‹ OEuvresChapitre 238 sur 299 · F A RU AN · texte numérisé non relu

F A RU AN

Tu ne méprises pas un si lâche ennemi?

PHARASMIN.

J'embrasse, en le plaignant, mon frère et mon ami. Allons, reprends tes sens; sois homme, allons.

FARUAN.

Ecoute :

Mon amour mê consume; il est affreux , sans doute. Je l'étouffé , il renaît : il cède , il est vainqueur. Quels feux ! Ah ! Pharasmin ! mets ta main sur mon cœur. La pointe du rocher que le soleil dévore De ce cœur embrasé n'approche point encore. Ah! Saléma!

PHARASMIN, h paît;, avec joie et surprise. C'est elle !

FARHAN.

Ah ! mon ami , je meurs !

Je ne la verrai plus. Tu vois mes feux , mes pleurs, Mon trouble, mon tourment. Mais malgré leur atteinte, Ma raison, grâce au ciel, ne s'est jamais éteinte. Oui, je peux l'attester; oui, jusques à ce jour, J'ai haï, détesté mon exécrable amour.

Le ciel, le ciel m'entend; je ne suis point coupable : Non , je ne le suis point. Ce juge redoutable, Ce rempart si sacré, je ne l'ai point franchi. Ma volonté du moins n'a pas encor fléchi. Mais , hélas ! ma vertu peut bientôt disparaître : Il ne faut qu'un instant, un seul instant peut-être.

Je te conjure, ami...

PHARASMIN.

Parle , parle , de quoi?

FARHAN.

D'être homme, d'être humain, de t'emparer de moi, De ne point me quitter : je suis près de Tabyme, Si j'allais Tenlever, me soviiller par un crime! Mon ami, tu m'entends? Tiens, brav^ma fureur, Accable-moi de fers, ou me perce le cœur; Poignarde-moi plutôt.

PHARASMIN.

Ciel!

FARHAN.

Mon ami , mon frère , Ne me perds pas des yeux ; sois mon guide sévère , Mon témoin, mon garant.

PHARASMIN.

Je le suis.

FARHAN.

Entends-tu?

Te voilà maintenant chargé de ma vertu. Je ne suis plus à moi : grâce au ciel , je respire. Ma raison sur mes sens a repris son empire ; Et je t'assure même , en des momens si doux , Que de toi , Pharasmin , je ne suis plus jaloux. Puisses-tu, vers l'hymen en entraînant son ame, Engager Saléma de répondre à ta ilamme!

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