XVI. — FROISSART
Parmi les chevaliers qui succombèrent à Nicopoli , il faut citer Jacques de Vienne, seigneur de Longwy, chambellan du duc de Bourgogne.
Oudart de Chassiron, autre chambellan du duc de Bourgogne , fut pris et périt aussi de la main des Turcs. Tel fut également, paraît-il , le sort de Berthaud de Chartres, gouverneur du comte de Nevers.
Philippe de Maizières, dans quelques lignes que nous reproduirons, rend un hommage spécial à Jean de Blaisy, chambellan du duc de Bourgogne, qui fut l'une des victimes de cette journée.
D'autres seigneurs échappèrent en promettant aux Turcs de fortes rançons ; il y eut de plus un certain nombre de chrétiens qu'ils épargnèrent afin de les vendre comme esclaves.
Renier Pot et Jean de Hangest, chambellans du duc de Bourgogne, furent faits prisonniers à la bataille de Nicopoli.
Guillaume des Bordes, porte-oriflamme de France, avait péri à la bataille de Nicopoli , mais son fils nommé Jean fut fait prisonnier et paya rançon.
Un neveu du sire de Charny, nommé Pierre de Chandio survécut aussi au désastre et se signala plus tard dans les joutes les plus célèbres du XVe 'siècle.
Parmi les chevaliers flamands qui furent épargnés , se trouvaient Tristan de Messem et Jean de Varssenare.
Tristan de Messem, qui avait épousé l'une des filles illégitimes de Louis de Maie, fut racheté grâce à l'intervention d'un marchand génois de l'île de Mételin, comme nous l'apprend le document suivant ;
« Sachent tout cil qui ceste chartre partie verront ou orront, comme « honnerable homme Guillaume de Messem, escuier du pays de Flandres, « ait recongneu comment à sa humble supplication très-redoubté sin- « gneurmonseigneurleduc de Bourgoingne, conte de Flandres, d'Artois « et de Bourgoingne, par ses lettres patentes séellées de son séel, avoit « et a requis et pryé moult adchertes à honnerable homme Ansaldo « de Spinulis de Jennes, demourant en Tille de Mathelin , de voloir « mettre et faire mettre tonte la payne et dilligence qu'il porroit pour « oltenir la délivrance de Tristran de Messem, aisné fils du dit Guil- « laume, lequel Tristran qui, ou voyage que fist daerrainement es « parties de Grèce, pour ladeffence delaloychrestienne, très-redoubté « singneur monseigneur le conte de Nevers, aisné fils du dit monsei-
« gneur le duc, fut prins des Sarrazins, est encores, selon les nouvelles « que nagaires en a oyes ledit Guillaume, détenu prisonnier au pays « de Turquie en une ville appellée Mique. Et avoecques ce que le dit « monseigneur le duc a promis et s'est obligiés em bonne foy et sur « l'ypothétication de tous ses biens présens et advenir et des biens de « ses hoirs et successeurs audit Ansaldo de luy rendre et païer « entièrement à sa volenté tout ce qu'il aura mis, fraie et exposé pour « le racat et rédemption du dessus nommé Tristran jusques à la « somme de cinq cens ou six chens ducas sicomme es dictes lettres «fcestoit contenu plus ad plain, il est assavoir que le dit Guillaume de « Messem a en couvent et promis par son serment et la foy de son « corps de païer, rendre et restituer audit monseigneur le duc ou à ses « dis hoirs tous les frais, missions et despens qu'ils ou euls feroit ou « feroient apparoir par luy ou eulx avoir esté fais pour le fait de la « dicte rédemption du devant dit Tristran jusques à la dicte somme de « chincq cens ou six chens ducas ou au-dessoubs, et de luy ou eulx en « contempter et satefier plainement, et quant ad che le dit Guillaume « a soubsmis et obligié, submet et oblige par ceste présente chartre à « la juridiction et congnissance du dit monseigneur le duc et de son « conseil, en la chambre à Lille , tous ses biens moeubles et non « moeubles et les biens de ses hoirs et successeurs, quelque part et « soubs cuy qu'ils soient situés et assis, pour les estre exécutés, vente dus et adenerés ou ca3 que deffaulte y auroit, jusques à la plaine et « entière solution et satisfaction des dis frais et despens montans à <e la dicte somme de chinq chens ou six chens ducas ou au dessoubs, « en renonchant expressément le dit Guillaume à toutes cavillations, « subterfuges, exceptions et aultres coses quelconques généralles et « espéciales qui tant de droit comme de fait porroient estre dictes, « alléghiées ou proposées contre le teneur de ceste présente chartre. « En tesmoignage de vérité de toutes les coses dessusdictes ont « eschevins de Saint-Omer ceste chartre partie séellée du séel aux « congnissances de le dicte ville, faite et recongnute le XXIIIIe jour « du mois d'aoust en l'an de grâce mil CCC.IIII" et dix neuf. » (Archives de Lille.)
Parmi les chevaliers qui revinrent dans leur patrie, se trouvait un noble bourguignon nommé Gauthier de Rupes, qui raconta au Religieux de Saint-Denis les malheurs dont il avait été le témoin. En traversant le champ de bataille de Nicopoli pour rentrer en Allemagne , il
remarqua que les corps des chrétiens qui gisaient là depuis treize mois, étaient demeurés intacts. Il y vit un témoignage de la grâce de Dieu. « Tu te trompes , lui dit le gouverneur de Nicopoli ; tels « étaient les vices des chrétiens que les bêtes sauvages refusent de se « nourrir de leur chair. »
De toutes les aventures, la plus étrange fut celle de Nicolas Uutenhove. Il fut plusieurs fois vendu comme esclave et revint dans sa patrie alors qu'on n'espérait plus de le revoir.
On lisait sur sa tombe dans l'église des Dominicains à Gand une inscription flamande qui rappelait qu'il avait été conseiller et chambellan du duc de Bourgogne et son bailli à Bruges, et qu'ayant accompagné le comte de Nevers dans l'expédition de Turquie , il n'en était revenu qu'après sept ans d'absence.
Nicolas Uutenhove mourut le 18 février 1457 (v. st.), un demi-siécle après la bataille de Nicopoli. Sa femme se nommait Anne de Messem et était sœur de ce Tristan de Messem qui fut aussi prisonnier des Turcs , mais dont la captivité fut moins longue.
Au moment de la mort de Nicolas Uutenhove, le dauphin de France, qui fut depuis le roi Louis XI, se trouvait à Bruges. On lui raconta ses longs malheurs, et il en fit lui-même le sujet d'une nouvelle qui fut insérée dans le recueil des Cent nouvelles nouvelles. Nicolas Uutenhove, nous dit son illustre biographe, avait été condamné à l'esclavage. Accablé des travaux les plus rudes, il regrettait amèrement sa patrie et sa femme « qui de tout son cueur l'aymoit et prioit Dieu journelle- « ment que brief le peust revoir, se encores il estoit vif, et que s'il estoit « mort, il voulsist par sa grâce ses péchés pardonner et le mettre au « nombre des glorieux martyrs qui, pour l'exaltation de la sainte foy « catholique, s'estoient volontairement offerts à mort corporelle. » Neuf ans s'étaient écoulés sans qu'elle eût appris quelque chose du sort de Nicolas Uutenhove, et sa famille ne cessait de lui représenter qu'il était temps de mettre un terme à son veuvage. Elle n'y consentit qu'à regret et bien que combattue par de secrets remords. En effet , elle avait à peine accepté un nouvel époux depuis six mois, lorsque le bruit du retour de Nicolas Uutenhove, qui avait été racheté « par le « moyen d'aulcuns chrestiens gentilshommes , » se répandit « au « pays d'Artois et de Picardie, où ses vertus n'estoient pas moins « congneues que en Flandres, d'où il estoit natif. » On en fut bientôt instruit à Gand, et, dès ce moment, sa femme refusa toute nourriture ;
ses larmes ne cessaient de couler, et elle expira le troisième jour, en protestant que si elle avait été trop faible à repousser des obsessions funestes, son cœur, du moins, n'avait jamais été coupable.
La conclusion du récit est fort dramatique ; mais elle est loin d'être exacte, puisque Anne de Messem ne mourut qu'en 1450. Rien ne justifie d'ailleurs ce qui est rapporté ici de sa seconde union où la bonne foi était l'excuse de son adultère.
Le 20 mars 1398, dans le cours d'un procès, Catherine de Giac déclare qu'elle ignore si son mari Louis de Giac vit encore. Il se trouvait naguère « es pays de Grèce et de Turquie. »
Dans les premières années du quinzième siècle, Piloti vit au Caire près de deux cents chrétiens, esclaves du sultan d'Egypte, qui avaient été pris à Nicopoli.
L'acte par lequel le comte de Nevers, Henri ^e Bar et Jacques de Bourbon s'engagent à rembourser les sommes qui leur avaient été prêtées, nous a été conservé. On y remarquera la clause par laquelle ils promettent d'aller se constituer otages à Venise jusqu'à parfait paiement.
a Nos Johannes, primogenitus Burgundise, cornes Nivernensis, « Henricus de Barro, primogenitus et Jacobus de Borbonio, cornes « Marchise , universis prsesentes litteras inspecturis , salutem in « Domino.
