A M. DU VAULX
1 orque, pour unfaoxpas, un sort trop inhumain Attache sur uu lit avec des clous d'airain , Quel que soit le chagrin dont ton ame est saisie. Du Vaulx, le croirais-tu? ton sort me fait envie : Non que j'ignore à quoi doivent aller tes maux} De longs frémissemens troubleront ton repos ; Une maligue humeur sur ta jambe épaudue
2o8 POESIES
Par cent élancemens cherchera son issue ;
Je sais que trente fois , daus son char radieaa.
Le soleil fournira la carrière des cieux
Avant qne , pleinement remis de la disgrâce ,
Ton pied daus tes vergers laisse après toi sa trace.
Ou que, voulaut tromper les hivers et les vents.
Tes chevaux à Paris te mènent à pas lents.
Si cet éloiguement, à ton humeur trop rude,. Des maux que tu ressens aigrit l'inquiétude, Que dans nos sentimens nous différons tous deux! Car c'est par cet endroit que je te trouve heureux. Tu vis tranquille aux champs , tandis qu'en cette ville Hien ne s'offre à mes yeux qui n'échauffe ma bile : Pendant un mois au moins les tiens ne verront pas Mille objets de chagrin qu'on trouve à chaque pas; Un ** embrassant l'une et l'autre portière D'un char dont autrefois il ornait le derrière. Traîné par des coursiers qui, d'un pas menaçant,. Font trembler les pavés et gronder le passant : Tu n'es point obligé, tout dégoûtant de boue. De serrer les maisons de peur qu'on ne te roue , Et, demeurant long-temps contre le mur collé. De voir eucor passer le train de Champmêlé. Tu ne crains point , du Vaulx , qu'au détour d'une rue Dainville vienne à toi , malgré sa courte vue. Et, vomissant des vers fades et mal tournés , N'infecte ton esprit eucor plus que ton nez ; Tu ne vois poiut d'un fat l'ennuyeuse figure^ Boufû du vain oi-gueil de sa magistrature ,
DIVERSES. 2Gf)
Insulter an bon sens, et n'offrir pour vertus Que trois laquais en jaune, et cent fois mille écus. Pour moi, qui cède au cours d'uue humeur incertaine. Et qui vais jonr et nuit où le plaiiir m'entraîne , Quelque soin que je prenne à détourner mes yeux , Les sots et les fripons me cherclient en tous lieui. Je rencontre Alidor, dont la haute impudence Croit duper jusqu'à Dieu par sa sainte apparence , Et qui , sous un dehors charitable et pieux , Cache un franc usurier : Bernard, Portail, Brieux, Out gémit sous le poids des intérêts qu'il tire; Et c'est le.... eufin, puisqu'il faut te le dire. "Le..,, f me diras-tu! parlez mieux, s'il vous plaît; Le.... est honnête homme : il est vrai qu'il connaît Combien sur un billet par mois on doit rabattre , Et ce que cent écus rendent au denier quatre ; Mais du pauvre en revanche il fournit aux besoins.. Et l'on voit l'Hôtel-Dieu prospérer par ses soins. Je me tais : car enfin je vois, plus j'examine, Qu'être honnête homme ici c'est en avoir la mine. Damon , midi sonnant, vêtu d'un habit noir. Un dimanche dans l'œuvre an sermon vient s'asseoir ; D'un gros livre à l'instant, que son bras porte à peine. Il parcourt les feuillets, et les lit d'une haleine : Tu croirais, à le voir, que le ciel en courroux Suspend en sa faveur tous ses carreaux sur nous; Mais prends garde à ce fourbe , et , par trop d'imprudeuce Ke va pas d'un dépôt charger sa conscience; Tu le verrais bientôt, avec uu front d'airain ,
a 10 POESIES
Nier d'avoir reçu ce qu'il prit de ta main j Et par mille sermens , au mépris du tounerrc ^ Attester hautement et le ciel et la terre. Mais je t'enteuds déjà, d'uu tou de défenseur. Blâmer les traits aigus de mon esprit censeur j Et, lâche adulateur, t'élever, et me dire Que ces emportemens sont bons pour la satire ; Qu'on peut trouver eucor quelque honnête homme ici , Et que tous ne sont pas faits comme.... Ariste , diras-tu , n'est-il pas un modèle D'un homme plein d'honneur, et d'un ami fidèle? West- il pas doux, sincère, obligeant, généreux? D'accord : mais, entre nous, il n'est pas malheureux D'avoir pu se purger, quoique dans lui l'on vaute , De maints fâcheux griefs sus dans la chambre ardente. Tout mortel porte un fonds corrompu, vicieux: Le plus saiut est celui qui le cache le mieux; Et la vertu qu'on voit, si l'on en voit quelqu'une, N'est qu'un effet de l'art, ou bien de la fortune.
