‹ ŒuvresChapitre 122 sur 134 · XVI. — FROISSART · texte numérisé non relu

XVI. — FROISSART

anglaises et surtout deux narrations françaises écrites par un témoin oculaire qui a su se défendre de l'ascendant de la puissance et de la fortune pour réserver ses sympathies au malheur. L'une (c'est la chronique en prose) a été publiée en 1826 par M. Buchon et beaucoup plus correctement en» 1846 par M. Williams. L'autre (la chronique en vers) également reproduite par M. Buchon, a été imprimée pour la première fois en 1824 avec les miniatures dont est orné le manuscrit de Londres, par M. Webb dans le tome XX de Y Archaiologia de la société des Antiquaires anglais.

Bien ' que nous devions ici combattre l'opinion d'un érudit dont les recherches nous ont souvent guidé dans notre travail (M. Wallon), nous croyons que les deux relations sont du même auteur, c'est-à-dire de Creton. Les rapports qu'elles présentent, en offrent la preuve, et les différences qu'on y signale , proviennent uniquement selon nous de ce qu'elles n'ont point été écrites à la même époque.

La chronique en prose est la plus ancienne. Elle s'arrête au 12 mars 1399 (v. st.), et on n'y trouve aucune allusion à des événements postérieurs. L'attribution à Creton repose sur l'assertion formelle d'une note jointe à un grand nombre de manuscrits de Froissart , qui est conçue en ces termes : ce J'ai esté informé par un homme digne de foy, a nommé Creton, et par escript de sa propre main, lequel pour ce ce temps estoit en Angleterre et a escript ce que je vous diray. » Vient ensuite le récit de la mort de Richard II, succombant sous la. hache de Pierre d'Exton :

ce Le roy Richart estoit tout seul à sa table et faisoit semblant de ce non vouloir mengier pour ce que son escuier ne vouloit faire essay ce devant luy ainsi que souloit, et le roy lui demanda : ce Dy, quelles ce nouvelles ? » L'escuier respondi : ce Je n'en scay nulle autre fors ce que Pierre d'Exton est venu, je ne scay quelles il apporte.. » Et. ce l'escuier se getta à genouls devant le roy Richart en lui priant qu'il ce lui pardonnast, car deffendu estoit de par le roy Henry. De ceste ce réponse se troubla très-fort le roy Richart', et prit un des couce teaulx de la table et le rua après la teste de l'escuier, en disant : ce Mauldy soit Henry de Lancastre ! »

Tout ceci se retrouve dans la Chronique de Richard II :

ce Le roy estoit tout seul à table, lequel ne vouloit mengier, pour ce ce que son escuier ne voloit faire assay devant lui comme il avoit à ce coustume de faire, et le roy Richart lui demanda : ce Quelles nouvel-

« les? » Et l'escuier respondi : « Je n'en scay nulles aultres fors que « sires Pierres d'Exton est venu ; je ne scay quelles nouvelles il « apporte. » Dont le roy Richart prya à l'escuier que il taillast et que « il fesist assay comme à son office appartenoit. Dont se mist Teste cuier à genouls par devant la table, et cria merchi au roy Richart « que il li volsist pardonner, car on li avoit, deffendu de par le roy « Henry. Dont le roy Richart se courcha et prist ung coutiel de la « table et en féri l'escuier en le tieste, disans : « Maudit soit Henry de « Lanclastre ! » A cette parole vint sires Pierres d'Exton, lui VIIIme, « en la chambre dou roy Richart, où il séoit à table. Et chascuns « avoit ou lanche ou hache en sa main, et quant le roy Richart les « vit venir ainsy armés , il bouta la table arrière de lui et sailly en « mylieu d'eulx VIII, et osta à l'an d'iceulx une hache et se mist bien « gentement à deffenoe et gaillardement, et, en lui deffendant, en tua

« IIII de VIII Et quant le roy fu mors, li chevaliers qui li

« avoit donné le cop de le mort, se assist dalés le corps et commencha « à plorer , disant : « Hélas ! quel cose avons-nous fait ? Nous avons « mis à mort celui qui a esté nostre souverain seigneur l'espasse de « XXII ans. Or ai-je perdu mon honnour. »

La chronique en vers a été composée assez longtemps après , quand déjà la reine Isabelle avait été rendue par Henri IV et était rentrée en France (septembre 1401). Ici, l'indication de l'auteur repose sur cette mention que l'on trouve à la fin du manuscrit de Saint- Victor : Expliait Vystoire du roy Richart oVEngleterre, composée par Creton.