« Notum facimus quod cum de summa centum septuaginta duo « mille florenorum auri in qua nos et quilibet nostrum tenemur « Baixetse Turchorum imperatori pro redemptione nostra et quorun- « cumque aliorum Francigenarum captivorum in manibus ipsius « Baixetaa facta, egregius vir Anxaldus Spinola ambax[ator] et pro- « curator magnifici et potentis domini Francisci Gatiluzio Mathelini « domini, nomine ipsius Francisci, Nicholaus Grisle am[baxator « et procuratjor magnifici domini Nicholai Ayne domini, nomine
« ipsius domini Nicholai, Gas par de Pagan, mercator
« villeePeyrse et Nicholaus Paterio potestati Folise-Novse responderint « pro nobis ad [Baixetam] et fecerint suum proprium debitum erga « dictura Baixetam, promiserintque dicti Anxald[us et Nicho]laus « nominibus quibus supra et dicti G[aspar] et Nicholaus Paterio suis
« privatis nominibus simul et quilibet eorum in solidum
« et pro tanto solvere dicto Baixetse dictam summam centum septua- « ginta duo mille florenorum auri tamquam fidejussores nostri, et
« specialiter dictus Anxaldus nomine praescripto solvere promiserit « summam centum et decem mille florenorum in deductionem dictas « summae, et dictus Nicholaus Grisle nomine supradicto solvere pro- « miserit summam quadraginta mille florenorum auri similiter in « deductione ipsius summse dictus autem Gaspar, promiseritque sol- « vere undecim mille florenorum et Nicholaus Paterio prselibatus sum- « mam undecim mille florenorum promiserit solvere infra octo men- « ses a die datse praesentium computandum : nos igitur nolentes dictos « fidejussores nostros aliquod dampnum incurrere, promittimus et « quilibet nostrum in solidum et pro toto per fidem nostram et per « juramenta nostra ad Sancta Dei Ewangelia facta quod ad villam « Venetiarum citius quod commode poterimus, perveniemus, et tune « ab ea non recedemus, ad minus quod cothidie ibidem non pernoc- « temus donec dictam summam centum septuaginta duo mille florece norum ipsi Baixetae aut dictis fidejussoribus nostris vel eorum pro- « curatori Venetiis vel Mathelino ubicumque voluerint persolvemus « nostris periculo et expenso ; et quod dicti fidejussores de dictis « promissionibus propter hoc Baixetae factis quieti et immunes effici « valeant penitus et omnino, et si contingeret, quod absit, quod dicti a fidejussores vel eorum alter in de[fectu] nostro aut alius aliquod « dampnum et interesse incurreret propter hoc, nos ex tune prout « ex nunc et ex nunc prout ex tune promittimus et quilibet nostrum « in solidum et pro toto dictis fidejussoribus nostris aut il li vel illis « ipsorum quibus pertinuerit reddere et restituere dicta dampna et « intéresse, de quibus dampnis volumus dictos fidejussores aut illum « ipsorum qui dicta dampna sustinuerit , credi simplici suo jura- « mento sine alia probatione fienda, et ad hoc omnia et singula fide- « liter complere nos et quemlibet nostrum obligamus res, dominia, « terras vel possessiones et alia bona nostra et heredum nostrorum « tam mobilia quam immobilia, prsesentia et futura, renunciantes « expresse omnibus exceptionibus et decèptionibus , omni dolo et « fraudi et omnibus aliis quse contra présentes possent obici sive dici. « In quorum testimonium sigilla nostra prsesentibus duximus appo- « nenda, et ad majorem securitatem dictorum fidejussorum nostro- « rum requisivimus carissimum consanguineum nostrum dominum « Johannem Le Meingre, militem, marescallum Franciae, et dilectos « et fidèles nostros dominum Johannem de Yergey , Gilbertum de « Leurenghien et Johannem de Castro-Morando, milites et ambaxa-
« tores domini nostri Francorum régis, et dominum Colardum de « Armosiis, ambaxatorem illustrissimi domini ducis de Barro, ut « pari forma dictis fidejussoribus nostris se obligant. Et nos Johannes « Le Meingre dictus Boussiquaut, marescallus Franciae, Johannes de « Vergey, Gilbertus de Leurenghien et Johannes de Castro- Morando « dicti domini nostri régis ambaxatores, et ego Colardus prœfati « domini mei de Barro ambaxator omnes in simul et quilibet nostrum « in solidum et pro toto, tam nominibus nostris privatis quam nomi- « nibus dictorum régis et ducis, dominorum nostrorum, tamquam sui « ambaxatores, nos constituimus fidejussores pro dictis dominis piïus « scriptis et ad eorum requestam promittimus per juramenta nostra « prsemissa omnia et singula, sicut per ipsos et quemlibet ipsorum « superius est promissum, fideliter complere absque difficultate in « casu quo per ipsos dominos aut ipsorum [procuratores] prius non « fuerit ipsis fidejussoribus aut eorum procuratoribus intègre perso- « lutum ; et ut praemissa securius efficiantur, sigillorum nostrorum « présentes litteras volumus appositione muniri.
« Datum Micaliciin Turchia die XXIIIIa mensisjunii anno Domini
« M0 CCC° nonag0. VII0.
« Jehan de Bourgogne ; Henry de Bar ; Jaques de Bourbon. »
{Archives de Lille.)
On trouve dans un compte d'Oudot Douay, la mention suivante :
« A Nicolas Pasté , apostat , onze mille ducats, pour laquelle « somme ledit messire Nicole respondit pour monseigneur de Nevers « envers le Bazat, empereur des Turcs. » •
Il est probable que ce Nicolas Pasté était parent d'Etienne Pasté, apothicaire de la cour à Paris, et peut-être aussi d'André Pasté, conseiller du duc de Bourgogne dès 1395. Quoiqu'il en soit, il faut se garder de le confondre' avec les descendants , éteints depuis 1374 , de Ferry Pasté, maréchal de France sous le règne de saint Louis.
Une somme de 2450 ducats fut payée à François Martin, patron d'une galée, qui amena de Mételin à Venise Jean de Château-Morand , Jacques de Courtiambles et Jean de Neufville, que le comte de Nevers envoyait en France pour annoncer sa délivrance au roi et au duc de Bourgogne.
On appelait en Orient le comte de Nevers : le fils du roi de
Flandre.
Le comte de Nevers en Grèce (pp. 48-54). — J'ignore quel était le
nom de la dame de Mételin. Le sire de Coucy avait pour mère une princesse d'Autriche, dont la sœur avait épousé l'empereur Andronic Paléologue.
Froissart s'est trompé en parlant d'une impératrice de Constantinople appelée Marie de Bourbon, et le serviteur de Gui de Blois qui abrégea sa chronique, a commis une erreur plus grave encore en donnant ce nom à la dame de Mételin. Il est probableque la dame de Mételin avait été élevée près de Marie de Bourbon qui épousa le prince de Gallilée en 1330.
Le seigneur de Mételin était , selon Michel Ducas, un fils de Francesco Gattilusio, neveu, par sa mère , de Jean Paléologue. L'histoire des seigneuries génoises dans l'Archipel est, à cette époque, pleine de confusion. Les Gattilusio avaient succédé aux Centurioni , ceux-ci aux Cataneo qui avaient chassé, en 1333, les Grecs de Mételin.
Gui de la Trémouille mourut à Rhodes dans l'octave de Pâques 1397. Son corps fut rapporté à la chartreuse de Dijon où il partagea la sépulture des ducs de Bourgogne.
Il résulte d'un document publié par M. de Mas-Latrie que le comte de Nevers s'arrêta à l'île de Chypre où on lui prêta des sommes importantes.
Depuis 1386, l'île de Corfou appartenait aux Vénitiens.
Le comte de Nevers en Italie (pp. 54-57). — Froissart place entre Râguse et Parenzo, une ville nommée Carence, qui appartenait aux Vénitiens. N'eût-il pas dû la nommer avant Raguse ? et ce passage ne se rapporte-t-il point à Clarence dans le golfe de Patras ? M. Buchon propose délire Zara, mais Zara avait été enlevée aux Vénitiens vers 1390 par le ban de Bosnie.
Le 5 décembre 1397, le comte de Nevers alors à Trévise chargea Jean de Vergy de se rendre près de son père à Paris pour lui faire connaître les arrangements pris relativement à sa rançon.
D'après Brandon, le comte de Nevers conduisait avec lui un grand nombre de prisonniers de France , d'Angleterre et d'autres pays. Selon un autre récit, il ne ramenait que vingt nobles.
Taxes levées dans les États du duc de Bourgogne (pp. 57-60). — Gand offrit cinquante mille florins pour la rançon du conte de Nevers. Le 4 août 1397 , les villes de Bruges et d'Ypres et le pays du Franc donnèrent cent mille nobles ; néanmoins , dans une première assemblée tenue à Ypres, on avait répondu par un refus.
