‹ ŒuvresChapitre 123 sur 134 · Acte du 9 septembre 1397 au sujet des Mens du bâtard de Flandres · texte numérisé non relu

Acte du 9 septembre 1397 au sujet des Mens du bâtard de Flandres

« Phelippe, fils de roy de France, duc de Bourgongne, conte de Flandres, d'Artois et de Bourgongne, palatin, sire de Salins, conte de Réthel et seigneur de Malines. A nos amés et féaulx les gens de nos comptes à Lille, salut et dilection. Nous avons entendu que messire Loys le Haze, bastard de Flandres, est trespassés ou voiage de Hongrie où il estoit aies en la compaignie de nostre très-chier et trèsamé fils le conte de Nevers ou service de Nostre-Seigneur Jhésu-Crist pour la défense de sa foy catholique contre le Basât qui se dit empereur des Turs, et autres ennemis d'icelle, sens ce que depuis la bataille qui a esté ou pays de Grèce des chrestiens contre les dis ennemis de la foy, en laquelle nostre dit fils fut pris, on ayt oyes aucunes nouvelles du dit messire Loys, lequel n'a laissié aucuns enfans de son corps nés en mariage, et par ce à cause de nostre seignorie de Flandres nous duisent et appartiennent, etc. » (Archives de Lille.)

Cependant le Haze de Flandre avait lui-même un fils bâtard auquel le duc de Bourgogne abandonna un fief de son père en 1398. D'autres biens passèrent à Victor bâtard de Flandre. Le surplus servit, paraîtil, à acquitter des dettes assez nombreuses.

Mort du sire de Coucy (pp. 30 , 31). — Le sire de Coucy fit son testament à Brousse le 16 février 1397. Duchesne l'a inséré parmi les preuves de l'histoire de la maison de Coucy.

Au nombre des témoins figurent les comtes d'Eu et de la Marche , Boucicault, le sire de la Trémouille, Jean de Hangest, Jean de Rochefort, Jacques de Courtiamble, Jean do Saint-Aubin, Guillaume de la Trémouille et Jean de Siffrenast, écuyer.

Le sire de Coucy fut enseveli à Nogent, mais son cœur fut porté à Villeneuve près de Soissons.

Eustache Deschamps déplore dans ses vers la mort du sire de

Coucy :

....A son temps fut appers et joli,

Saige , puissant , de grant largesse plain.

Beau chevalier , bien travaillant aussi,

Sans nul repos.

La veuve du sire de Coucy se remaria avec Etienne de Bavière, père de la reine de France.

Médiation du roi de Chypre (pp. 81-85). — Voyez ce que Froissart a déjà dit sur les événements de Chypre, tome XI, p. 231.

Guillaume de Machaut donne dans son poè'me d'assez longs détails sur le meurtre du roi Pierre de Chypre. On en trouvera d'autres dans un chapitre inédit de Philippe de Maizières inséré à la fin de ce

volume.

Les historiens et les poètes du XIVe siècle parlent avec admiration du roi Pierre de Chypre. Cuvelier l'appelle ;

Le noble roi deChippre, le hardi conquérant, Le meilleur roy qui fust par delà conversant, Ve ans a passé.

Il faut consulter sur le roi Pierre de Chypre une excellente notice de M. de Mas-Latrie, insérée dans le tome 1er (seconde série) de la Bibliothèque de l'école des chartes.

Philippe de Maizières, Machaut, Cuvelier sont d'accord avec Froissart pour reprocher au bâtard Jacques de Lusignan le meurtre de son frère le bon roi Pierre, qui eut pour théâtre le palais de Nicosie le 17 janvier 1368 (v. st.). Christine de Pisan dit même qu'il le frappa de sa propre main. Néanmoins l'érudit historien des rois de Chypre , M. de Mas-Latrie, pense que s'il prit part au complotai resta étranger au crime qui en marqua le dénouement.