Les deux relations sont-elles de la même main ? Cela paraît peu douteux quand on compare certains passages avec soin. Voyez notamment celui où, à propos du beau temps qui favorisa le départ de Richard II pour l'Irlande , on lit dans la chronique en prose « que a avant deux jours le roy et ses gens virent la tour de Waterforde » et dans la chronique en vers :

Qu'avant deux jours on apperceust la tour De Wattreforde.

La description de l'Irlande qui suit dans l'un et l'autre texte , est évidemment du même auteur.

Les paroles échangées entre Richard II et Henri de Derby au château de Flint sont également rapportées dans les mêmes termes.

En vain chercherait-on à expliquer ces rapports en considérant

l'une des relations comme composée d'après l'autre. C'est dans la seconde que l'auteur nous apprend que ce qu'il raconte dans la première partie de sa chronique , il l'a vu lui-même , et on ne saurait expliquer comment en ce qui touche notamment l'épisode du château de Flint on aurait pu dans la chronique en prose reproduire les paroles de Richard II et du conte de Derby , telles que les donna quelques années après l'auteur de la chronique rimée, témoin oculaire. La similitude des détails révèle une seule et même source.

Une lettre signée de Creton et adressée au duc de Bourgogne nous a été conservée. La phrase où il dit que Richard dans son désespoir faisait appel à tous les seigneurs de France , doit s'expliquer par un passage de la chronique en prose (éd. Buchon, p. 74). Autre raison de la lui restituer.

Il n'y a de différences que dans la conclusion du récit.

La chronique en prose, écrite aussitôt après l'exhibition des restes de Richard II, accuse Pierre d'Exton. On croyait en France que Richard II avait péri. Charles VI, dans une charte du 29 janvier 1399 (v. st.), parle de lui comme s'il ne vivait plus.

Lorsque la chronique rimée fut composée, on projetait un débarquement en Angleterre ; on voulait y exciter une insurrection en ■ faisant reparaître du fond des montagnes de l'Ecosse Richard II miraculeusement échappé de Pomfret, et Creton fut lui-même chargé d'une négociation qui se rapportait à ces desseins. Il fallait donc que dans cette nouvelle relation il ne parlât plus de la mort de Richard et qu'il eût même soin d'ajouter que le corps inanimé promené dans les rues de Londres était vraisemblablement celui du chapelain Maudeleyn qui, mort et vivant , aurait joué le rôle de roi.

Quel était ce Jean Creton, narrateur des malheurs de Richard avant d'être envoyé en Ecosse pour le retrouver et lui rendre un trône? Il appartenait vraisemblablement à une famille française. En 1292, Renaud Creton était receveur de la terre de Coucy. En 1357 servait sous les ordres de Robert de Clermont un écuyer nommé Jean Creton, vraisemblablement le père du chroniqueur ; mais il paraît que celui-ci s'était attaché à la maison de Bourgogne, et nous retrouverons au XVe siècle une famille du même nom, qui possédait un arrière-fief à Moulbaix près d'Ath.

Creton dit lui-même qu'il avait pour seigneur Antoine de Bourgogne (éd. Buchon, p. 463). Ailleurs il nous apprend qu'il connaissait

fort bien le château de Namur (p. 379). Plusieurs passages relatifs au soin que prenait Henri IV de ménager les Flamands, rappellent aussi les liens qui l'unissaient à la maison de Bourgogne.

Creton s'était depuis longtemps adonné aux travaux littéraires, et il avait écrit une continuation des chroniques de Baudouin d'Avesnes, interrompue en 1396, croyons-nous, par un premier voyage en Angleterre.

Cette fois encore deux citations justifieront notre opinion.

On lit dans la continuation des chroniques de Baudouin d'Avesnes :

« Droit au disner du roy vint li sires de Morque , chevalier , et qui « estoit montés et armés pour cause du service de sa terre , et là fist « proclamation devant tous que s'il estoit homs qui volsist dire que « Richars de Bourdiauls ne fust rois d'Engleterre de son droit et « loyaument couronnés, il estoit tout près de le desrenier corps contre « corps, comme il appartenoit au droit d'armes (ms. 10233 de la Bibl. « de Bourgogne, f° 209). »

Voici ce que porte le texte plus complet de la chronique de Richard II , tel que nous le trouvons dans le même manuscrit :

« A l'heure d'icellui disner vint uns chevaliers armés de toutes « armes et montés sur un grant destrier pour le serviche de sa terre, et « fist cryer en hault que s'il estoit homs qui volsist dire et maintenir « que Richars de Bourdiauls ne fuist rois d'Engleterre de son droit « et loyaument couronnés, il venist avant, et il estoit près du desrenier « corps contre corps, comme il appartient au droit d'armes, et estoit « ledit chevalier appelés sire Jehan de Morquem (f° 241 v°). »

Lorsque Creton fut envoyé en Ecosse, il était devenu valet de chambre de Charles VI. Il devait sans doute cette position et probablement aussi la mission qu'il reçut, à l'influence du duc de Bourgogne.