Les états de Brabant avaient été aussi invités à contribuer par quelque subside. Ils ne l'accordèrent point, comme nous l'apprennent les documents suivants :
« Nostre très-redoubté seigneur , nous nous recommandons à vous le plus humblement que nous povons, et vous plaise savoir , nostre très-redoubté seigneur , que, pour accomplir ce que darrainement vous a pieu nous rescripre et mander sur les lettres que paravant nous vous avions envoie par ce message , nous veinsmes mardi darrain passé en ceste ville pour estre le lendemain , de par vous , à la journée où les Trois estas du pays de Brabant estoient mandés , et , après ce que nous aviens eu collation de vostre fait , selon ce que escript et mandé le nous aviés , premièrement à part avecques ceuls du conseil de madame de Brabant , vostre suer , et depuis avecques elle en la présence de son conseil , nous fusmes d'accort que messire Jehan d'Oppem porteroit la parolle devant les dis Trois estas , lequel leur exposa grandement , sagement et moult notablement la cause qui vous avoit meu d'avoir envoie monseigneur de Nevers, vostre fils , en Hongrie , la prinse de lui , de çeuls de vostre sanc et d'autres de sa compaignie en grand vaillance , et les très-grans et importables mises qu'il conviendroit avoir pour leur délivrance , en requérant , pour ce , aide audit pays de Cm vies escus , et que ma dicte dame leur en prioit le plus adcertes et de cuer qu'elle povoit. Et , incontinent que ledit messire Jehan de Oppem avoit monstre vostre dit fait, nous, par l'avis et délibération de ma dicte dame et de son conseil paravant sur ce eus , baillasmes vos lettres de créance aux dis Trois estas , à chascun estât la sienne , et , en reprenant et ensuiant la parolle dudit messire Jehan , leur feismes aussi prière de par vous pour avoir ledit aide à se besoing qui ne povoit estre plus grand, ne plus touchier au cuer , et que , à ceste fois , volsissent monstrer l'affection qu'ils avoient à vous qui aviés toujours esté , estiés et vouliés estre prest d'exposer et emploïer , comme autresfois aviés bien monstre , pour la garde et deffense dudit pays et d'euls , corps , seigneurs , amis et chevauce. Sur quoy les dis estas se retrairent, et, eu conseil, firent, par la bouche de l'abbé de Saint-Bernart, respondre , qui allégua la povreté et les grans charges dudit pays , la subvention qu'ils avoient fait darrainement à madicte dame dont l'en de voit encores la moitié, et que , pour leur grand povreté , ils n'avoient peu aidier pour pourveir à la deffense dudit pays contre messire Ernoul de Hornes et
autres qui estoient ennemis de madicte dame et dont e\\e%, par II fois , leur avoit fait requeste ; et , pour ce , s'excusoient de vous faire aucune aide quant à présent , combien qu'ils estoient bien dolens de la doloreuse aventure qui estoit avenue aux chrestiens et de la prinse de mondit seigneur vostre fils et des autres de sa compaignie : laquelle response faicte , madicte dame leur dist meismes , et aussi fist après dire par ledit d'Oppem . que ladite response estoit bien merveilleuse et ne tenoit pas que à si grand besoing ils vous volsissent ainsi faillir ; quar , après madame de Ghelre sa suer , vous , nostre trés-redoubté seigneur , madame et messeigneurs vos en fans , estiés ses hiretiers et les plus prochains qu'elle avoit en ce siècle , et en vous espécialment avoit tout son refuge et sa féance, et pour ce leur prioit de rechief qu'ils se volsissent encores mieuls aviser et prenre la chose à cuer et donner sur ce autre meilleure response qui fust aggréable à vous et à elle. Et pour euls mieuls aviser , madicte dame se retrait. Aussi feismes-nous , cuidans que les dis estas deussent encores avoir parlé ensemble ; mais tantost ils se partirent tous sens donner autre response , dont madicte dame , sicomme elle monstra , fust bien courroucie et dolente , et nous dist bien que euls estoient bien accoustumé de lui donner telles responses et de pleures beaucop. Depuis , nostre très-redoubté seigneur , par nostre pourcas , qui eussiens volentiers veu que au mains ceuls qui estoient venus illecques , où de XVI ou XVII prélas qu'il y a en Brabant n'avoit que VI prélas , et des banières n'y avoit que le seigneur de Wesemale et le seigneur de Rotseler , qui sont tous deux du conseil de ma dicte dame , et très-petite quantité d'autre chevalerie , et des villes n'avoit que leurs députés , et qui , siccmme nous leur desismes , ne povoient par raison comprendre les autres pour donner response de refus si soudainement , sens l'avis et délibération des autres qui n'estoient pas venus illecques ,' mesmement qu'on ne leur avoit pas escript la cause pour laquelle on les avoit mandé , ils eussent prins délai pour rapporter leur response et que la chose eust pendue en journée affin de quérir ce pendant des amis es bonnes villes pour l'avancement de la besoigne , l'en a parlé à part sur ce, tant aux prélas qui là estoient, comme autres , et aujourduy aucuns des députés des villes sont pour ce venus devers madicte dame qui leur en a parlé et- fait parler en nostre présence ; mais ils n'ont aucunement volu muer la dicte response mais se sont assés accordé
de le rapporter sens euls faire fort de accepter aucune journée pour rapporter la response. Toutesvoies , pour esckiever la famé du premier refus,* madicte dame s'est chargiée de escripre aux villes qu'ils apportent la response devers elle le mardi après Quasimodo, se ce pendant elle n'a aucun contredit de vous. Aussi elle en doit escripre pardevers vous, et avons bien senti , tant de madicte dame et son conseil comme*d'autres , que ladicte response seroit de petit ou de nul effet , et qu'il n'est pas expédient de encores faire reqneste d'aucun aide pour mondit seigneur vostre fils jusques à ce que l'en aura plus grand seurté de sa délivrance pour finance. Si povés sur ce, nostre très-redoubté seigneur , avoir vostre avis et rescripre à madicte dame s'il vous plaist ladicte journée estre tenue ou non. Aussi les aucuns de nous entendons à estre briefment devers vous au plaisir de Dieu pour vous en parler plus à plain.
« Nostre très-redoubté seigneur, quant à ce qu'il vous a pieu nous escripre de la journée qui est ordonnée à tenir à Francquefort III sepmaines après Pasques , plaise vous savoir que nous avons sceu que madicte dame de Brabant y est aussi mandée , sicomme vous porrés veir , s'il vous plaist , par la copie des lettres translatées d'alemant en françois à lui sur ce escriptes , que nous vous envoïons enclose dedens cestes , et que madicte dame a entention de y envoïer à ladicte journées de par elle Guillaume de Seyne et Johannes de Opstal , son secrétaire et le vostre , et, se ledit Johannes y va , dont nous devons bientost de lui savoir la certaineté , il ne sera besoing de y envoïer autre ; quar il , lequel en tous vos affaires de par deçà nous trouvons loïal devers vous et véritable, a promis de escripre plainement ce que l'en aura besoignié et pourparlé à ladicte journée et quels seigneurs y seront assemblés , et sur ce , dès maiptenant , nous lui en avons baillié une mémoire , et , s'il n'y aloit , je , Pouques , ai avisé de y envoïer Wynant le chastellain que vous , nostre très-redoubté seigneur , povés bien cognoistre pour ce qa'il a esté par plusieurs fois devers vous pour le seigneur de Heynsberge , lequel Wynant est bien abile à ce et scet le langage et aussi françois.
« Nostre très-redoubté seigneur , nous prions Dieu qu'il vous ait en sa sainte garde et vous doint bonne vie et longue. Escript à Brouxelles le Ve jour d'avril. »
La lettre suivante, relative au même objet, paraît avoir été adressée à l'un des conseillers du duc de Bourgogne :
fc Très-révérend père en Dieu, nostre très-chier et trés-honnoré seigneur.
« Nous nous recommandons humblement à vous et vous plaise savoir, nostre très-honnoré seigneur, que, sur ce que monseigneur nous a escript darrainement par ce message , nous lui rescrivons en la manière qui s'ensuit : « Nostre très-redoubté seigneur etc. » Et en bonne foi , nostre très-honnoré seigneur , combien' que pour accomplir le commandement de mondit seigneur et la requeste que pour lui a esté faicte venir à bon effect , nous avons fait diligence par toutes les voies et manières que nous avons sceu et peu par l'avis de ma dicte dame et de son conseil , comme mandé nous estoit , toutesvoies nous n'avons peu obtenir autre response que de refus , et doubtons que la chose ne fust paravant forgiée, sicomme les aucuns de nous le pensons bien à dire à monseigneur et à vous, et comment madicte dame, comme nous avons veu et peu sentir, est petitement obéie de son pays.
« Nostre très-honnoré seigneur, tousjours vous plaise nous mander et commander vos bons plaisirs et nous les accomplirons de nos povoirs comme drois est.
« Notre-Seigneur, etc. »
(Archives de la Chambre des Comptes de Lille.)
On ne sait si le duc de Bourgogne réussit mieux près des habitants de Tournay. Ils se plaignaient depuis longtemps des tailles que levait Charles VI.
Dans un procès soutenu devant le parlement de Paris en 1394, la ville de Tournay rappela qu'elle avait dépensé plus d'un million de livres pour venir en aide à la France, lors de la bataille de Poitiers , du siège de Calais et de la rançon du roi Jean. Le même procès offre des renseignements intéressants sur la part que prit la ville de Tournay aux événements de 1382 et des années suivantes.
Guillaume de Munte, commandeur de l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem en Flandre, fut compris dans les taxes levées pour la rançon du comte de Nevers ; mais il réclama au nom des maisons de son ordre , et il paraît qu'on fit droit à ses plaintes.
Jacques de Bourbon, comte de la Marche, prétendit aussi qu'on avait exagéré les taxes levées dans ses domaines de Flandre. Il avait luimême une rançon à payer à Bajazet. Remise partielle lui fut accordée.
Le duc de Bourgogne s'adressait également aux princes ; il envoya
Jacques d'Espoisse vers Aubert de Bavière pour le prier de contribuer à la rançon du comte de Nevers.
Une aide fut levée en France pour le rachat des prisonniers : le parlement en fut exempté par des lettres royales du 13 février 1398 (v. st.).
Un Fiesque, de Gênes, devenu écuyer d'écurie du duc de Bourgogne, avait été chargé de mettre en gage les principaux joyaux de sa maison. Parmi ces joyaux on remarquait un hamsp portant la devise du roi d'Angleterre, un autre hanap aux armes du duc de Lancastre , deux coquemars d'or aux armes de la comtesse d'Artois, etc.
Cependant peu après le duc de Bourgogne reprit tout son luxe. D'autres joyaux furent achetés pour augmenter le nombre de ceux qu'il possédait déjà. « Le duc de Bourgogne, dit la chronique de Berne, c< était un prince magnifique et généreux , instruit , comme cela « convenait à son rang, en tout ce qui touche la chasse et la manière « de prendre les oiseaux. »
Mort de Henri de Bar (pp. 60, 61). — Une épidémie qui régnait à Venise, engagea le comte de Nevers et ses compagnons à se rendre à Trévise. Là mourut Henri de Bar.
Le duc d'Orléans avait envoyé Robert d'Eyne en Lombardie et ailleurs pour arriver à la délivrance de ses cousins Henri de Bar et Enguerrand de Coucy. Le 13 janvier 1396 (v. st.), il avait donné 200 francs d'or à Jean Willay pour un voyage dont le but était le même.
On trouve dans les archives Joursanvault un compte relatif aux obsèques de Henri de Bar, qui porte la date du 10 novembre 1397.
Ambassade hongroise à Venise (pp. 61-64). — On trouve aux archives de Lille les pièces suivantes relatives à ces négociations :
1° Vidimus par deux notaires, en date du 18 août 1455, des lettres de Jean, fils aîné du duc de Bourgogne, datées du 15 janvier 1397 (v. st.), par lesquelles il promet que si Sigismond roi de Hongrie vend à Dino Raponde, marchand de Lucques demeurant à Paris, ou à Renier Pot et à Jacques de Courtiambles, ses chambellans et procureurs du dit Raponde, une rente de sept mille florins d'or sur la ville de Venise, moyennant le prix de cent mille florins, le dit Raponde vendra et transportera cette rente au roi de Hongrie ou à ses ayant cause, moyennant le même prix de cent mille florins. — Trévise, 15 janvier 1397 (latin).
2° Vidimus par les mêmes notaires, en date du 18 août 1455, des lettres de Jean, fils aîné du duc de Bourgogne , donnant procuration
à Renier Pot et à Jacques de Courtiambles, pour recevoir la somme de cent mille florins, gracieusement octroyée par Sigismond pour servir à la rançon du dit comte de Nevers et à celle de quelques autres seigneurs français. — Trévise, 16 janvier 1397 (latin).
3° Vidimus par Jean de Folleville, en date du 24 janvier 1399, des lettres de Sigismond roi de Hongrie, par lesquelles il donne cent mille ducats : treize mille pour la rançon du comte de Nevers, quatre mille pour celle de Jean de Hangest, trois mille pour celle de Renier Pot : le reste était donné au comte de Nevers. Pour obtenir cette somme, le roi a vendu à Dino Raponde une rente de sept mille ducats sur Venise. — Bossagaria, 13 juin 1398 (latin).
4° Autre vidimus du vidimus précédent par Pierre le Verrat, daté du 30 janvier 1420.
