, grâce au ciel, n'est jamais inflexible. Quels que soient leurs enfans, leur colère envers eux Est souvent la douleur de les voir malheureux.
FARHAN.
De quel mortel , ma sœur, le ciel nous a fait naître ! C'est la vertu , je crois , qui vient de m'apparaître. Quels traits et quels discours! Mais comment l'imiter?
SALÉMA.
Ah! vous ne voudrez plus, mon frère, le quitter. Quand vous êtes parti pour ces lointains rivages, Votre esprit de nos traits emporta les images : Ces souvenirs pourtant, avec tous leurs appas, N'ont pas toujours, mon frère, accompagné vos pas. Mais nous, dans ces déserts, au calme, à la constance. Au doux recueillement instruits dès notre enfance ,
Dans nos cœurs, avec soin, nous gardons imprimés
Les premiers sentimens qui les ont animés.
Leur tendre affection ne meurt point par l'absence;
Elle vit de regrets, de douleur, de silence.
Ils ne vous ont point dit, ces rivages jaloux.
Que nos cœurs vous suivaient, qu'ils volaient près de vous.
Eh! comment de si loin concevoir nos alarmes,
Entendre nos soupirs, se figurer nos larmes?
Vous n'avez pas .songé, mon frère, à nos douleurs.
FARIIAN.
Ilclas! peut-être alors versais-je aussi des pleurs.
SALKMA.
Tu vois sur ce sommet ces deux palmiers fidèles Qui confondent entre eux leurs ombres fraternelles.
FARHAN.
l:^li bien !
• SALÉMA.
C'est à leurs pieds , le jour, le triste jour Où pour d'autres climats tu quittas ce séjour, C'est à leurs pieds, Farhan, qu'immobile, interdite, De mes regards au loin j'accompagnai ta fuite. Au bout de l'horizon mes désirs et mes yeux tlcculaient, pour te suivre, et la terre et les cieux; Je volais sur tes pas aux portes de l'aurore. Je ne te voyais plus, je regardais encore. Quel fut mon désespoir, quand mon œil égaré vs'apercevant plus rien...