Le bâtard Jacques de Lusignan, après avoir régné quelque temps sous le nom de son neveu, monta lui-même à la fin de 1393 sur le trône qu'il occupa jusqu'au mois de septembre 1398. Son successeur Janus de Lusignan annonça en ces termes sa mort au comte de Nevers :

« Illustris princeps ac consanguinee carissime. Quamvis scribendo acutissimi cogamur meminisse doloris quo acerrime sauciati sumus in intimis, quia filial! affectioni amarissimus est optimi patris interitus , tamen, illustrissime consanguinee,.... lugubrem vobis obitum.... reverendissimi et carissimi genitoris nostri Jherusalem , Cipri et Armeniee régis illustris, curavimus non latere. Fuit igitur IX0 septembris, Deo vocante, ad perhennem lucem ab hac cursoria luce subtractus, in qua peractis cum omni integritate quibuscumque ecclesiaticis sacramentis spiritum impavidum ethumilemsuoreddiditcreatori. Nos tamen eidem nostro gloriosse mémorise genitori in regno et potestate successimus, regiminis sui munera, Divinitate propicia, féliciter impleturi, Excellentiam Vestram humiliter deprecantes quatinus nos et regnum nostrum juxta spem quam de eadem serenissima consanguineitate vestra amplectimur pleniorem, dignemini suscipere, commendatis prsesto semper quibuscumque eadem Serenitate emanantibus.

notes. 255

« Scriptuni Nicosie die XII0 mensis septembres anni M. CCC. nonagesimi octavi.

« Janus Dei gratia Jherusalem, « Cipri et Armeniee rex. »

Sur le dos on lit :

« Illustri et excelso principi domino comiti de Nevers, consanguineo nostro carissimo. » {Archives de Lille.)

Le roi Jacques de Chypre, complice d'un assassinat ou tout au moins d'un complot, avait songé à faire épouser à son fils la fille du roi de Navarre, Charles le Mauvais, associé lui-même à tant de sombres intrigues.

Le mariage n'eut pas lieu. Charles le Mauvais exigeait sans doute des garanties qu'on ne pouvait lui donner : c'est ce que nous apprend le document suivant :

A vis sur le mariaige de la fille de Navarre et du fils au roy de

Cippre.

« Premier ad ce c'on demande comment et en quel lieu sera payée la doayre de madame Marie, le roy de Navarre respont que premier soit sceue la volenté du roy de France sur le don et l'aide qu'il voudra faire à la dicte dame Marie et quant le dit don sera païé, et, ceste chose sceue, le dit roy de Navarre respondra sur le demourant.

« Item, ad ce c'on demande en quel lieu la dicte dame Marie sera livrée, le dit roy de Navarre respont que il la livrera es fins de son dit royaume aux gens du roy de Chipre et que de là la dicte dame et sa compaingnie soit menée en Chipre aux despens du dit roy de Chipre.

« Item, sur vestimens , joyaus et acompaingnier la dicte dame Marie, le dit roy de Navarre respont que la dicte dame Marie, sa fille, il vestira et doera de joyaus, et la fera acompaingnier comme il appartendra.

« Item, que la dicte dame Marie, contentée de sa doaire, renuncera à la succession du dit royaume de Navarre et à toute autre succession qui lui porroit compéter de aucun autre partage , et quant à la succession du dit royaume, se le dit roy le voloit, le royaume ne s'i consentiroit point, car ce porroit estre ocasion de perdre son royaume, pour la grant distance et séparation des doux royaumes.

« Item, est demandé pour la part du dit roy de Navarre que ou

cas, laquelle chose ne soit, que la dicte dame alast de vie à trespassement en alant à son mari ou estant ou dit royaume de Chipre avant la consommation du dit mariage, que la doaire de la dicte dame ou ce qui en seroit païé, joyaus et tous autres biens quelsconques , soient restitués franchement audit roy de Navarre ou à ses hoirs, sens aucune détention ou diminution , et de ce soit baillié telle seureté de laquelle le dit roy de Navarre soit content.

« Item, est demandé comment pour la partie du dit roy de Chipre on asseurera la doaire, laquelle le dicte dame portera, et en quel lieu. « Item, quel estât sera donné ou ordonné pour la dicte dame et en quel lieu, vivant son mari.

« Item, quel estât ou dotalité sera donné ou ordonné pour la dicte dame tant comme elle vivra ou cas que son mari seroit aie de vie à trespassement, et comment on en asseurera et en quel lieu.

« Item, se son dit mari aloit premier de vie à trespassement, consommé le dit mariage sens enfans ou avoecques enfans eus, quel accroissement et meilloratioh de doaire seroit donné à la dicte dame segond la coustume de Navarre dont elle est et einsi que les autres dames de son hostel ont eu , et comment on en asseurera et en quel lieu, et ce mesmes, se icelle dame moroit avant, consommé le dit mariage sens enfans comme dit est.