5° Vidimus de Jean de Folleville, en date du 24 mars 1399, des lettres de Sigismond à Antoine Venerio, doge de Venise, par lesquelles il déclare avoir vendu à Dino Raponde, marchand à Paris, une rente de sept mille ducats sur Venise. — Posegaboas (sic), la seconde férié après la fête des saints martyrs Vite et Modeste (15 juin) (latin).
6° Vidimus par un notaire des lettres de Antoine Venerio, doge de Venise, à Philippe duc de Bourgogne, par lesquelles il mande que sur les arrérages de la rente de sept mille florins, il a rabattu les quinze mille ducats que la ville de Venise avait prêtés au duc de Bourgogne pour la rançon de Jean son fils aîné, et qu'il a payé le surplus au procureur du roi de Hongrie. — Venise, 4 sept., ind.VII (1399) (latin).
Jean de Saulx quitta Paris le 24 avril 1399, chargé par le duc de Bourgogne d'aller réclamer la somme de cent mille ducats que le roi de Hongrie avait promise pour la rançon du comte de Nevers.
• Tel était le souvenir des désordres des croisés en Allemagne que lorsque longtemps après Philippe le Bon forma le projet de conduire en Orient une expédition destinée à venger les revers de son père , le roi de Hongrie s'opposa à ce qu'elle prît passage par ses États.
Le comte de Nevers resta quatre mois à Trévise et à Venise.
Louis de Sancerre est créé connétable (pp. 64, 65). — Clisson avait en mourant, chargé le sire de Beaumanoir d'aller remettre au roi son épée de connétable.
D'après Juvénal des Ursins, ce fut le 26 juillet 1397 que Louis de Sancerre fut élevé à la dignité de connétable.
Le Religieux de Saint-Denis dit au contraire que la promotion de Louis de Sancerre et du maréchal Bouciquaut n'eut lieu que vers la Toussaint.
Louis de Sancerre était laid et louche, mais on l'appelait la perle des braves.
Bouciquaut est créé maréchal de France (p. 65). — Juvénal des Ursins place également au 26 juillet 1397 l'élévation de Bouciquaut à l'office de maréchal de France. Le même jour, Jacques de Bourbon fut créé grand chambellan. Hutin d'Aumont fut nommé porte-oriflamme; on décida en même temps que selon l'ancienne coutume l'oriflamme serait conservée à l'abbaye de Saint-Denis. A cette occasion on la plaça sur l'autel pendant la messe ; puis elle fut déposée dans la chambre du trésor.
Le Religieux de Saint-Denis dit de Bouciquaut qu'il était de petite taille, fort et robuste , plein d'activité et de résolution , mais violent et emporté.
Il est à remarquer que dans un acte cité plus haut et daté du 24 juin 1397 le comte de Nevers donne déjà à Bouciquaut la qualité de maréchal de France.
L'auteur du Livre des faits de Bouciquaut qui n'écrivait en quelque sorte que sous sa dictée, est bien plus formel encore ; car il nous apprend que son héros fut fait maréchal à l'âge de vingt-cinq ans, plusieurs années avant la croisade de Nicopoli :
« Au^temps que messire Bouciquaut estoit en Prusse, comme dict est cy-devant, trespassa de ce siècle le mareschal de Blainville. Mais, comme dict la ballade : Qui bien aime, n'oublie pas son bon ami pour estre loing. Le bon rcy de France, qui aimoit de moult grant amour et aime encores et toujours aimera Bouciquaut , comme par plusieurs fois luy avoit démonstré, à celle fois derechef grandement luy monstra ; car nonobstant que, si tost que le mareschal de Blainville fut trespassé, luy fut requis l'office par plusieurs haults et grands seigneurs, et nonobstant que Bouciquaut ne fust mie présent, ains ne l'avoit veu, jà avoit pies d'un an, ne l'oublia pour tant le bon noble roy , ains délibéra incon^nent que autre ne l'auroit que luy. Et de fait luy manda hastivement que tantost et sans délay il s'en retournast. Si vint si à point le messaiger du roy devers Bouciquaut, que il le trouva que jà il s'en retournoit du susdict voyage de Prusse. Si se hasta pour ces nouvelles encores plus de venir. Et quant il fut
approché de France, il sceut que le roy estoit adont au pays de Touraine. Si tourna celle part, et tant erra que il le trouva en la cité de Tours , et vint vers luy si à point que il estoit adonc au propre hostel où il mesme estoit né et où son père en son vivant demeurait. Devant le roy se mit à genoulx Bouciquaut; et, comme il debvoit, humblement le salua. Quant le roy le vit, ne convient demander s'il luy fit grant chère ; car ne cuidés pas que de long temps nul chevalier fust receu du roy à plus grant feste. Si luy dit incontinent le roy : « Bouciquaut, vostre père demeura en cest hostel et gist en « ceste ville, et fustes né en ceste chambre, sicomme on nous a dit. « Si vous donnons, au propre lieu où vous naquistes, l'office de vostre « père ; et pour vous plus honnorer, le jour de Noël qui approche, ce après la messe, nous vous baillerons le baston, et ferons recevoir de ce vous le serment comme il est accoustumé. » Bouciquaut, qui estoit encores à genoulx, remercia le roy humblement, comme il debvoit faire. Et quant vint au jour de Noël, se leva dès matin messire Bouciquaut et se vestit moult richement. Là estoyent jà venus grant foison de chevaliers et seigneurs ses parens et affins pour luy accompaigner. Et quant temps et heure luy sembla, s'en alla en moult noble appareil à la messe devers le roy. Quant la messe fut chantée, le duc de Bourbon, qui moult l'aimoit, comme celuy que il avoit nourry et duquel il avoit faict noble et bonne nourriture, le prist et le mena devers le roy, et avec eulx furent plusieurs autres seigneurs et chevaliers qui l'accompaignèrent. Devant le roy se mit à genoulx Bouciquaut, et le roy le receut très-joyeusement, et le revestit de l'office de mareschal en luy baillant le baston. Et là estoit le duc de Bourgongne, oncle du roy, lequel pour luy faire plus grant honneur, voult luy-mesme en recevoir le serment , nonobstant que ce ne soit chose accoustumée que autre le reçoive que le chancelier de France qui mesme là estoit. Là estoient présent messire Olivier de Clisson pour lors connestable de France, et messire Jean de Vienne, admirai, et grant foison de baronnie, qui tous dirent que le dict noble office ne pouvoit estre en autre mieulx employé , et grant joye en eurent, comme de celuy qui le valoit et qui bien l'avoit desservy. Et ainsi fut faict Bouciquaut mareschal de France. »
Retour du comte de Nevers (pp. 65-67). — Le duc de Bourgogne, apprenant le retour de son fils, envoya des chevaux au-devant de lui jusqu'à Fampoux. Assez longtemps après, ces dépenses n'étaient pas payées.
Fampoux possédait un château dont un Allemand nommé Hans d'Autriche était alors gouverneur :
« Phelippe, fils de roy de France, duc de Bourgongne , conte de Flandres , etc. A nos amés et féaulx les gens de nos comptes à Lille, salut et dilection.
« Savoir vous faisons que à la venue de nostre très-chier et très-amé fils le conte de Nevers du voïaige de Turquie, nous ordonnasses pluiseurs des chevauls de nostredit fils estre et demeurer à nostre séjour de Fampoux avec nos chevaux de séjour qui pourlorsyestoientet aussy de ses variés pour les garder et gouverner pareillement et en la manière que nos dis chevaux et aussy la despense desdis chevauls et gaiges des variés dévoient estre paies par Jehan de Pressy, nostre receveur d'Artois, du temps qu'ils seroyent en séjour audit lieu de Fampoux par certiffication de Hansselin d'Austriche, maistre varlet et garde de nostre dit séjour , par laquelle il certiffieroit du temps que iceuls chevaux y auroyent demeuré, de la despense d'iceuls et du nombre desdis variés. Sy voulons et vous mandons que les deniers, avènes et autres frais et despenses qui par nostre dit receveur vous apperront avoir esté paies pour le fait et ordonnance desdis chevaux et gaiges de variés de nostre dit fils depuis la venue d'iceuls chevaux et variés oudit séjour jusques au premier jour d'avril darrain passé , auquel jour nos dis chevaux se partirent d'illec pour aller à Juilli à séjour par nostre ordonnance , par rapportant certification dudit Hansselin d'Austriche dessus nommé, comme il a accoustumé à faire pour nos dis chevaux et variés, et aussy depuis le premier jour d'aoust jusques au IXe jour d'icellui moys que les chevaux de nostre dit fils et variés demeurèrent audit séjour par son ordonnance, sicomme il apperra par certiffication de Guiot de Saigny, son escuyer d'escuyerie, avec quittance , vous alloués es comptes de 'nostre dit receveur d'Arras et rabatés de la recepte sans aucun contredit, nonobstant quelsconques ordonnances, mandemens on deffenses à ce contraires.
« Donné à Paris, le XIXe jour d'octobre l'an de grâce mil CCC. IIIIXX dix-huit. » (Archives de Lille.)
Trois échevins de Lille se rendirent jusqu'à Louvres aux portes de Paris au devant du comte de Nevers : ils l'accompagnèrent à Arras où il arriva le 18 mars 1397 (v. st.). Le lendemain au soir il entra à Lille où trois ménestrels et un trompette jouèrent devant lui de leurs instruments. On lui offrit deux pots et douze tasses d'argent qu'on XVI. — FROISSART. 18
avait fait venir de Paris et de plus deux brochets et deux ponchons de vin de Beaune.
Une chronique flamande rapporte que le comte de Nevers, après avoir salué son père à Gand à l'hôtel de Ten Walle , se dirigea solennellement vers l'abbaye de Saint-Pierre pour y faire son offrande.
Aussitôt après son retour à Gaud, le comte de Nevers se rendit à Bruges , à Ypres , à Termonde, à Anvers et dans d'autres villes pour remercier les bourgeois de ce qu'ils avaient fait pour lui.
Le 19 mars 1397 (v. st.), on reçut à Tournay l'avis que le comte de Nevers passerait dans cette ville : on résolut de lui offrir un joyel. Il paraît que le comte de Nevers ne se rendit àTournay que le 25 avril 1398. Le clergé se rendit au devant de lui en procession. Le comte de Nevers était accompagné du duc de Bourgogne. De Tournay il se dirigea vers Grammont où le 26 avril Guillaume d'Ostrevant vint le saluer.
Il ne semble point que Jean de Nevers ait témoigné la même gratitude aux seigneurs de l'Archipel qui l'avaient aidé à sortir de captivité.
