‹ OEuvresChapitre 261 sur 299 · ACTE I, SCÈNE III. 4oi · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE III. 4oi

Vous me dites, seigneur, par cet ardent courroux, Ce que vous vouliez taire, et je l'apprends de vous. Vous parlez d'Étéocle , et je vois Polynice.

POLYNICE

Eh bien ! oui , je le hais ; mais c'est avec justice. Vous voyez ma fureur... Thésée, ah! qu'il est doux. Tranquille et sans remords, de régner comme vous! Vous n'avez point du trône exilé votre père!

THÉSÉE

Seigneur, je vous entends. Hélas! sur sa misère Quel cœur, s'il est humain, ne s'attendrirait pas! Que n'a-t-il vers nos bords daigné tourner ses pas ! Ici, dans ce palais, notre douleur commune A plaint depuis long-temps son auguste infortune. Plus il est malheureux, plus OEdipe est sacré.

POLYNICE, àpart.

De quel trait déchirant mon cœur est pénétré !

{haut.) C'est mon frère, envers lui, qui m'a rendu barbare. Hélas ! pour un vieillard si vertueux , si rare , La terre est sans asile, et le ciel sans flambeau; L'univers , dès long-temps , n'est pour lui qu'un tombeau. Mais j'entrevois le jour, il n'est pas loin peut-être, Où de mon trône, enfin, je vais chasser un traître; Et dans Thébe, à mon tour, puissant, victorieux, Reprendre avec éclat le rang de mes aïeux. D'avance contre lui j'ai conjuré la Grèce. De ses princes unis la fureur vengeresse 2. aG

4o2 OEDII'E À COLONE.

Va poursuivre Étéocle, et défendre mes droits : Mais ma cause a sur-tout besoin de vos exploits. Mon ennemi n'est plus , ma victoire est certaine , Si j'arme le héros, le fondateur d'Athène. Aidé de vos secours, quel que soit le danjjer, Je n'aurai plus bientôt mon injure à venger.

THÉSÉE

Je n'examine point si votre cause est juste. Je songe à mes devoirs; et, dans mon rang auguste, Pour servir vos projets, il ne m'est pas permis D'appeler contre nous de nouveaux ennemis. Seigneur, vous le savez : les exploits de mon père N'ont que trop épuisé ses Etats par la guerre. Je me tais, ot le plains. Ses triomphes guerriers Du sang de tout un peuple ont rougi ses lauriers. Et quand les cris plaintifs de ma triste patrie Raniment la pitié dans mou ame attendrie, Je n'irai point, seigneur, prodigue de son sang, Au lieu de le fermer, rouvrir encor son flanc. Et dans quel temps , sur-tout ! lorsque les Euménides Vont lancer leurs décrets sur des rois homicides. Ah! sans armer leurs bras, leur plus grande rigueur Est de souffler l'orgueil et la haine en leur cœur. On a vu quelquefois, dans d'exécrables guerres, Aux yeux des deux partis s'entr'égorger des frères; Dans un même bûcher rencontrer leur tombeau; Et Tisiphone même , aux feux de son flambeau , L'alhunant de sa main...

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