ACTE I, SGÈJNE III. 4o
POLYNIGE,
Je bénis le présage, Si je meurs avec lui vengé de mon outrage.
THI^SÉE.
lié! seigneur... c'est Tinstant do vous le révéler. Apprenez un secret qui vous fera trembler. Non loin de ces remparts, dans un désert horrible, Ces trois divinités ont un temple terrible': D'ifs et de noirs cyprès un bois religieux En couvre avec respect les murs silencieux; De tout temps dans son cuite Athènes les révère. Leur nom seul prononcé trouble la Grèce entière. À l'aspect imprévu de leur temple odieux, Le voyageur tremblant passe et ferme les yeux. Il semble, à leur aspect, à leur regard sauvage, Que l'horreur des mortels soit leur plus cher hommage; Et que, s'il est un cœur qui les ose adorer. Ce n'est qu'en frémissant qu'on les puisse honorer. Là, mon père charmé, de ses mains triomphantes. Offrait des ennemis les dépouilles sanglantes. On eût dit que de loin ces funestes autels Repoussaient avec lui ses présens criminels : « O déesses! dit-il, condamnez-vous ma gloire, (1 Quand j'apporte à vos pieds les fruits de ma victoire? i' Tisiphone, sortant de l'infernal séjour.
Vint répondre elle-même, et fit pâlir le jour. À son aspect affreux les autels s'ébranlèrent. D'une sueur de sang les marbres dégouttorent.
4o4 OEDIPE À GOLONE.
Notre encens s'éteignit , ou n'osa plus monter.
Une sourde fureur semblait la tourmenter.
Mais à peine au-dehors elle allait se répandre,
Qu'on vit tous ses serpens se dresser pour l'entendre.
rt Frémis, a-t-elle dit, impitoyable roi!
« Le sang de tes sujets va retomber sur toi!
« Quel bien leur a produit la splendeur de tes armes?
« Chacun de tes exploits fut payé par des larmes.
« Porte ailleurs tes drapeaux, tes chants victorieux;
« Les soupirs de ton peuple ont monté jusqu'aux cieux.
« Il est temps qu'à leur tour la mort des tiens expie
« Le forfait éclatant de ton triomphe impie.
« Sèche auprès du cercueil , sans y pouvoir entrer :
« Va , c'est là le bienfait que tu dois espérer. »
Immobile à ces mots , muet dans ses alarmes ,
Mon père m'observa d'un œil fixe et sans larmes;
Et par tous les témoins à cet oracle admis ,
Sur cet oracle affreux le secret fut promis.
Hélas! depuis ce temps, quelle est sa destinée!
Il traîne une vieillesse à gémir condamnée.
Son œil indifférent, lassé de sa grandeur,
Du rang qu'il m'a cédé ne voit plus la splendeur.
Absent même à ma cour, dans sa retraite austère,
Il nourrit les langueurs d'un chagrin solitaire.
Il craint sans doute , il craint , peut-être avec raison ,
Qu'un grand malheur bientôt n'accable sa maison.
Après cela , seigneur, jugez si contre un frère
Je dois m'unii" à vous pour lui porter la guerre,