Au mois d'octobre 1400, une ambassade du sire de Mételin vint à Paris réclamer la restitution des sommes prêtées au comte de Nevers.
A son exemple , Henri de Melun et ses compagnons ne se hâtèrent pas de payer les quatre cent douze écus d'or qu'ils avaient empruntés le 5 juin 1399 « à leur grande nécessité » à un marchand de Bude.
Mais n'y avait-il point d'autres dettes non moins sacrées ? L'honneur de la chevalerie ne devait-il point être relevé ? N'y avait-il pas à venger tant de flots de sang chrétien ? Constantinople , ce siège antique de l'empire d'Orient, pouvait-il rester longtemps à l'abri des attaques des infidèles, et, s'ils débarquaient en Morée, n'y trouveraient-ils pas le chemin de l'Italie où un autre Bajazet ferait peutêtre manger l'avoine à son cheval sur l'autel de Saint-Pierre de Rome ?
Une seule voix s'éleva pour rappeler à Jean de Nevers qu'il avait sa gloire et la gloire du nom chrétien à rétablir en châtiant l'orgueil des Turcs : c'était celle de Philippe de Maizières, ce vieux chancelier du roi Pierre de Chypre, qui avait donné en Orient l'exemple de la sagesse et du courage. Il vivait retiré depuis dix-huit ans au cloître des Célestins, et sa vie était plus sainte que celle des Parisiens les plus pieux (inter omnes devotos Parisienses devotissimus reputabatur) .
C'était là qu'en 1382, en présence des troubles populaires de Paris et de Flandre, il avait réuni les règles d'un nouvel ordre de chevalerie, d'une nouvelle religion comme on disait alors : Nova religio militiœ Christi. C'était là aussi qu'en 1388 il avait composée Songe du èieil pèlerin pour l'instruction du roi Charles VI. En 1392, se sentant plus faible et plus souffrant , il avait écrit son testament qui offre un modèle de philosophie chevaleresque et chrétienne. Ici encore il se compare à un pauvre pèlerin, et il ajoute « qu'il approche fort au terme de son « pèlerinage et à la fin de son grant travail qui a duré plus de soixante « ans, èsquels par la miséricorde de Dieu il a passé maint grant péril « et avantures sans nombre souvent appareillies de destourner et em- « pescher la conclusion de la bonne fin désirée de son grant pèlerinage; « mais la bonté divine doucement et partout l'a conforté et merveil- « leusement gardé en toutes ses tribulations jusques à ores et singuliè- « rement Ta traict hors des cours des grans signeurs , desquelles « embusches formidables maint preud'homme a esté assailly sans estre « déifié , chassé , déshonoré et mis à pauvreté, tesmoins le prophète « Jérémie en Israël et en Surie, et à Rome le sage philosophe Sénèque, « et Antipater, le vaillant chevalier, en France Lambert et Léodegaire, « et saint Thomas en Angleterre. » Tel qu'un voyageur échappé aux embûches et aux pas périlleux , il jette un regard en arrière et rend grâces à Dieu de sa protection. Le repos est nécessaire après la fatigue , et ce repos il est venu le demander au cloître des Célestins. Il a donc écrit de sa propre main ce testament et un traité intitulé : « Contemplation 'de l'heure de la mort. » Il ordonne par cet acte de sa dernière volonté que, lorsqu'il sera mort, on laisse son corps dépouillé de vêtements, sauf a un touillon de cuisine », qu'on lui attache une chaîne au cou , comme s'il s'agissait d'un malfaiteur, et qu'il soit ainsi traîné sur une claie de bois dans l'église. A ceux qui trouveront cette résolution étrange « on peult respondre que celui qui en son « temps a esté orgueilleux et a esté chevetaine de perpétrer encontre « l'Église et son proisme les péchés et guerres accoustumées, qui « nombrer et descrire ne se pourroient, a bien mestier de soy humi- « lier à la fin. » (Bill. nat. de Paris, f. lat. n° 15077.)
Vers la même époque Philippe de Maizières adressait à Richard II, pour l'engager à se consacrer exclusivement à la guerre sainte, un traité que nous avons analysé dans les notes du volume précédent.
Lorsqu'il apprit le désastre de Nicopoli, il crut plus que jamais que
le salut de la société chrétienne dépendait de la réorganisation de la chevalerie, telle que naguère il l'avait tracée en lui donnant le nom de milice de la Passion de Jésus-Christ. Il exposa ses vues à cet égard dans un traité aujourd'hui conservé à Bruxelles à la Bibliothèque de Bourgogne, qui porte pour titre : « Z'espitre lamentable et consolât oire « sur le fait de la desconfiture lacrymable de Nicopoli, adreçant à « tous les rois, princes, barons, chevaliers et communes de la crestienté « catholique. » L'auteur se désigne sous le titre modeste de solitaire du monastère des Célestins de Paris, et c'est en priant dans ce cloître qu'il a vu lui apparaître un de ses amis qui avait péri par le fer des infidèles en tenant la bannière de Bourgogne serrée dans ses bras.
« Lors soudainement lui fut advis, rapporte-t-il lui-môme, qu'il véoit * devant luy'un homme, la face pale, les pieds nus, un bourdon en « sa main, et au costé senestre avoit une grande plaie de laquelle le « sang couloit àgrans ruisseaux. — « Je suis, dit-il, l'infortuné Jehan « de Blaisy, qui souloye estre réputé entre les gens d'armes, et les « grans princes m'avoientassés chier. » — Lors ledit solitaire dit aussi : « Hélas, hélas , es-tu Jehan de Blaisy, le chevetaine esleu de Dieu et a du roy pour garder Paris de ses grans tourbeillons ? es-tu celuy qui « par hault emprinse fis mettre au forreau les espées de XXX à XL « chasteaux d'Auvergne ? » Jean de Blaisy se contenta de répondre qu'il était envoyé par Dieu pour annoncer à toute la chrétienté que le moment était venu de renoncer à ses vices et de se réunir contre les infidèles déjà prêts à franchir le Danube.
Les barons et les chevaliers se laisseront-ils toujours séduire par le roi Orgueil et ses épouses Convoitise et Luxure, au lieu de suivre ces nobles dames qu'on appelle : Miséricorde, Vérité, Paix et Justice ?
« Encores il nous devroit souvenir des exemples de nostre temps, « c'est assavoir en espécial de la desconfiture de Crécy et de Poitiers, « lesqueles Dieu consenti pour la corruption des vertus qui souvent « furent foulées et abandonnées, comme scèvent ceulx qui se trouvèrent « présens. » Nicopoli laissera des souvenirs plus cruels encore que Crécy et Poitiers. C'est en relevant un front purifié par le repentir, c'est en plaçant la croix sur ses épaules dégagées désormais du fardeau des désordres et des inquiétudes du monde , que la chevalerie, reconstituée en ordre religieux comme au temps de Hugues de Payens et de GeofFroi de Saint-Omer , pourra sauver l'Europe et venger ses défaites ; mais surtout qu'on n'aille point calmer avec de
l'or ceux qu'il faut punir avec du fer ; qu'on fuie la médiation du duc de Milan et « de tous ces faux chrestiens , aliés aux ennemis de la c< foy, qui vendroient leur père pour argent, et toutesfois ce seront « eulx qui se montreront plus grans amis du duc de Bourgongne. »
Nous placerons à la fin de ce volume une analyse et de nombreux extraits de ce mémoire où Philippe de Maisières recherchait, alors que le comte de Nevers était encore dans les prisons de Bajazet, ce qu'il y avait lieu de faire pour le délivrer et pour le venger, en arrêtant les progrès de plus en plus menaçants des infidèles.
Quelques années plus tard, le comte de Nevers que nous avons vu si pusillanime dans ses terreurs au camp de Bajazet, était devenu le duc de Bourgogne Jean sans Peur. Non-seulement il faisait accuser Philippe de Maisières d'avoir été le complice du duc de Milan et des meurtriers du bon roi Pierre de Chypre ; mais il donnait aussi l'ordre de l'arrêter et de l'enfermer dans un château où il eût peutêtre trouvé la mort. Cependant Philippe de Maisières parvint à s'échapper et rentra au cloître des Célestins où ses funérailles furent marquées par ces signes extérieurs de pénitence qu'il avait réglés par son testament et qui répondaient à l'humilité d'une âme vraiement chrétienne.
Négociations relatives au schisme (pp. 67-70). — Pour toutes les négociations relatives au schisme, il faut recourir au récit très-complet du Religieux de Saint-Denis.
M. Douêt d'Arcq a publié les avis des ducs de Berry, de Bourgogne, d'Orléans et de Bourbon sur la soustraction d'obédience à Benoît XIII.
Les lettres de soustraction d'obédience furent publiées en France le 27 juillet 1398 ; mais, dès le 12 septembre 1397, défense avait été faite de prêcher contre la voie de cession.
« Je tien, écrivait le comte d'Alençon à l'évêque de Chartres , que « n'est pas débat seulement de nom papal et que s'il n'y avoit autre « profit que le nom, le débat seroit brief. » (27 mai 1398 ?)
Gui de Roye, que Froissait place ici au premier rang des partisans du pape d'Avignon, avait composé un livre fort renommé intitulé le Doctrinal aux simples gens. 11 fonda le collège de Reims à Paris.