Quelques années plus tôt, Etienne Castel était aussi valet de chambre de Charles V. A ce titre on le voit chargé de faire faire des pennonceaux et des bannières, nobles emblèmes des luttes et des victoires que sa femme Christine de Pisan eût pu raconter.

Complot du duc de Gïoc ester (pp. 1-24). — Il y a lieu de croire, comme le rapporte Froissart, que le comte de March repoussa les insinuations du duc de Glocester, et Richard II reconnut sa fidélité en le désignant lui-même avant son départ pour l'Irlande comme héritier de la couronne. « Triste héritier ! disait le comte de March

« à ses amis. Est-ce au pirate à être généreux vis-à-vis de celui qu'il « a dépouillé de tous ses biens ? »

Edmond de Mortimer, comte de March, était le petit-fils du duc de Clarence, le plus âgé des fils d'Edouard III après le Prince Noir.

Gower écrivit sur les événements de la fin du XIVe siècle un poëme dont une partie fut rédigée en 1387 et dont la fin ne fut composée que sous le règne de Henri IV. Si dans la péroraison il prodigue ses flatteries au nouveau roi, il compatit dans l'exorde aux malheurs de Richard II. C'est ainsi qu'on lit à la suite de l'un des premiers récits : a Explicit « libellus qui intitulatur : Vox clamantis, editus praecipue super articulo « primi infortunii quod infortunato Ricardo secundo in primordiis regni « sui contigebat. » Il y cite comme conspirant la perte du roi le Cygne (Glocester), le Cheval (Arundel) et l'Ours (Warwick). {British Muséum, Cotton, Tiber. A. 4.)

L'un des principaux griefs des mécontents était la résolution prise par Richard II de rendre le château de Brest au duc de Bretagne.

Dès le mois de juillet 1391, le duc de Bretagne réclamait la remise du château de Brest ; il insista en 1394, et, le 17 novembre 1395 , le roi d'Angleterre s'engagea à le restituer aussitôt après la fin de la guerre- Le 12 juin 13Q7, le duc de Bretagne reconnaît qu'il lui a été remis par Jean Drax, sergent du roi d'Angleterre. Il est digne de remarque que le jour même de l'évacuation de Brest (12 juin 1397), Richard II rendit aux bourgeois de Londres les privilèges dont ils avaient été dépouillés après la révolte de Wat-Tyler.

Richard II espérait ainsi apaiser le mécontentement qui s'était surtout manifesté à Londres ; mais ses efforts furent inutiles. On considérait la restitution de Brest comme devant être suivie de près par celle de Calais.

Quand la garnison anglaise de Brest rentra en Angleterre , le duc de Glocester se plaignit hautement en présence du roi. Il faut reproduire le récit de la Chronique de Richard II :

« Adont commença le duc de Clocestre à parler au roy en disant ensi : « Monseigneur, n'avés-vous mie veut au disner les compai- « gnons qui estoient ychi ? » Adont le roy li demanda : « Biauls « oncles, qui sont les compaignons qui estoient là ? » Le duc de Clocestre respondi au roy : « Monseigneur, ce sont vos gens qui sont « venus de Brest, lesquels vous ont loyaument servi, et ils ont estet « mauvaisement payés et ne sèvent que faire. » Adont dist le roy :

« Ils seront payé du tout en tout, » et commanda que les saudoyers fussent assignés sur quatre boins villages près de Londres : « Là vivece ront-ils à mes despens tant que ils seront payet de par moy. » Adont respondi le duc de Clocestre bien orgueilleusement : « Sire, vous « deussiés premièrement tant faire de vostre corps que vous prissiés « une ville sur vos anemis par fait dé guerre o,u par forche,, avant « que vous rendissiés ou vendissiés aucune ville que vos prédicesseurs « roys d'Angleterre ont gaigniée et conquise. » Adont le roy respondi bien fellement : « Comment dictes-vous cela? » Lequel duc son oncle li dist encore une fois. Adont le roy se courroucha et dist au duc : « Cuidiés-vous que je soye marchant ou foulx que je vende mes « villes? Par saint Jehan-Baptiste, nennil ; mais il est vérité que « nostre cousin de Bretaigne nous a rendut et payet bien et loyaument « la somme que mes prédicesseurs luy avoyent prestée pour la ville « de Brest 'f et, puisqu'il nous a bien payet, c'est bien raison qu'il « ait ses gaiges arrière. » Ainsi commença l'envie entre le roy Richart et le duc de Clocestre. »

Il est à remarquer que Jean de Lackingay ici cité par Froissart comme le principal confident du duc de Glocester, avait été l'un des capitaines du château de Brest.