« Item, se son dit mari aloit de vie à trespassement premier que le roy son père, et fil ou fille du dit mari et de la dicte dame demouroit, est demandé que icellui-mesmes, fil ou fille, se il est de coustume de la fille, que elle succède ou royaume et soit préférée à oncles et antes et à tous autres quelsconques, et comment on en asseurera par le roy et les estatus de Chipre.

« Item, comment on pourverra aux fils ou aux filles d'iceuls, le premier ne estant roy.

« Item, ou cas que la dicte dame iroit de vie à trespassement intestée sens enfans, demande le dit roy de Navarre que la dicte doaire et succreissance d'icelle et autres biens quelsconques de la dicte dame Marie retournent au dit roy de Navarre et à ses hoirs.

« Item, que la dicte dame Marie venans à la fin de sa vie sens enfans puist faire testament de la dicte succreissance de doaire , de ses autres biens et de la tierce part de la dicte doaire , et que le demourant de la dicte doaire retourne au dit roy de Navarre et aux siens.

« Item, quelle seureté sera donnée de la part du dit roy de Chipre, ledit mariage deslié, quela dicte dame soit restituée franchement au dit roy son père ou aux siens, avoecques la dicte doaire et autres biens quelsconques, sens aucune violence ou empeschement quelcun.

« Item, que le fil premier-né du dit roy de Chipre, après la mort de son père, demeure roy sens aucun empeschement, et de ce soit donné seureté par le dit roy et royaume de Chipre. » (Archives de Lille.)

Le duc de Bourgogne donna trois mille francs à Dino Rapondi en considération de ce qu'il avait fait pour la délivrance du comte de Nevers.

Il paraît du reste que les comptes de Dino Rapondi atteignirent un chiffre très-élevé ; car il résulte d'un document conservé aux archives de Lille que lorsqu'il les présenta, le chancelier du duc de Bourgogne refusa de les sceller.

Jean Moreau, clere des offices, reçut cent francs pour les services qu'il avait rendus au comte de Nevers en Hongrie.

Le sire de Leeuwergliem est envoyé en Turquie (pp. 35-40). — Le 26 septembre 1397 , par des lettres données au château de Beauté, le duc de Bourgogne chargea le sire de Leeuwerghem, Jean de Vergy, Jean Blondel et Dino Rapondi de régler tout ce qui concernait la rançon du comte de Nevers. Ils traversèrent la Hongrie en se rendant en Turquie.

Jacques de Helly reçut du duc de Bourgogne à la suite de ses voyages un don de mille francs. Il avait été chargé de porter au comte de Nevers deux jupons de soie. Une somme de deux cents francs fut donnée à un marchand de Bude.

Jacques de Helly avait contribué à sauver beaucoup de prisonniers chrétiens menacés du glaive 'des Turcs. Par une destinée bien différente, son fils nommé Jacques comme lui fut mis à mort parles Anglais entre les mains desquels il tomba dans la mêlée d'Azincourt. On lui reprochait d'avoir manqué à la foi jurée deux ans auparavant en s'évadant de prison.

Bouciquaut avait aussi montré un grand zèle pour la délivrance du comte de Nevers, et, alors qu'il avait déjà reçu de Bajazet la liberté, il était retourné volontairement près de lui pour partager sa prison.

« Il arma deux galées et s'en vint à Mételin, et là parla au seigneur de Mételin et le pria de par le conte de Nevers et de par les autres seigneurs que il les voulsist secourir de certaine finance et que

bonne seureté luy en seroit faicte. De ceste chose fit si grande diligence le bon loyal mareschal, et tant y mit peine, et si gracieusement et tant saigement parla au dict seigneur de Mételin, que il eut de luy et d'autres riches marchans du pays jusques à la somme de bien trente mille francs, duquel argent luy-mesme se obligea très-estroitement. Quant il eut ainsi fait sa finance, il s'en retourna hastivement devers le conte de Nevers et sa compaignie , qui furent moult esjouis et reconfortés de sa venue et de la finance que il leur avoit apportée , dont grant besoing avoient. Et puis se partit d'eulx, et alla devers le Basât payer la rançon à quoy il l'avoit mis, et fut quitte de sa prison, et s'en pou voit aller où il luy plaisoit. Mais ne cuidés mie que pour tant le très-loyal chevalier abandonnast, ne laissast le bon conte de Nevers, ne sa compaignie , ains se ralla bouter avec eux en prison tout aussi gayement que se prisonnier fust, de laquelle chose moult luy sceurent bon gré. Et luy dit le conte de Nevers telles paroles : « Ha, mareschal ! de quel courage vous venés-vous mettre de rechef « en ceste dure et maudite prison, quant vous vous en pouvés aller « franchement en France ! » Ausquelles paroles il respondit : « Monsei- « gneur, jà à Dieu ne plaise que je vous laisse en ceste contrée ; ce ne « sera mie tant que j'auray au corps la vie. A grant honte et à grant « mauvaisetié me debvroit tourner de vous laisser emprisonnet en lieu « si divers, pour m'en aller aisier en France. » {Faits de Bouciquaut.)

