‹ OEuvresChapitre 264 sur 299 · ACTE I, SCÈNE V · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE V

À mon œil tout-à-coup, de respect [)iévenu ,

S'est offert, vers Colorie, un vieillard inconnu.

Ses yeux ne s'ouvrent plus à la clarté céleste.

Au printemps de ses jours, une beauté modeste

Lui prêtant son appui, ses secours généreux.

Aide, soutient, conduit ce vieillard malheureux.

La noblesse est encor sur son visage empreinte :

On y voit la douleur, mais sans trouble et sans crainte.

Ses longs cheveux blanchis, agités par les vents,

Couvrent son front pensif, qu'ont sillonné les ans.

J'observais dans son port, sur son front immobile,

Au milieu de ses maux sa dignité tranquille;

Et tout enfin, seigneur, en lui m'a rappelé

Cet illustre proscrit dont vous m'avez parlé.

THÉSÉE

(l n'en faut point douter, ce vieillard est OEdipe. J'écarte un vain présage ; il fuit , il se dissipe. Cet air, qu'un de ses fils semjile avoir altéré, Par le père bientôt va donc être épuré. Oui, le ciel nous l'amène; oui, le ciel le contemple. Ce palais , sous ses pas , va devenir un temple. Ah ! je crois , lorsqu'OEdipe approche de ces lieux , A sa suite, avec lui, voir marcher tous les dieux : Il y vient sous leur garde, étalant sa misère, Donner ses derniers jours en spectacle ù la terre.

EURYBATE.

Vous ne craignez donc pas que le sort en courroux. Que ses affreux destins ne s'étendent sur nous?

4o8 OEDIPE À COLONE.

THÉSÉE

Va, le plus grand malheur, c'est de fermer mon ame Au cri de la pitié qui me parle et m'enflamme. Qui l'aurait dit, un jour, que le roi des Thébains Mendierait les secours du dernier des humains? Allons, courons vers lui : quand il cherche un asile, Qu'il trouve auprès de nous un port sûr et tranquille. Vénérable vieillard , oh ! combien mes douleurs Ont d'avance accueilli ton âge et tes malheurs ! Est-il vrai? je verrai bientôt ton Antigone; Son bras qui te soutient , les pleurs qu'elle te donne, Cette tendre pitié qui l'agite à ta voix, Dont l'ingrat Polynice a méconnu les lois !

EURYBATE.

Thébe attend son retour : sans amis et sans suite, Qu'il y coure accomplir les destins qu'il mérite.

THÉSÉE

Mais vers le repentir s'il était ramené Par l'aspect imprévu d'un père infortuné! S'il croyait le fléchir! s'il osait y prétendre!

EURYBATE.

Son père voudra-t-il consentir à l'entendre? Comment de son courroux vaincra-t-il les transports?

THÉSÉE

On résiste avec peine à l'accent des remords. Ils pourront dans OEdipe éveiller la nature ; Et les dieux , à leur tour, oublieront leur injure.

Page 1