D'un intrépide cœur Crispin , plus de vingt fois, A frustré dans Paris le gibet de ses droits: Cependant aujourd'hui, le premier à l'église. Le ciel ne fait de bien que par son entremise; Il est dévot, pieux , et pour n'en dire rien , C'est qu'il a pris assez pour être homme de bien ; Que de mille orphelins il a fait des victimes , Et ses vertus ne sont que le fruit de ses crimes. Sans les coups imprévus d'un outrageant cornet. Ou les revers affreux d'un maudit lansquenet »
DIVERSES. »it
Verrait-on d'O..., plem d'une ardeur nouvelle/ tjtrvir les hôpitaux, prier Dieu d'uu grand zèle? ^ Wou, autour d'une table assis eu quelque lieu. De toute autre manière il parlerait à Dieu. Mais je m'emporte trop , et ma mordante veine Des esprits mal tournés va m'attirer la haine. Et que veux-je de plus? Si tu m'aimes, du Vaulx, Je suis assez vengé de la haine des sots. Démocrite , après tout, l'estima-t-on moins sage. Lorsque d'un ris moqueur il châtiait son âge. Et que las des Lombards, qu'il trouvaiten tous lieux. Pour n'eu plus voir enfin, il se creva les yeux?
Cependant de son temps voyait-on dans Abdère Un Pécourt de ses airs insulter le parterre? Voyait-on la... sous un dais de velours ?
La d'un duc devenir les amours?
Après que chacun sait qu'autrefois de chez elle On ne faisait qu'un saut chez Bessière ou Morelle? 11 ne rencontrait point alors en son chemin Une mule à pas lents traînant un médecin , Et n'aurait jamais crnq»'en ce temps oùnous sommes On eût mis à profit l'art de tuer les hommes. Que dirait-il, grands dieux! si, sur les fleurs de lis 11 voyait au palais un magistrat assis , Qui , malgré les clameurs de Maurice en furie. Se dédommage à fond d'une longue insomnie. Et , n'ayant pas du fait entendu quatre mots , Pour donner un arrêt se réveille en sursaut» S'il voyait des repas dout la folle dépense
ai a POESIES
Des eaux et des forêts épuise l'abcndaDce :
S'il voyait un séuat de cuisiniers fameux
Pour quelque nouveau mets tenir conseil entre eus ,
Donner des lois au goût, et pour le satisfaire ,
Y décider en chef des points de bonne chère ?
Mais voilà bien précLer, me dira Daigremout , Qui , comme moi , souvent dort et baille au sermon. A quoi bon ces chagrins ? quel démon vous agite ? En vain contre les mœurs la raison vous irrite , Par quatre méchaus vers, peut-être déjà dits. Croyez-vous chacger l'homme et redresser Paris ? ISon ; je sais que vouloir réformer cette ville. C'est tracer sur le sable un sillon inutile; Que Bourdaloue et moi nous prêcherions mille ans.
Avant que la D se passât de galans.
Je sais queSaint-0..., quoi qu'on fasse et qu'on die,
Sera fripon au jeu tout le temps de sa vie.
Mais du moins je fais voir que, marchant loin des sols ,
Je sépare souvent le vrai d'avec le faux.
Je distingue *** d'avec un homme sage ;
Je ne suis poiut eufin la dupe de mon âge.