Le précieux recueil de la bibliothèque de Cambray nous a conservé la lettre suivante qui lui fut adressée d'Arezzo, peut-être par Pétrarque qui avait pu le connaître à Avignon ou en Italie :
« Prosperos ad vota successus. Eloquiorum peritissime contextor efc magistrorum clarissime, non ambiguë, non incertis, nec torvis conspicio luminibus te ultra ceterorum hominum raensuram sacrae rethoricae lacté nutritum et philosophise alimentis educatum, ut cunctorum non parium sed semiparium tuorum raei animi frustratur intuitus, et adverto quod illas sic tuo diligenti suxisti studio earum sanguine ebriatus ut tibi musas inscripseris Tullianas. Profecto tuis afFatibus poeticis maris domare procellas, carpere cœlorum vertices censeris et vertere ventos, tuis namque claris eloquiis mentes multorum opertee vetusta caligine elucescupt, quorum lares ab austris furentibus turbinose decorantur, quamquam etiam organis tuis cunctorum animi exultant quamplurime hinc et bide. Quod estimo indubie tibi munus taie a patria luminum evenisse, quia omne datum optimum et omne donum perfectum desursum est, etc. Igitur, felicissime magister de Roie, illo donotuse rhetoricae tibi procul dubio a supremo cardine lapso, hanc terram dira siccitate collisam, quae sic jacens ullum fructum arida non producit, tuis elegantissimis epistolis placeat irrigare. Quippe, tu qui poetice philomenaris , sic huic beluse phibrum aperias , linguam erigas et intellectum acuas, quod ad sonum tuorum affatuum perveniat, Christo duce, qui mihi testis sit quod summo desiderio desideravi tecum longa fabulatione la3tari. Sed quod nostri tollit absentia, suppléât, quaeso, tuarum visitatio litterarum, quam habendi et in qua yolutandi omnis erit celeritas, nec mora, et annnat Altissimus ut nos breviter facie ad faciem videamus. Porro instantissime te precor ne hase quse tibi tam rudi et familiari stilo resono, michi ad cujusquam temeritatis audaciamtuis sensibus ascribas, quiaiteratapulsatioanimum meum rationabiliter sic compulsit quod de micis quse cadunt de aula tuse celsse mémorise, mihi mirum, conferendis te debeam invitare. Scriptum in desolata Aretii civitate XII novembris. Per, etc. »
Maître Pierre Playes cité ici fut envoyé en 1399 par Charles VI à Liège comme nous l'apprend un passage de Jean d'Outremeuse, que nous citerons plus loin. Son véritable nom était Pierre Plaoul ou Plaou. C'était un clerc de Liège, et probablement Froissart, chanoine dans le diocèse de Liège, entretint avec lui des relations dont nous rencontrons ici la trace.
Pierre Plaoul fut l'un des plus fameux docteurs de la Sorbonne : « in sacra pagina excellentissimus professor, » dit le Religieux de Saint-Denis. En 1396, Charles VI l'envoya avec Tévêque de Senlis
vers les rois de Bohême et de Hongrie. En 1405, l'université de Paris lui donna une mission à Gênes près de Benoît XIII. L'année suivante il porta la parole au nom de l'université devant le parlement pour soutenir la soustraction d'obédience. Parmi les ambassadeurs de l'université renommés pour leur éloquence, qui peu après furent envoyés vers les deux papes, il est cité par le Religieux de Saint- Denis immédiatement après Gerson. Ce fut lui qui, le 17 juillet 1407, porta la parole au palais de Saint-Pierre de Rome devant le pape Grégoire XII. Au concile de Pise, il fut l'interprète de la Sorbonne. Alexandre V qui se trouvait à cette époque à Pise, le nomma, le 2 octobre 1409, évêque de Senlis. Il mourut le 11 avril 1415.
Mort du comte de Blois (pp. 70, 71). — J'emprunte ce qui suit à l'histoire des seigneurs d'Avesnes par M. Michaux :
« Gui mourut en son château d'Avesnes le 22 décembre 1 397. Son corps fut transporté à Valenciennes, dans l'église de Saint-François, où il reçut la sépulture. Il fut d'abord mis en la chapelle d'Artois, puis après, il fut transféré dans une autre très-riche et très-somptueuse, dite la chapelle de Blois, qu'il avait fait bâtir au côté gauche du chœur de la dite église, dans le pourpris du clos des Frères-Mineurs. Cette chapelle était ample et fort enrichie « en sorte que, du passé, dit ce Simon Leboucq, on y voyoit une table d'autel d'argent fort riche « et ingénieusement élabourée, estant le surplus d'icelle enrichie à « l'avenant, voire jusques à la cloche qui pend sur icelle, qui estoit « aussi d'argent. »
« La tombe de Gui, ajoute le même historien, est au milieu de « ladite chapelle, est haut eslevée et d'un marbre poly et récement « doré. Du passé, s'y voyoient pardessus deux personnages, couchés « de long, lesquels portoient Bloys et la femme Namur. Au costé de « l'homme par bas estoient dix petits personnages portant armes ; au « costé de la femme y avoit -pareillement dix petits personnages « tenant armes en lozange. L'eseripture* qui est allenthour, se voit « encore pour le présent et est telle :
« Chy gist Guy , conte de Blois, sire d'Avesnes et de Beaumont, qui fonda ceste chapelle, et trespassa l'an M.CCCXCVI1, le XIIe jour du mois de décembre.
« Chy gist Marie de Namur, contesse de Blois, femme et espeuse audit monsieur Guy, qui trespassa VanM.CCCC. »
« Par son testament, Gui avait fondé, dans cette môme chapelle, un
obit dit des comtes de Blois, qui, avant la venue des Pères Récollets, se célébrait toujours le 12 octobre. La dotation était de quinze livres tournois de rente annuelle, assise sur la terre de Beaufort et sur des biens et revenus à Merbes-Sainte-Marie, près de Binche. « A la mort de ce seigneur, ses biens furent dispersés : « Les terres de Beaufort, de Schoonhove, de la Goude et d'autres, qui venaient de Jeanne de Hainaut , retournèrent au comte de Hainaut.
a La terre de Chimay passa à Thibaut de Soissons, qui la vendit plus tard à Jean de Croy.
a Celles d'Avesnes, de Landrecies et du Nouvion échurent au fils aîné de Charles de Blois, Jean, dit de Bretagne, à qui devaient aussi revenir les comtés de Blois et de Danois, s'ils n'eussent pas été vendus au duc de Touraine.
« Les terres de Dargies, de Clary et de Catheu allèrent aux héritiers les plus proches de Jeanne de Dargies, aïeule de Jeanne de Hainaut. »
Le 1er février 1397 on paie six livres à Jean des Montis, chevaucheur de feu le comte de Blois, «pour avoir aie de Hainaut à Blois porter « les nouvelles du trespas de feu nostre dit seigneur de Blois. » (Arch. g en. du département du Nord.)
Dans son testament du 17 octobre 1397, Gui de Blois nomme parmi ses exécuteurs testamentaires Regnaut de Sens, bailli de Blois, Sohier de Marcq et Huart de le Ghisuelle.
Ce Sohier de Marcq est évidemment le fils du tisserand de Malines, dont Froissart a déjà parlé (tome XIV, p. 373).
Nous reproduirons ici les dispositions testamentaires de ce prince qui fut le généreux protecteur- de notre chroniqueur :
« In nomine Sanctse et Individuee Trinitatis Patris et Filii et Spiritus Sancti amen. Tenore prsesentis instrumenti publici cunctis pateat evidenter et sit notum quod anno ejusdem Domini millesimo trescentesimo nonagesimo septimo, indictione sexta, mensis octobris die decimo septimo, pontificatus sanctissimi in Christo patris ac domini Benedicti divina providentia papse tercii decimi anno quarto, in mei notarii publici et testiumsubscriptorum prœsentia personaliter constitutifs illustris princeps ac praepotens dominus dominus Guido de Chasteillon, cornes Blesensis, dominus de Avesnis, de Bellomonte, de Scoenehove et de la Goude, suo speciali fultus consilio, sanœ men-
tis, discreti intellectus et compos rationis per Dei gratiam existens, considerans et attendens humanam naturam fore fragillem, nichilque esse certius morte et ineertius hora mortis, nolens ab hoc seculo intestatus decedere, nec suae salutis inmemor esse, sed divina largiente gratia de bonis quse sibi contulit summi largitas Creatoris super terram animae suae salubriter providere, suura fecit, condidit et ordinavit testamentum, et suam ultimam volumptatem in modum et formam quibus in quadam cedula papirea continebatur. Ejus quidem cedulae ténor sequitur verbis gallicis et est talis :
« Je Guy deCbasteillon, conte de Blois, seigneur d'Avesnes, de Beaumont, de Scoenhoven et de la Goude, en mon bons sens et mémoire, Dieu mercy , considérant que chose n'est plus certaine que la mort, ne mains certaine que l'eure d'icelle , convoitant et désirant pourveoir à l'âme de moy , à l'aide de Dieu mon créateur , à mon povoir comme bon et vray fil de Sainte-Eglise, fai et ordonne mon testament et derraine volenté en la fourme et manière qui s'ensieut. Premiers , je recommande l'âme de moy, quant de mon corps se partira, à Dieu le tout puissant , à la benoite et glorieuse Vierge Marie, sa mère, à tous sains et toutes saintes et à toute la court de paradis ; et esli ma sépulture et vueil estre enterré en ma chappelle nouvellement faicte et édifiée aux Cordeliers de Valenchienes, laquelle j'ai entention de briefment fonder de messes perpétueles ; et vueil que mes obsèques soient faictes à l'onneur de Dieu et de Sainte Eglise, comme on a acoustumé de faire à mes prédécesseurs et que expédiant voira à mes exécuteurs cy-dessoubs nommés pour le salut de l'âme de moy. Item, je vueil et ordonne que toutes mes debtes soient paiées et mes tors fais rendus et restitués de mes biens avant toutes choses par mes exécuteurs à toutes personnes quelconques, si avant qu'il pourraient souffisanment monstrer et prouver. Item, je vueil et ordonne que par mesdis exécuteurs tout ce qui est à parfaire , païer et acomplir des testamens et ordenances de mes très-chiers seigneurs et frères les contes Loys et Jehan de Blois, dont Dieux ait les âmes, soit acompli sur mes plus apparens biens. Item, je vueil que mon obsèque soit fait et ordonné par mesdis exécuteurs comme bon leur samblera , ainsi que dit est. Item, je laisse et ordonne deux cens frans estre donnés pour Dieu par les mains de mesdis exécuteurs à deux fois, c'est assavoir : cent francs le jour de mon obsèque, et autres cent frans le jour des octaves de mondit obsèque. Item, je laisse à l'église de Saint-
Sauveur de Blois deux cens et cinquante frans pour une fois , pour emploïer en rente pour et au prouffit de leglise et des personnes d'icelle; et parmi ce je auray un obit sollerapnel en ladicte église perpétuelment chascun an. Et vueil et ordonne que en icelle église soit faicte une tombe eslevée pour mondit seigneur et frère le conte Loys, ou lieu où il gist, selon son estât. Item, je laisse à l'église de Saint-Lomerde Blois cent frans pour une fois pour un obit chascun an sollempnel et perpétuel en icelle églice. Item, à l'église de Nostre-Dame de Bouremoyen de Blois cens francs pour une fois aussi pour un obit perpétuel en ladicte église. Item, à l'église collégial de Saint- Jaques de Blois cinquante frans pour une fois pour un obit perpétuel en icelle église comme dessus. Item , aux églises de Saint-Sollempne et Saint-Honoré de Blois et Saint-Jehan de la Grève hoirs Blois, à chascune cinquante frans pour une fois pour un obit perpétuel comme dessus. Item, à l'aumosne de Blois et à Saint-Ladre lez-Blois à chascune cinquante frans pour une fois aussi pour un obit perpétuel en chascune. Item, à l'église collégial de Romorentin soixante-quinze frans pour une fois pour un obit perpétuel en icelle église comme dessus. Item, à l'église Nostre-Dame de la Guiche cent frans pour une fois samblablement pour un obit sollempnel et perpétuel en icelle église. Item, à l'église de l'aumosne de Citeaux en Dunois cens frans pour une fois aussi pour un obit perpétuel en ladicte église. Item, à l'église et collège de Saint-Andrieu de Chasteaudun cent frans pour une fois pour un obit perpétuel comme dessus. Item, à l'église de la Magdelaine de Chasteaudun cent frans pour une fois pour un obit comme desus. Item, à l'aumosne de Chasteaudun cinquante frans pour une fois aussi pour un obit comme dessus. Item, je laisse aux jacobins et cordeliers de Blois et aux cordeliers de Chasteaudun, à chascun d'iceulx couvens, cent frans pour une fois, et parmi ce ils seront tenus chascun desdis couvens de faire pour moy un obit sollempnel et perpétuel chascun an. Item , je laisse et ordonne la somme de huit cens frans estre bailliée et distribuée après mon trespas aux églises parrochiaux de mes places, villes ou villaiges que j'ay en et par tout madicte conté de Blois et de Dunois et en la chastellerie de Chasteauregnault, et aux autres hospitaux ou aumosnes tant de mes villes fermées oudit pays comme dudit plat pays, et aussi aux besguinaiges et autres povres lieux de tout ledit pays, par l'ordenance et advis de mesdis exécuteurs pour dire des messes et prier Dieu pour l'âme de moy.
