LE COMTE DE HUNTINGDON SE SOUMET A HENRI IV
car trop bien l'avoit desservy. Si demoura le conte de Saslebéry en grant l péril 2 de sa vie.
Messire Jehan de Hollande, conte de Hostidonne et gardien de la ville de Calais pour ce temps, avoit esté infourmé tout au long de la matière dessusdicte et comment le roy Richard son frère avoit esté pris et mené en prison en la Tour de Londres et condernpné à paruser sa vie là ou ailleurs où il plairoit au roy Henry et à son conseil, et avoit résigné le royaulme, couronne et tout, et estoit Henry de Lancastre roy d'Angleterre , lequel conte de Hostidonne, quelque anoy, ne 3 desplaisance 4 qu'il euist du roy Richard son frère, considéra le temps et les adventures, et regarda que il estoit tout seul contre la puissance d'Angleterre qui trop grande luy estoit, à laquelle il ne povoit obvier. Aussi la contesse sa femme luy dist , quant il fut retourné de Calais en Angleterre (qui serour germaine estoit du roy Henry) : « Monseigneur , il vous fault passer vostre cour- « rous 5 bellement 6 et sagement, et ne faittes pas chose « dont vous prendés dommage ; car monseigneur le roy « mon frère vous peult faire moult de biens, et si veés que « tout le royaulme s'encline à luy ; et, se vous monstres « maltalent7 à aucuns de son estroit conseil8 , vous estes « perdu. Si vous dissimulés de ce fait-icy, je vous en prie « et le vous conseille ; car autretant bien est le roy Henry « vostre frère que Richart estoit, et demourés delés luy, « et vous le trouvères bon et appareillié amy ; car il n'y « ot oncques roy en Angleterre si riche comme il est. Si « vous pourra et à vos enffans faire encoires beaucop de « biens. »
*-* Danger. — 5 * Désolation. — 5 e Patiemment. — 7-8 Aucun.
Le conte de Hostidonne entendy moult bien l la parole 2 que sa femme luy dist et remonstra, car il fut ymaginatif assés. Si le crut et s'i enclina, et s'en vint par devers le roy Henry son serourge, et se humilia et luy prommist foy et loyaulté et service à faire. Le roy le rechupt et en ot grant joye.
Depuis fist tant le conte de Hostidonne parmy les bons amis 3 qu'il acquist, et tant en pria au roy, que le conte de Saslebéry fut oy et recueillie à toutes excusations , et luy fut pardonné tout ce que fait en avoit ou voiage de France, et retourna en la grâce du roy Henry et du 4 pays 5.
Quant la dame de Coursy fut descendue à Boulongne, elle hasta ses besongnes du plus tost qu'elle pot, et se mist à la voye pour venir vers Paris ; et jà estoit en France 6 la murmuration grande des accidens qui advenus estoient en Angleterre , car on en sçavoit aucunes choses par Lombars et marchans de Bruges. Mais quant la dame de Coursy qui estoit en Angleterre delés la jeune royne Ysabel , fut retournée à Paris , on sceut toute la pure vente.
La dame, quant elle fut venue, se traist à l'ostel de son mary le seigneur de Coursy, ce fut raison, lequel estoit ung des chevalliers de la chambre du roy de France et des plus avanchiés. Nouvelles vindrent à Saint-Pol, hostel du roy , que la dame de Coursy estoit venue, et evous sergens d'armes et 7 officiers 8 ensonniés au matin de cryer et de demander après le seigneur de Coursy. Sy lui
1-2 Les paroles. — 3 Et moyens. — *-5 Peuple. — 6 En aucuns lieux. — 7"8 Huissiers.
fu dit (celle nuit 1 il avoit jeu 2 à son hostel, si n'estoit point encoires venu si matin) que le roy et les seigneurs le vouloient avoir pour oyr les nouvelles d'Angleterre et pour sçavoir de Testât du roy Richart et de la jeune royne Ysabel sa femme. Si tost comme il fut venu, il entra en la chambre du roy, lequel luy demanda de Testât d'Angleterre, du roy et de sa fille. Le chevallier ne luy osa celler, mais luy dist tout 3 pourveuement 4 ce dont sa femme Tavoit infourmé.
Quant le roy de France sceut ces nouvelles, si luy furent trop desplaisantes, car il sentoit tous les Anglois de leur condition durs, hausters et 5 merveilleus. Et avoit le dit roy de France esté en bon point ung grant temps, mais de courrouch il entra en la maladie de frénaisie, de quoy les barons de France, ses oncles et son frère furent moult courrouchiés, se amender le peuissent. Et dist le duc de Bourgoingne : « Ce fut ung mariage fait sans raison, et « bien en parlay adont quant on le traittoit et procuroit , « mais je n'en peus oncques estre oy ; ne oncques les « Londriens n'amèrent parfaittement ce roy Richart , et « tout ce meschief vient et est engendré par le duc de « Glocestre. Il nous fauit pourveir et sçavoir comment les « Anglois se vouldront maintenir. Puisque ils ont prins « leur roy et mis en prison, ils le feront morir, car « oncques ne Tamèrènt. Et pour tant que il ne vouloit « point de guerre, mais toute paix, si couronneront à roy « Henry duc de Lancastre, qui se aîoyera et très-grande- « ment obligera 6 à 7 eulx, et fera, vueille ou non, ce qu'ils « vouldront. »
Là fut proposé et dit 8 : « Ha ! a ! Sainte Marie ! com- « ment s'en vouldront porter ceulx de Bourdeaulx, car 9 il 10
12 Devant il avoit couchié. — *"' Pleinement. — B Très. — 6*7 Envers. — s Par le dit duc de Bourgongne. — 9-*° Le roy Richard.