Mort du comte d'Eu, (p. 40). — En quittant Brousse , les prisonniers chrétiens avaient été conduits à deux journées de là dans une ville nommée Micalici. Ce fut là que Philippe d'Artois, comte d'Eu, mourut le 15 juin 1397, comme le porte une inscription funéraire conservée dans le monastère franciscain de Galata.

Le tombeau de Philippe d'Artois» se voit dans l'église' d'Eu. Comme allusion à la captivité dans laquelle il termina sa vie, on a entouré le tombeau d'une grille de fer, et le comte d'Eu est représenté sans casque et sans gantelet. (Art de vérifier les dates, t. XII, p. 460.)

« Si furent les prisonniers tirés hors de prison et reconfortés , « se ne fust la mort du bon vaillant conte d'Eu qui mourut en la « prison, dont durement furent dolens, et moult le plaignirent, et « à plaindre faisoit , car de grant vaillance et bonté estoit. Si « ensevelirent le corps au plus honnorablement que ils porent , et « après fut porté en France. » (livre des faits de Bouciquaut.)

Un épisode tout chevaleresque se rattachait aux relations du comte

d'Eu et de Bouciquaut. Le comte d'Eu se rendant en pèlerinage à Jérusalem fut arrêté par les Sarrasins à Damas. Bouciquaut l'apprit et accourut près de lui pour partager sa prison. Ils furent conduits ensemble au Caire, et, après quatre mois de captivité, le Soudan leur rendit la liberté. Ils en profitèrent pour aller visiter le monastère de Saint-Paul au désert et l'église de Sainte-Catherine sur le mont Sinai. C'est à ce voyage que fait allusion la treizième des Cent ballades récemment publiées par M. le marquis de Queux de Saint-Hilaire.

Par Haute-Loge, Froissart désigne la ville d'Altologe bâtie sur les ruines d'Ephèse.

Mort du sire de Leeuwerghem (pp. 40-42).— Le sire de Leeuwerghem est nommé dans les comptes de cette époque tantôt Gilbert, tantôt Guillaume. Le compte d'Oudot Douay, de 1397, rapporte aussi qu'il mourut en revenant de Turquie.

Le 24 juin 1397, le sire de Leeuwerghem vivait encore.

Délivrance du comte de Nevers (pp. 42-47). — Selon Juvénal des Ursins, les chevaliers qui avaient accompagné Jean de Nevers en Orient, « racontoient communément qu'il y eut un Sarrasin , « négromancien, devin ou sorcier, qui dist qu'on le sauvast et qu'il « estoit taillé de faire mourir plus de chrestiens que le Basac, ny « tous ceux de leur loy ne sçauroient faire. »

L'historien espagnol Diego Valera, qui avait vu à la cour d'Albert, roi des Romains, le chevalier hongrois qui sauva Sigismond de Luxembourg à Nicopoli, dit à ce sujet : « Avec le Morat estoit un « grant astrologue qui luy dit : Sire, je te supplie que ne faces point « morir ceulx que je te diray, car tu en aras ung très-grant « rachat et finance, et sy en feras si grant dommaige aux cres- « tiens que quant retourneront en leur pays, il y aura entre eulx « si grant guerre qu'ils en moront en plus grant nombre que si tu « entrasses en leurs terres, les trouvant les mains lyées. » Cette prophétie s'appliquait aux grandes guerres que fit peser sur la France l'ambition des ducs de Bourgogne soutenus par les Anglais, « et croit- « on fermement que en ceste guerre furent tués plus d'un milion de « gens. » (Traduction de Diego Valera, ms. de la Bibl. de Bourgogne, 7243.)

Le comte de Nevers avait vu périr dans la désastreuse campagne de Nicopoli presque tous les chevaliers qu'il y avait conduits avec lui. Il en était de même des gens de son hôtel et de ses serviteurs.

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