Item, je laisse à l'église collégial de Chimay en Haynau cent cinquante frans pour une fois pour un obit sollerapnel et perpétuel en icelle église comme dessus. Item, à l'église parochial de Chimay cinquante frans pour une fois pour un obit perpétuel comme dessus.' Item, pareillement à l'église parrochial d'Avesnes cinquante rans pour un obit perpétuel. Item, à l'église parrochial de Beaumont cinquante frans pour une fois aussi pour un obit perpétuel comme dessus. Item, pareillement à l'église parrochial de Landrecies cinquante frans pour un obit perpétuel comme dessus. Item, je laisse et ordonne que dedens le mois prochain après mes obsèques il soit baillié à chascun des couvens réguliers à troches de hommes ou dit pays de Hainau pour une vigilles, commendises et messe sollempnelle en chascun et avoir mémoire de l'âme de moy la somme de dix francs françois , c'est assavoir : à Saint-Gillen , Liessies , Omont , Hanom , Crespin, Marrolles, Cambron, Saint-Denis . Saint- Jehan en Valenchienes, Viscoingne, Bonne-Espérance et Saint-Fuelien. Item , à plusieurs autres cloistres dudict pays pour autel faire, c'est assavoir : as desseurdis frères meneurs de Valenchienes, aux préescheurs de Saint-Pol et aux carmes, à chascun desdis cloistres dix frans. Item, pour autel aux dames de Beaumont en Valenchienes, aux chartroux, as frères meneurs de Mons , as escoliers de Mons , à Saint-Salve, à la Trinité d'Andrignies, à la prévosté de Haspre , à la Trinité de Lens, à l'abbaye du Caisnoit, à Espinlieu, à Bellian , à la Ture, à l'abbaye d'Ath, à Fontenelles, as damoiselles de Mons , as damoiselles de Maubeuge, as religieuses de Ghillanguien et à Denain, à chascun desdis cloistres six frans de France. Item, je laisse et ordonne la somme de huit cens frans françois estre bailliée et distribuée après mon trespas par l'advis et ordenance de mesdis exécuteurs as églises parrochiaulx de toutes les autres villes et villaiges que j'ay oudit pays de Hainau, en l'évesquié de Liège et en la ville et sard du Novion en Tiérasse, et aux hospitaux, besguinaiges et autres povres lieux de toutes icelles villes et villaiges, pour dire des messes et prier Dieu pour moy. Item, je laisse à l'église parrochal de Scoenhovene en Hollande cinquante frans pour un obit sollerapnel et perpétuel en icelle église de vigiles, messe et commendises, chascun an. Item, à l'église parrochial de le Toile cinquante frans aussi pour un obit sollempnel et perpétuel comme dessus. Item, à l'église parrochial de ie Goude pareillement cinquante frans pour un obit
sollempnel et perpétuel comme dessus. Item as carmes ou frères de Nostre-Dame de ladicte ville de Schoenhoven cent frans pour une fois aussi pour un obit sollempnel et perpétuel en icellui couvent comme dessus. Et aveucques ce pour entretenir et continuer à dire une messe chascun jour perpétuelment en mon chasteau de Schoenhoven, ainsi qu'ils ont acoustumé ou temps passé , je leur laisse et ordonne, en lieu et pour récompensation d'un buef et d'un tonnelet de herains qu'il avoient pour ce faire , la somme de deux cens frans pour une fois. Item, je laisse et ordonne la somme de six cens frans estre donnée et distribuée après mon trespas par l'ordenance et advis de mesdis exécuteurs aux églises parrochiaulx de toutes les autres villes et villaiges que j'ay èsdis pays de Hollande, de Zellande et de Texel et aux hospitaux, besguinaiges et autres povres lieux de toutes mes villes et villaiges desdis pays, pour dire des messes et prier Dieu pour l'âme de moy comme dessus. Item , je laisse à l'église de Cambray trois cens frans pour une fois pour un obit sollempnel et perpétuel en icelle église. Item, je vueil et ordonne que le jour de mes obsèques en chascune de mes villes en Hainau on sonne les cloiches le jour des vigilles puis disner, et le jour de la messe jusque au disner, et que les sonneurs soient paies de mes biens, et les églises recompensées à l'ordenance de mesdis exécuteurs. Item , je laisse et ordonne à frère Estienne Jordain, mon confesseur, de l'ordre des préescheurs ou couvent de Chartres, ma chappelle portative , c'est assavoir : le messel, calisse, deux petits plas, deux chandeliers, la croix, la paix, la clochette, les burettes, uns paremens d'autel, uns vestemens, nappes, touailles et autel portatif, pour en faire sa volenté après mon trespas. Item, je laisse à mes vallès de mestier et vallès de cottes et autres vallès par dessoubs, qui me servent et serviront au temps de mon trespas, la somme de mil frans d'or, du coing et forge du roy de France, sur mes plus apparens biens, à départir par mesdis exécuteurs. Item, je vueil et ordonne que toutes mes gens qui à jour de mon trespas me serviront en mon hostel et qui ont chevaux qui ne soient leur, que lesdis chevaux leur demeurent et soient leur pour en faire leur volenté et proffit. Item, ou cas que je acompliroie en mon vivent lesdis lais ordonnés asdictes églises cathédral, collégiaulx, parrochiaulx, de religion et ordres mendians, je vueil que au paiement et aeomplissement desdis lais et dès lors j'aye en tous iceulx lieux, tant que je vivray, une messe, chascun an,
de Nostre-Dame ou du Saint-Esperit, comme ordonner le voudray , pour et- en lieu desdis obis, et tantost après mon déceps commander à faire lesdis obis comme dessus. Item, que tous les draps d'or ou de soye ou autres paremens qui seront mis en l'église où on fera mes obsèques, que ils soient départis, mesdis obsèques fais, aux esglises de mes villes fremées que j'ay ou pays de Haynau, et premiers que l'église où on fera mes obsèques, en soit départi plus largement, et tout faire par l'ordonnance de mes exécuteurs à en faire ornemens plus nécessaires ausdittes églises. Et pour ce que mon présent testament et ordenance soient mis à exécution deuement et vrayement, je nomme et esli mes exécuteurs mes très-chiers et bien-amés le seigneur de Havrech, mon cousin, messire Jehan le bastard de Blois , seigneur de Trellon, mon nepveu, maistre Nicole le Falourdeur , licencié en décret et cannonne de Cambray, maistre Regnault de Sens, bailli de Blois, maistre Jehan le Hayer , Sohier de Marcq, Godscale de Bracke, Huart de le Glisuelle et maistre Pierre de Hailles, canonne de ladicte église de Cambray, en la main desquels je met et rapporte mes biens meubles présens et advenir et toutes les revenues que j'ay en toutes mes terres et possessions, en quelque marche ou pays que elles soient, pour icelles revenues et biens demander, prendre et rechevoir tantost après mon trespas, pour acomplir les choses devant dictes et chascune d'icelles aux coux et frais de mes biens. Si pri et requier amiablement et dévotement à mes devant dis exécuteurs que le fait de madicte exécution veuillent recevoir et mettre à exécution et fin et leurs seaulx mettre aveucques le mien en ceste mienne ordenance et volenté, en signe d'avoir receu icellui fais. Et vueil et ordonne que, se tous mes exécuteurs devant nommés ne povoient ou vouloient tous ensamble entendre à ce mien présent testament mettre à exécution, que les trois ou les deux puissent les choses dessus dictes et chascune d'elles mettre à exécution finale, sens ce qu'ils soient plus^ tenus pour le fait d'icellui mien testament que de mes biens qui venront en leurs mains , et en puissent issir sans coust et sans frait aussi sains et aussi quictes qu'il y enterront, sens recevoir ou soubstenir aucunes pertes, frais ou dommaiges quelconques. Et vueil icellui mien testament ou derraine volenté comme vray testament ou comme vray codicille valoir en la meilleur fourme et manière que de droit, usaige et coustume puet et doit valoir. Item, je vueil et ordonne que [se] en ce mien présent testament, ordenance et derraine volenté avoit aucun
deffault de solerapnité de droit, ou qu'il y eust doubte en aucune manière, que toutes icelles faultes et doubtes et chascune d'elles puissent estre et soient interprétées, ■éclairées et déterminées par mes devant dis exécuteurs. Réservé en moy, tant que je auray la vie naturelle ou corps , plain povoir de ce mien testament et derraine volenté amenrir, acroistre, muer, corrigier et rappeller en tout ou en partie, toutesfois et quantesfois qu'il me plaira et que bon me samblera. Et s'il advenoit que je feisse*aucune cédule, close ou ouverte, annexée dedens ce mien testament ou non annexée, séellée de mon séel ou signée de notaire publique ou par devant tesmoings dignes de foy, je .vueil et ordonne que toutes les choses contenues en icelle cédule vaillent autretant comme se elles estoient expressément nommées et encorporées en ce mien présent testament et soient mises à exécution deue. Item, je vueil et ordonne que mes devantdis exécuteurs soient plainement paies et sateffiés de leur paine, travel et labeur qu'il aront et chascun d'euls en poursivant que icelle mienne ordenance soit mise à bonne fin et vraye exécution. Et icelles ordenances mises à fin et plainement acomplies, je vueil et ordonne que mesdis exécuteurs, ou les trois ou deux d'iaulx faicent et ordonnent du remain de mes biens, se aucuns en y a, en leurs consciences ou aumosnes, en célébrations de messes ou en autres bons usaiges, selon ce que bon et expédiant leur samblera pour le salut de me âme et rémission de mes peschiés et de mes ancisseurs et bienfaicteurs. En tesmoing desquelles choses j'ay ce présent testament et ordenance de ma derraine volenté fait mettre et escripre en ceste forme publique par le tabellion cy-dessoubs escript, et y mettre et appendre mon grant scel aveucques son signet. Ce fu fait en mon chastel deAvesnesen Hainaut, l'an, indiction, mois etpontifficat dessusdis, présens vénérables et discrès maistres Jehan le Mire, maistre en médicine, fissiscyen dudit seigneur, canonne de . Soissons, messire Pierre de Subgis, curé de l'église parrochial de Maubeuge ou diocèse de Cambray, et Nicaise Chukant, prévost d'Avesnes, tesmoing ad ce et pour ce espécialment huchiés et appelles.
