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ACTE III, SCÈNE II

ANTIGOXE.

Mon frère, hélas! pourquoi Soudain, dans ce désert, vous offrez-vous à moi?

POLYNIGL'.

Je vous ai fait prier de m'accorder la grâce D'un entretien secret.

ANTIGONE

Oui, Thésée, à ma place, Accompagne mon père, et lui donne mes soins.

POLYNICE

Nous voilà donc, ma sœur, tous les deux sans témoms! J'ai vu mon père, et vous, lorsque vos pas timides Sous ces tristes cyprès cherchaient les Euménidcs; Mais j'ai craint de paraître, et de vous approcher.

ANTIGONE

Etranger dans ces lieux , qu'y venez- vous c|jercher?

POLYNICE

Pour l'armer avec moi contre un barbare frère, J'ai, ma sœur, à Thésée adressé ma prière; Mais , hélas! c'est en vain. Je partais, et les dieux Ont daigné dans ce jour vous offrir à mes yeux. Mes pas allaient, ma sœur, m'entraîner dans Athène; Déjà... Mais dans ces murs, la nouvelle est certaine, Tisiphone a parlé ; sa voix condamne , hélas ! Le vertueux Thésée aux horreurs du trépas. Rien ne peut le sauver. Dans Athène en alarmes On n'entend que des cris, on ne voit que des larmes : Mais ce qui me remj)lit d'une juste terreur.

2, , 2iS

C'est du peuple aveujjlé l'indiscrète fureur.

Oui , du ciel sur Thésée il croira que mon père

A par son seul aspect attiré la colère.

OEdipe est, dira-t-il, l'auteur de son trépas.

Hé ! jusqu'où ses transports , ma sœur, n'iront-ils pas l

Comment cette fureur sera-t-elle apaisée?

Mais mon père sait-il le malheur de Thésée?

ANTIGONE

Oui, mon frère, il le sait. Muet dans son ennui,

Il ne plaint plus ses maux , il ne pleure que lui ;

Il plaint son Antiope et sa famille entière.

Ce trop fatal oracle a comblé sa misère.

Il croit que son destin porte ici le trépas,

Et que c'est Thébe encor qui renaît sous ses pas.

Dans son cœur oppressé sa douleur se rassemble.

Ses antiques malheurs s'y réveillent ensemble.

Son calme m'épouvante; il ne s'est point, hélas!

iSi penché sur mon sein , ni jeté dans mes bras :

Pour calmer ses tourmens ma voix n'a plus de charmes

De ses yeux desséchés j'ai vu couler des larmes :

Ah! je l'avais prévu, l'instant n'en est pas loin.

De son trépas bientôt je vais être témoin :

Ou, s'il respire encor, nouveaux sujets d'alarmes.

Les peuples contre nous vont tous prendre les armes !

Je vois par-tout la mort, le péril, la douleur;

Ce n'est que d'aujourd'hui que je sens mon malhciu'.

Le courage, l'espoir, la force m'abandonne.

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