SCÈNE PREMIÈRE
MACBETH, seul.
Ou suis-je! qu'ai-je fait! seul, sous ces voûtes sombres,
D'un pas faible et tremblant j'erre parmi les ombres.
Je sens donc la terreur. Macbeth !... Ce n'est plus lui.
Tel il était hier! tel il est aujourd'hui !
En vain je le demande , en vain je le rappelle.
Je connus un Macbeth, noble, vaillant, fidèle.
Défenseur de l'Etat, défenseur de son roi.
Ce Macbeth généreux n'est donc plus avec moi.
Allons, délivrons-nous d'un affreux diadème.
Si je pouvais encor redevenir moi-même ! . . .
Jamais... D'un poids fatal mon cœur est oppressé...
Voilà d'horribles mains... Eh quoi! ce sang versé
Ne se taira donc plus ! Sous ces voûtes impies
Je crois que la vengeance a posté les furies.
Duncan me suit par-tout, il me glace d'effroi.
Mort pour tout l'univers, il est vivant pour moi.
-6 MACBETH
Ah ! quand son fils repose , égare , solitaire ,
Le sommeil pour jamais a fui de ma paupière :
Et je linvoquerais par des vœux superflus!
Duncan m'a dit tout bas : « Tu ne dormiras plus. »
Allons, voyons mon fils. O céleste vengeance!
Je n'oserai jamais aborder l'innocence.
O mon fils ! si ces dieux , en me cachant leurs coups ,
Sur toi, sur ton enfance étendaient leur courroux!...
Une secrète horreur de tout mon cœur s'empare.
Non : l'homme impunément ne fut jamais barbare.
Il est des dieux vengeurs dont l'œil par-tout le suit.
En vain, nous entourant des voiles de la nuit,
Nous espérons tromper cet œil qui toujours veille.
Au moment du forfait la justice sommeille;
Mais , soulevant son voile après l'acte inhumain ,
Elle apparaît terrible, et le glaive à la main.
Quel tourment de traîner des jours tissus d'alarmes ,
De ne plus voir d'objets qui nous offrent des charmes,
De se lever la nuit dans d'horribles transports,
Sans pouvoir de son sein arracher le remords !
Il vaudrait mieux cent fois , affranchi de son crime ,
Dans le fond d'un cercueil remplacer sa victime.
Duncan, dans le tombeau tu ne sens plus d'effroi!
Il n'est plus de Cador ni delMacbeth pour toi ;
Des complots éternels n'assiègent plus ta vie !
Le croirais-tu, Duncan? c'est ton sort que j'envie!
îs'élève plus ta voix vers ce ciel outragé !
Puisque je vis encor, tu n'es que trop vengé.