A M. QUINAULT
Auditeur en la Chambre des comptes, l'en des quarante de l'Académie française , et de celle des Inscriptions et Belles-Lettres.
J.^ ATORr des neuf sœurs , toi que l'Amour fit naître Pour être en l'art d'aimer et le guide et le maître , Et dont les vers couîans , libres, et pleins d'attraits , Fournissent à ce dieu les plus sûrs de ses traits; Toi qui connais si bien le cœur et la tendresse, Quinault, souffre aujourd'hui qu'à toi seul je m'adresse Pour châtier des vers, enfans d'un noble feu. Qui n'avait d'Apollon peut-être aucun aveu. Juge juste et sévère , ajoute, change, efface; Viens des vers trop pompeux humilier l'audace ;
jb6 POÉSIES
Fais à de lauguissans prendre un plus noble essor: Sous tes critiques mains tout va devenir or. Si mon faible travail s'attire quelque gloire , Je te la devrai plus qu'aux filles de Mémoire; Et pour élève enfin si tu veux m'avouer. C'est par cet endroit seul qu'il faudra me louer; Car enfin, de tes traits admirateur fidèle , Où trouverai-je ailleurs un plus parfait modèle : Soit que ma muse un jour donne à Lulli des vers. Soupire d'un cœur tendre et digne de ses airs ; Soit que je veuille encor , d'une plus forte baleine. Pour le cotburne altier faire couler ma veine ; Ou qu*un plus noble feu m'emportant vers les cieux Je cbante d'un béros les exploits glorieux ? En effet qui sait mieux dans les plus froides âmes Allumer les brasiers des amoureuses flammes ? On dirait que l'Amour t'a remis son carquois» Qu'il frappe par tes coups , et toucbe par ta voix. Si tu chantes Louis , que l'univers révère , Tu cesses d'être G vide, et prends le ton d'Homère. Quelle gloire pour toi que tes illustres vers Aient donné matière à ces nobles concerts Qui vont porter ton nom du midi jusqu'à l'ourse , Et du couchant aux lieux où lejour prend sa source! A l'ombre de ce nom , cher Quinault, ne crains pas D'être soumis aux lois d'un injuste trépas ; A l'injure des ans ta gloire est arrachée. Puisqu'elle est pour jamais à Louis attachée, Beureus , si , comme toi , plein de divins transporîs.
DIVERSES. %o7
Je lui pouvais uu jour consacrer mes efforts ! Mais, faible et vain désir! «Quelle muse assez £ère Osera maintenant entrer dans la carrière ! Campistron m'apprend trop , dans de pareils combats* Les dangers que l'on court en marchant sur ses pas; Je repousse bien loin de flatteuses amorces , Et sais mieux mesurer mes desseins à mes forces. Que d'autres, plus hardis, dans ces nobles travaux S'efforcent d'imiter Racine et Despréaux; Mais moi , je n'irai point, trop altéré de gloire. Honorer le triomphe acquis à leur victoire ; Content de t'admirer dans un vol glorieux , Je te suivrai , Quinault, et du cœur et des yeux.