ACTE IV, SCENE II. ii
Abandonné, trahi, désespéré, vaincu.
Madame , en cet état j'ai déjà trop vécu.
ISMÈNE
Quel trouble me saisit ! je tremble , je frissonne. Ah ! Théone , fuyons j la force m'abandonne ; Fuyons...
SAPOR
Vous me fuyez dans ce moment fatal î Vous courez vous jeter dans les bras d'un rival ! Est-ce ainsi qu'autrefois , sensible à mes alarmes. Vous me voyiez courir dans le péril des armes , Lorsque , uous séparant par de tendres adieux , Vous me suiviez long-temps et du cœur et des yeux? "iilc fuyiez-vous ainsi quand ma main fortunée Tenait à mes drapeaux la victoire enchaînée; Quand, revenant vainqueur, j'étalais à vos pieds Les débris de l'orgueil des rois humiliés , Des javelots Lrisés, des aigles menaçantes Du sang des ennemis encore dégouttantes. Des faisceaux arrachés, mille et mille étendards. Dignes fruits d'un héros, cueillis an champ de Mars ? Tout couvert de lauriers, et tout brillant de gloire, Je ne me réservais , pour prix de la victoire , Que le plaisir charmant de vous la raconter. Et vous, madame, et vous , celui de l'écouter. Pour qui donc ai-je mis tant de villes eu cendre ? Pour qui coulait le sang que l'on m'a vu répandre ? Vous ne l'ignorez jjas ; j'allais de vos parens Apaiser par mou sang les màues murmurans.
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ti4 SAPOR.
Ce n'était pas assez qu'aux plaines de Larissa
Mou bras leur eût offert uu sanglant sacrifice ,
Et que vous eussiez vu leurs sillons désolés
Blauchis des ossemens dont ils étaient comblés ;
C'était peu que, traînant les borreurs de la guerre.
De vastes flots de sang j'eusse rougi la terre ,
Il me fallait encorpar de plus grands travaux
Changer l'ordre du ciel, faire rougir les eaux.
Leur apprendre à couler par des routes nouvelles.
Vous le savez; vos yeux sont des témoins fidèles;
L'Oronte a vu deux fois ses flots précipités ,
De cadavres romains dans leur cours arrêtés ,
Remonter vers leur source, et, cherchant un passage,
S'égarer dans les champs voisins de son rivage.
Quel fruit de mes travaux, grands dieux ! N'en parlons plus ;
Mes regrets aussi bien seraient-ils superflus.
O ciel! tu me devais un destin moins barbare !
Mais calmons la fureur qui de mon coeur s'empare.
Gui, madame, trahi, percé de mille traits.
Je sens que je vous aime encor plus que jamais.
ISMÈNE
.Vous m'aimeriez encor ! non, je suis trop coupable.
SAPOR
Pour ne me plus aimer, êtes-vous moins aimable ?
ISMÈNE
iVengez-vous par la haine ; armez votre courroux.
SA.POR
Pour me venger, hélas ! quel chemin m'oaTrez-yoas ?