ACTE III, SCÈNE II
Dieux! pour OEdipe encor rauimcz Antigone! Seul, proscrit, fugitif, il n'a que moi d appui; En veillant sur mes jours, vous veillerez sur lui. Voilà mon dernier vœu, faites qu'il s'accomplisse. Que le même cercueil, s'il se peut, nous unisse: Que nous goûtions du moins, après tant de travaux, Sous un cdjri commun l'oubli de tous nos maux.
POLYNICE
Ma sœur, il faut ailleurs chercher un autre asile, Il n'est pas éloigné, la route en est facile; Peut-être nos malheurs calmeront-ils les dieux. Mais redoutons sur-tout un peuple furieux. S'ils allaient, juste ciel ! s immoler notre père! Ne délibérons plus ; tandis que leur colère Ne porte point sur vous ses sacrilèges mains, De Thébes tous les trois reprenons les chemins. Oui, déjà déployés, mes drapeaux vous attendent; Mes alliés sont prêts, et mes chefs vous demandent. Hâtons-nous de quitter ces funestes climats.
ANTIGONE
Mais, vous , par quel revers, si loin de vos États, Implorez-vous ici des armes étrangères?
POLYNICE
Connaissez-vous si mal nos deslins et vos frères? Jugez de la fureur qui doit nous posséder : L'un veut reprendre un sceptre, et l'autre le gaider Mon père Ta prédit, et j'en crois son présage.
Le fer partagera son sanglant héritage.
ANTIGONE
Que dites-vous, cruel? vous me faites horreur!
POLYNIGE.
Je crois ma destinée, et je suis ma fureur; Le ciel à vos vertus devait un autre frère. Il vous fit naître exprès pour consoler un père. Vous avez jusqu'ici, par le sort agités, Confondu vos soupirs et vos calamités : L'équitable avenir, qui jamais ne pai'donne, Confondra les deux noms d'OEdipe et d'Antigone. Nous y serons connus ( le ciel l'a prononcé), Vous, pour l'avoir suivi; moi, pour l'avoir chassé. Sous quels noms différens on nous rendra justice! Pour dire un fils ingrat , on dira Polynice.
ANTIGONE
Eh! mon frère, oubliez. ,,
POLYNICE
Je veux forcer, ma sœur, Etéocle à me rendre et le sceptre et l'honneur : Mon père à mes projets résistera peut-être ; Tâchez , par vos discours , de l'aigrir contre un traître. Dans Polynice encor, faites-lui voir son sang, Un fils qu'on a séduit , digne encor de son rang. Vainqueur, je sais , ma sœur, ce qui me reste à faire. Jl verra s'il me doit confondre avec mon frère. Espérez-vous , ma sœur, qu'il daigne m'écouter?