‹ OEuvresChapitre 51 sur 299 · SCÈNE VIII · texte numérisé non relu

SCÈNE VIII

FRÉDÉGONDE, seule.

Va , garde ce billet, je n'en redoute rien. J'empêcherai, crois-moi, qu'il ne me soit funeste. Je tiens, je tiens le sceptre, et mon poignard me reste. Mais j'ai vu son remords : il peut, dès cette nuit, Voir Malcome et Sévar, et les sauver sans bruit. Sévar, Malcome... Allons, sans tarder davantage , Il faut sur tous les deux consommer mon ouvrage. Ce palais par la nuit va bientôt s obscurcir : Voyons quels meurtriers, quels bras je dois choisir. Tout est prévu. Régnons. Je sais ce qu'il faut faire. N'en délibérons plus : le fils suivra le père. Nul péril, nul tourment ne saurait m'étonner; Je n'en connais qu'un seul, c'est de ne pas régner. Ce n'est pas à demi qu'on aime un diadème. Songe à Duncan, Macbeth : je suis encor la même. Entre le trône et toi s'il me faut décider , C'est le plus cher des deux que je prétends garder. Mais qu'a dit ce vieillard avec son air farouche? Quel prophétique arrêt est sorti de sa bouche? •

74 MACBETH

Dans mon fils , a-t-il dit, le ciel doit justement Placer ma récompense, ou bien mon châtiment. Ah ! si mon fils. . . Grands dieux ! quel est donc ce mystère? Que m'annoncent ces mots? « Va, le ciel te fit mère. » Je ne sais, mais je tremble, et crois, dans ma terreur. Qu'un poignard invisible est entré dans mon cœur... Vain effroi, taisez-vous! Je rendrais la couronne! Allons, que le coup parte avant qu'on le soupçonne. Sceptre, par un forfait je veux te conserver; Et s'il y faut mon bras , je saurai l'achever.

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