‹ ŒuvresChapitre 153 sur 212 · I-ISETTH · texte numérisé non relu

I-ISETTH

D'où savez-vous cela, madame, je vous prie?

JLGA.THE.

J'ai cru le voir Lier paraître dans ces lieux;

Et j'eu crois plus mon cœur encore que mes yeux.

Je ne m'étonne plus que votre diligence

Ait du seigneur Albert trompé la vigilance.

Par ma foi , c'est un guide excellent que l'amjur !

AGATHE

J'étais à ma fenêtre en attendant le jour.

Quand quelqu'un est sorti : voyant la porte ouverte,

J'ai saisi promptement l'occasion offerte.

Tant pour preudre le frais , que pour flatter l'espoir

Qui pourrait attirer Éraste pour me voir.

LISETTE

Vous n'avez pas envie, à ce qu'on peut comprendre. Que le pauvre garçon s'enrhume à vous attendre ; 11 arrive le soir ; et vous au point du jour , Vous l'attendez ici pour flatter son amour ; C'est perdre peu de temps. Mais si, par aventure, Albert votre tuteur, jaloux de sa nature , Vient à nous rencontrer , que dira-t-il de nous ?

AGATHE

Je me veux affranchir du pouvoir d'un jaloux ; J'ai trop long-temps langui sous son cruel empire : Je lève enfin le masque; et quoi qu'il puisse dire, Je veux, sans nul égard , lui montrer désormais C(imme je prétends vivre , et combien je le hais.

ACTKI, SCFNî: I. 23(,

LISETTE

Que le ciel vous maintienne en ce dessein louable I Pour moi, j'aimerais mieux cent fois servir le diable... Oui , le diable : du moins quand il tiendrait sabbat , J'aurais quelque repos; mais dans mon triste état , Soir, matin , jour ou nuit, je n'ai ni paix ni trêve: Si cela dure encore il faudra que je crève. Tant que le jour est long il gronde entre ses dents: « Fais ceci, fais cela; va , viens; monte, descends ; Fais bien la guerre à l'œil ; ferme porte et fenêtre ; Avertis , si de loin tn vois quelqu'un paraître. » Il s'arrête, il s'agite, il court, sans savoir où; Toute la nuit il rôde ainsi qu'un loup-garou ; Il ne nous permet pas de fermer la prunelle ; Lui, quand il dort d'un œil , l'autre fait sentinelle: Il n'a ri de sa vie ; il est jaloux , fâcheux , Brutal à to\jte outrance, avare, dur, bargneux. J'aimerais mieux clierclier mon pain déporte en porte, Qrc servir plus long-temps un maître de la sorte,

AGATHE

Lisette, tous nos maux vont finir désormais. Qu'Éraste est différent du portrait que tu fais ! Dès mes plus tendres ans chez sa mère nourrie, ZN'os cœurs se sont trouvés liés de sympathie ; Et l'amour acheva, par des nœuds plus charœans , De nous unir encor par ses engageroens. Plutôt que de souffrir la contrainte effroyable Qui depuis quelque temps et me gêne et m'accable, Je serais fille à prendre un parti violent ,

xio LES FOLIES AMOUREUSES.

Et, sous un habit d'homme, eu chcTalier errant , Pour fli'affranchir d'Albert et de ces lois si dores. J'irais par le pays chercher des aventures.

LISETTE

Oh! sans aller si loin, ici, quand vous vendrez. Je vous suis caution que vous en trouverez.

AGATHE

Tu ne sais pas encor quel est mon caractère, Quandonm'imposeunjouga mon humeur contraire. J'ai vécu dans le monde au milieu des plaisirs; La contrainte où je suis irrite mes désirs. Présentement qu'Eraste à m'épouser s'apprête , Mille vivacités me paisent par la tête. J'ai du cœur, de l'esprit, du sens, de la raison; Et tu verras dans peu des traits de ma façon. Mais comment du château la porte est-elle ouverte ?

LISETTE

Bon ! votre vieux Cerbère est à la découverte ;

Faut-il le demander ? Il rôde dans les champs ;

Il fait toute la nuit sentinelle en dedans;

Et, sur le point du jour, il va battre l'estrade.

S'il pouvait, par bonheur choir en quelque embuscade,'

Et que des égrillards, avec de bons bâtons...

Mais, paix; j'entends du bruit; quelqu'un vient; écouton

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