D'après la Chronique de Richard II, le duc de Glocester réunit à Arundel, presque aussitôt après, le 23 juillet 1396 (lisez 1397), les seigneurs dont l'appui lui semblait assuré. Là se trouvaient l'archevêque de Canterbury, le comte Maréchal, les comtes de Derby et de Warwick. On résolut de s'emparer de la personne du roi et de l'enfermer à jamais dans une prison. Richard II fut instruit de ce qui s'était passé par le comte Maréchal et n'hésita pas à aller arrêter luimême le duc de Glocester, comme Froissart le rapporte dans le chapitre suivant.

Le duc de Glocester est arrêté par Tordre du m (pp. 24-29). — Dans un pays riant, abondant " en gibier et arrosé par de frais ruisseaux se trouvait le château d'Estre, résidence des connétables d'Angleterre sous les derniers rois anglo-saxons. Guillaume de Mandeville, comte d'Essex, le reconstruisit , mais il était réservé au duc de Glocester d'en faire l'une des plus belles résidences de l'Angleterre. Ce fut là qu'il reçut Robert l'Ermite et peut-être aussi Froissart. Il l'avait appelé par une désignation mi-anglaise, mi- française Bel- House ; mais le nom tout français de Plessis , dont les Anglais

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avaient fait Pleshy, lui était resté , et il est assez bizarre qu'un prince si profondément hostile à la France lui ait emprunté les divers noms de son habitation favorite.

Le duc de Glocester avait fondé à Pleshy en 1394 un collège de chanoines, et plus récemment en 1397 une chapellenie qui comptait neuf prêtres.

A cinq milles de Pleshy passait la grande route de Colchester à Londres par Brentwood, que Richard II évita, d'après Froissart ; mais je ne rencontre de ce côté aucune ville du nom de Bentley qui réponde au Bencielay de Froissart. On ne comprend guère que Richard II soit allé rejoindre la Tamise à Stratford-Langton, presque aux portes de Londres , où le duc de Glocester aurait pu être délivré par ses amis. Du reste tout ce que dit à ce sujet Froissart , s'accorde fort mal avec la Chronique de Richard II.

Le château d'Havering, ainsi appelé , assure-t-on , d'un anneau de saint Jean donné à Edouard le Confesseur, est à quinze milles de Pleshy. D'après Froissart, ce fut de là que Richard II se rendit à Pleshy, mais ici encore son témoignage est démenti par les autres historiens. Il n'en est aucun qui mérite plus de confiance que celui de l'auteur de la Chronique de Richard II :

« Le roy monta à cheval à sis heures droit à heure de souper, dont ceulx de Londres avoyent grant merveilles. Et quant le roy vint bien prés de la court où son oncle le duc de Clocestre estoit, il commanda à son frère le conte d'Ontinton qu'il alast devant avecques un pau de gens et qu'il demandast se le duc estoit en l'ostel et qu'il desist au duc que le roy venroit par deviers luy pour parler à luy , lequel conte d'Ontinton s'en alla devant avec dis hommes à cheval en la court du duc , lequel demanda se le duc estoit en l'ostel t et une damoiselle respondi : « Oïl, monseigneur et madame sont encores dans leur lit. » Adont le conte d'Ontinton dist à la damoiselle : a Je vous prye qu'il vous plaise « à aler par deviers monseigneur le duc, et li dites que monseigneur le « roy venra ichi pour parler à luy, car le roy vendra tantost. »

« Adont le roy avoit fait une petite bataille de gens d'armes et grant fuison d'archiers, et vint chevauchant en la basse court de son oncle , et sa trompette sonnoit devant. Adont le duc de Clocestre descendi de sa maison et vint en la basse court où le roy estoit , et pour certain n'avoit le duc autre chose vestu fors que ses draps linges et un mantel entour ses espaulles. Et la duchesse si vint après

