ACTE IV, SCENE II. m
Et pourquoi verse-t-ou du sang avec ces armes ? Cédons à la fureur.
ISMÈITE.
Tournez vos premiers coups Contre ce cœur ingrat qui ne peut être à vous.
SA-POR
Qui ne peut être à moi! Ciel! que viens-je d'entendre?
Quelle secrète horreur dans moi va se répandre !
L'ai-je bien entendu ? grands dieux! j'en doute encor
Est-ce Ismène qui parle ? ou bien suis-je Sapor ?
Quinepeutêtreà moi! C'en est donc fait, madame ? L'amour, le tendre amour, est banni de votre ame ;
Vos sens d'une autre ardeur sont enfin prévenus ;
Vous m'aimiez autrefois, et vous ne m'aimez plus.
Ne craignez point ici que ma bouche rebelle
Vous accable des noms d'ingrate, d'infidèle. Vous fasse souvenir des sermens et des pleurs Dont il vous plut jadis irriter mes ardeurs : Non, pour vous reprocher votre injustice extréiJie, Je ne veux exciter contre vous que vous-même ; Au lieu de condamner votre esprit inconstant , Je vous pardonne tout, si j'en puis faire autant. Vous me quittez, madame, et je me rends justice; De mes cruels malheurs je suis le seul complice. Indigne de vous plaire et de vous posséder, Méritais-je ce cœur que je n'ai pu garder ? Devais-je me flatter, puisqu'il faut vous le dire. Que toujours insensible aux charmes d'un empire. Votre amour s'irritant au milieu des malheors ,
112 SAPOR
Vous oublîrlez pour moi le trône et ses grandeors ? Espérais-je en effet que, malgré mille obstacles^ Le ciel en ma faveur prodiguât des miracles ? Croyais-jeque toujours... Ah! trop long-temps déçu. Malheureux que je suis ! je ne l'ai que trop cru ; Et du charme imposteur d'une feinte tendresse Je me suis trop flatté d'une fausse promesse , Ma raison prévenue , et mon cœur enchanté... Non, je n'étais point fait pour tant de cruauté.
ISMÈNE
Etais-je faite aussi pour être si cruelle?
SAPOR
Vous étiez faile , liélas ! pour n'être pas fidèle;
Vous m'avez abusé d'un espoir trop flatteur;
Je me croyais aimé, j'adorais mon erreur.
îiepo 11 viez-vouseucorquelqueteiiis TOUS contraindre?
ISMÈKE.
Hélas I couuaissez mieux eu quel temps je veux féiudre.
SAPOR
Je ne veux rien connaître; assuré de mon sort. Mes vœux les plus ardens m'entraînent à la mort ; J'y vais avec plaisir; il faut du sang, madame , Pour achever d'éteindre une importune flamme ; J'y cours... ismÈ^^e.
Que dites-vous? ah! quelle aveugle erreur Vous fait chercher la mort avec taut de fureur ? Vivez ; si vous mourez il faut que je vous suive.
SAPOR
Eh ! pourquoi voulez-vous maintenant que je vive ?