ACTE I, SCÈNE I
Fallait-il que Malcome, hélas! à peine né,
Fût sitôt, sous vos yeux, au berceau moissonné?
Le barbare Cador, auteur de tant de crimes.
Fit immoler, dit-on, ces deux tendres victimes.
Il crut, de la discorde exécrable tison.
Faire passer bientôt le sceptre en sa maison.
Fier d'oser y prétendre , avec quel artifice
De sa superbe audace il couvrit Tinjustice!
Comme il sut, par l'éclat de ses droits captieux,
Égarer les esprits, éblouir tous les yeux,
Préparer le pouvoir que son parti lui donne,
Vous disputer enfin le sceptre et la couronne,
Et tourner contre vous des snjets révoltés,
Trop aisément, hélas! vers un traître emportés!
Alors l'Ecosse entière, alors notre patrie
Devint un champ d'horreurs, de meurtre et de furie,
Où chacun prit son poste, où chacun dans son camp.
Ou s'arma pour Cador, ou s'arma pour Duncan.
Hélas! ces deux partis, sans pouvoir se détruire.
Ne se sont accordés qu'à déchirer l'Empire;
Et vainement encor, dans le trouble et l'effroi ,
Le roi cherche son peuple, et le peuple son roi.
DUNCAN
Que j'étais loin , ami , de prévoir un tel crime ! Cador, tu m'as trompé , je t'ai cru magnanime ' Il méditait alors ce qu'il voulait oser. Qui l'eût cru, que le ciel dût le favoriser, Que , suivant ses drapeaux , la coupable Victoire
Dût lui prostituer ses lauriers et sa gloire !
Glamis, j'ai vu ma cour flotter entre nous deux,
Ou servir sans pudeur ses forfaits trop heureux.
Eh ! voilà donc, fjrands dieux ! les droits de la couronne.
Au moment où la force , hélas ! nous abandonne !
Ainsi de ses succès cet oppresseur souillé,
De mes États bientôt m'aura donc dépouillé !
Encore une victoire , et devant ce perfide
Tu me verras bientôt, sans défense, sans guide,
Ou lui livrant ma tête, ou, sous quelque rocher.
Au sein de ces déserts, contraint de me cacher.
GLAMIS
Ah! seigneur, dissipez cette crainte importune, Trop ordinaire effet d'une longue infortune. Songez, déjà du sort craignant moins le courroux, Que c'est Macbeth qui veille , et qui combat pour vous. Voyez avec quel art , sûr de sa renommée ,
11 observe Cador, il contient son armée ;
Il presse avec lenteur le jour où ses exploits Feront bientôt rentrer tout lEtat sous vos lois. C'est l'intrépide Herfort qui seconde son zélé? Craignez-vous qu'un des deux ne vous soit infidèle? Ces deux princes , seigneur, vous chérissent tous deux.
DUNCAN
Hélas! j ai ciu Menteth aussi fidèle qu'eux. Cependant, cher Glamis, un arrêt équitable Va peut-être bientôt le déclarer coupablt-. On dit que ses complots , (jue je ne connai.s pas ,