son seigneur atout ses dames et damoiselles. Et se mist le duc à genoulx devant le roy Richart, disant : « Monseigneur , vous soyés le « bienvenu. Très-cher sire , comment est-ce que vous estes cy « venus si matin sans moy faire savoir vostre venue ? » Et le roy respondi : « Bel oncle, aies- vous vestir , et apriès nous parlerons « ensamble. » Le duc retourna amont par le command du roy, et si se ala vestir , et le roy descendi de son cheval et tint parolles à la duchesse et as dames ; et son frère le conte d'Ontinton et plusieurs autres seigneurs montèrent après le duc en son castiel, et là attendirent en la salle tant que le duc fut viestus. Et tantost vinrent tous ensamble en la basse court où le roy estoit , lequel pria à la dame qu'elle s'en retournast amont , car il ne voulloit là plus demorer , ne attendre , et dist : « Beaulx oncles, il vous convient venir avecques « moy. » Lequel respondi au roy : « Monseigneur , je le feray « très-volentiers, » et puis monta à cheval. Et quant le roy et' toute se gent furent hors de la porte de la basse court , le roy dist au conte Mareschal : « Menés mon oncle en nostre tour de Londres.' Là « vueil-je parler à lui et non aultrement. » Et eust le duc trèsvolentiers parlé au roy , mais le roy ne volt aucunement parler à luy, ne oncques puis à luy ne parla. »

Ce récit paraît plus exact que celui de Froissart. L'arrestation du duc de Glocester au point du jour était, disait-on , annoncée par ce vers d'une prophétie :

Vulpes cum cauda caveat. dum cantat alauda.

L'insigne du duc de Glocester était une queue de renard.

D'après les rôles du parlement, le duc de Glocester fut arrêté au moment où il s'avançait pour recevoir le roi.

Une chronique anglaise rapporte que le duc de Glocester se jeta aux pieds de Richard II, en demandant qu'on épargnât sa vie. Le roi répondit : « Je vous ferai la grâce que \ous fîtes à Simon de « Burleigh, quand la reine intercéda pour lui. »

Selon le moine d'Évesham, le duc de Glocester fut mené le premier jour à Tyllingbourne et le second à Douvres d'où on le conduisit à Calais.

On ignore la date exacte de cet événement ; mais il doit être antérieur à une proclamation royale du 15 juillet 1397 , où l'on annonce que l'arrestation du duc de Glocester et des comtes d'Arundel et de Warwick n'a d'autre but que d'assurer la paix du royaume.

Anxiété de la duchesse de Bourgogne (pp. 29, 30). — Parmi les ambassades envoyées à Bajazet, il en est une que Froissart passe sous silence.

Guillaume de l'Aigle, chambellan du duc de Bourgogne, avait été chargé de porter à Bajazet de magnifiques présents afin qu'il traitât le comte de Nevers avec plus de douceur. A cette mission en était jointe une autre toute chevaleresque. Il devait s'arrêter à Athènes et y chercher le chef de saint Georges qu'on avait promis au duc de Bourgogne. Il ne paraît point que le sire de l'Aigle ait retrouvé au milieu des ruines de la cité de Périclès cette relique si vivement honorée de tous les chevaliers. Une autre tâche lui était réservée : c'était celle de présider à Rhodes à l'exhumation des restes de Louis de La Trémouille et de les rapporter en France.

Aubert de Bavière n'avait pas agi comme Charles VI qui faisait emprisonner ceux qui répandaient de mauvaises nouvelles de la croisade. Vers la fin de novembre 1396, il donna trente-six sous à un varlet : « liquels, comme il disoit, revenoit de Hongrie et apporta « nouvelles des signeurs crestyens de le journée que eut avoient contre « les Sarrasins. »

Le 24 janvier, deux varlets « qui estoient de Normendie » arrivèrent avec d'autres nouvelles « del avenue de Honguerie, » et Rasse de Montigny, par l'ordre du comte de Hainaut , leur donna sept livres quatre sous. .

Comme le dit Froissart, la duchesse de Bourgogne avait perdu trois frères à la journée de Nicopoli.

Le premier , Louis, surnommé le Haze de Flandre, avait reçu en 1370 tous les biens confisqués sur Gérard de Moor. Il avait accompagné en 1389 Charles VI dans son voyage à Avignon. — Il avait épousé la fille du sire de Landas.

Le second qui s'appelait aussi Louis, était surnommé De Vriese ou le Frison. Il était seigneur de Praet et de la Woestyne et avait épousé Marie de Ghistelles.

Le troisième Jean était connu par le surnom de Jean-sans-Terre. Il avait eu néanmoins pour sa part dans les confiscations prononcées après la bataille de Roosebeke la seigneurie de Drinkham. Il avait épousé Guillemette de Nevele.

On ignora pendant quelque temps si le Haze de Flandre avait péri à la bataille de Nicopoli, mais il ne reparut plus ; et, dès la fin de l'année suivante, le duc de Bourgogne disposa de ses biens.

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