« Item s'ensieult la coppie d'une cédule annexée parmi le testament.
« Je Guy de Chasteillon, conte de Blois , seigneur d'Avesnes , de Beaumont, de Scoenhoven et de la Goude, en mon sens et mémoire , Dieu mercy, fay et ordonne en oultre et aveucques mes autres lais et
ordenances contenues et déclairées es lettres de mon testament et derraine volenté, parmi lesquelles ces présentes sont annexées, les lais, et ordenances qui s'ensuivent : premièrement, je laisse et ordonne à mon nepveu Loys , bastard de Blois , fil naturel de mon très-chier seigneur et frère le conte Jehan, que Dieux absoille, pour sa provision et assenne deux mille frans françois pour une fois, pour emploïer en rente pour et au profîit dudit Loys. Item, je laisse et ordonne à deux filles de messire Guisbrech de Languerrach et de ma niepce, sa femme, fille naturelle de mondit seigneur et fpére , samblablement pour leur provision et estât la somme de vint-wit cens viôs escus de France ou la valeur, pour une fois. Item, je vueil et ordonne que en oultre ma chapelle portative que par mesdictes autres lettres j'ay laissiée à frère Kstiene Jordain, mon confesseur, de l'ordre des frères preescheurs, il soit baillé et délivré audit frère Estiene par mes exécuteurs sur mes plus apparens biens certaine somme d'argent pour une fois, telle qu'il puist souffire pour avoir audit frère Estiene son estât honnestement. Item, pour acomplir et mettre à exécution deue tant ces présens lais comme tous les autres déclairés es dictes autres lettres , aveucques mes autres exécuteurs nommés en icelles je nomme et esli en oultre iceulx mes exécuteurs mes bien amés messire Jehan de Hamesteen, chevalier, et Nicaise Chukant , prévost d'Avesnes, ausquelx en général et espécialje donne tout autel povoir et auctorité de faire et acomplir toutes les choses devant dictes et chascune d'icelles , comme aux autres, selon et par la manière contenue en icelles autres lettres. En tesmoing de ce j'ay fait mettre mon seel à ces présentes données en mon chastel à Avesnes le vint-unime jour de décembre l'an de grâce mil CCC. IIIIXX et dix-sept. » (Archives du royaume, nos 1251 et 1252 des Chartres de Namur.)
A la fin du mois de décembre 1397 , Aubert de Bavière fit occuper par des hommes d'armes les forteresses qui appartenaient à Gui de, Blois , savoir : Landrecies, Avesnes , Trélon , Chimay et Beaumont. En même temps la comtesse d'Ostrevant chargeait la dame de Gommegnies et le prévôt du Quesnoy d'aller à Avesnes offrir ses compliments de condoléance à la comtesse de Blois.
Les livres et les meubles de Gui de Blois furent vendus. Aubert de Bavière en acheta une partie, notamment un livre du roi Artus, une chambre de velours où se trouvaient brodées des sirènes, qui avait appartenu à Jean de Beaumont,. et des draps de haute lice qui
représentaient l'histoire de la reine S? bille et celle du roi Alexandre.
Leduc de Glocester est conduit à Calais (pp. 71-73). — Ce fut le comte Maréchal qui conduisit le duc de Glocester au château de Calais, dont il était capitaine.
L'arrestation du duc de Glocester paraît avoir excité une assez vive émotion en Angleterre, car une proclamation royale du 28 juillet 1397 ordonne d'arrêter tous ceux qui se livreraient à des actes de rébellion.
Arrestation des comtes d'Arundel et de Warwick (pp. 73, 74). — D'après le moine d'Evesham et Otterbourne, l'arrestation des comtes de Warwick et d'Arundel précéda celle du duc de Glocester, Gower est d'accord avec Froissart pour [l'ordre des faits. Le récit le plus vraisemblable se trouve dans la Chronique de Richard II, où l'on rapporte que le roi , en quittant Londres pour se rendre à Pleshy, envoya l'ordre de mettre la main sur les deux comtes qui furent conduits à la Tour de Londres.
Mort du duc de Glocester (pp. 74-77). — Le 17 août 1397, Guillaume Rykill fut envoyé à Calais ad colloqtinim cum duce Gloucestriœ haoendum.
Le 21 septembre, jour du supplice du comte d'Arundel, Richard II ordonna au comte Maréchal, gouverneur de Calais, d'envoyer le duc de Glocester à Londres pour qu'il y fût jugé.
C'était une vaine et dérisoire comédie, car en ce moment on devait déjà connaître la mort du duc de Glocester, si elle avait eu lieu le 16 septembre 1397, comme le dit Walsingham.
Le 24 septembre, le comte Maréchal répondit que le duc de Glocester ne vivait plus.
La mort de Glocester l'empêchant de comparaître devant le Parlement qui devait le condamner, un juge du banc^du roi, nommé Guillaume Rykhill, prit la parole pour déposer une confession que le duc de Glocester lui avait, disait-il, remise le 8 septembre au château de Calais. Le duc de Glocester avouait qu'il avait conspiré et qu'il avait formé le dessein de déposer Richard II au moins pendant quelques jours. Cet acte était-il sincère? Le duc de Glocester n'était plus là pour le désavouer.
Le 6 octobre, Richard II écrivit à l'archevêque d'York, demandant des prières pour l'âme du duc de Glocester qui avant sa mort avait avoué des crimes énormes et toutes ses trahisons {crimina et prodi-
tiones enormia). On ne faisait pas connaître quelle avait été sa mort. Dans l'ordre relatif à la translation de ses restes, on se contentait de dire : nuper inprisona nostra diem suum clausit extremum.
Le 14 octobre 1397, Richard II chargea son clerc Richard Maudeleyn de chercher à Calais le corps du duc de Glocester pour qu'on l'ensevelît à Westminster ; mais, soit que l'on craignît à ce sujet quelque manifestation à Londres, soit par tout autre motif, contre-ordre fut donné, et l'on déposa les restes du malheureux prince au prieuré de Bermondsey.
Comment le duc de Glocester avait- il péri ? Le lecteur a sous les yeux le récit de Froissart : il est d'autres témoignages qu'il est utile de rappeler. -,
Walsingham rapporte que le duc de Glocester fut étouffé sous des coussins remplis de plume. Le continuateur de la chronique de Croyland dit que ses gardiens survenant pendant la nuit lui lièrent les mains et les .pieds avant de le serrer entre deux matelas. Otterbourne a une version différente, selon laquelle on fit au milieu de la nuit sortir du château de Calais le duc de Glocester sous prétexte de le ramener en Angleterre , et il périt étouffé par des valets dans une hôtellerie. Le Religieux de Saint-Denis se borne à dire que, selon le bruit qui courut alors, il fut secrètement étrangié.
On lit dans les rôles du Parlement, du 17 septembre ( jour de la mort du comte d1 Arundel) :
ce Commandé fuist à Thomas, counte Marechall, capitayn de Caleys, « par brief le roy, de faire venir le corps de Thomas, duc de Gloucestre, « en cest présent parlement. »
Le 21 septembre, le roi donna cet ordre. La réponse suivante est du 24 septembre, selon les rôles du Parlement.
« Thomam ducem Gloucestrise in brevi michi misso nominatum coram vobis et consilio vestro in prsesenti Parlamento venire facere non possumpro eo quod idem dux mortuus est. Et quem quidem ducem ex praecepto excellentissimi domini mei domini régis habui in custodia mea in prisona domini régis villse Calesii, et ibidem in eadem moriebatur. »
On attribue au duc de Glocester , selon les uns un ouvrage sur les Droits d'atomes , selon d'autres un traité des tournois qui était conservé dans la bibliothèque de Colbert. Derniers souvenirs des âges chevaleresques, qui s'effaçaient dans les ténèbres des prisons à Calais comme à Pomfret.
Après l'usurpation de Henri IV on amena devant le parlement un ancien serviteur du comte Maréchal, nommé John Hall, qui raconta avec de longs détails la mort du duc de Glocester.
Il accusa notamment William Série qui vivait encore, et qui fut livré au bourreau moins peut-être pour la part qu'il avait prise à ce meurtre que parce qu'il était resté l'un des plus fidèles serviteurs de Richard II.
Nous reproduisons la déclaration de John Hall' en faisant remarquer qu'à raison des circonstances où elle se produisit, elle ne peut mériter une entière confiance : ^-^
« Un Johan Halle esteant en garde del mareschall d'Engleterre fuist amesnés par le mareschall en le dit Parlement, et à dit Johan Halle fuist dit par monsieur Wauter Clopton, chief-justice du roy, par commandement du roy. que le dit Johan Halle avoit connu certeins choses devaunt James Billyngford, clerk del corone raesme nostre sire le roy, lesqueus choses furent mys en escript et dont il- aueroit loi oïe, lesqueus choses adonqes furent leues en le dit Parlement par commandement du roy, en les paroles q'ensuent : '
« Fait à remembrer que le vendredy le XVIIe jour d'octobre, l'an du règne le roy Henry quart puis le conquest primer, Johan Halle, nadgairs vadlet de Thomas duc de Norffolc, jurés sur les seints évangèles pur dire la vérité, en une chambre deins l'ostell del conestable, deins l'ynner paleys de Westminster, cor.nust devaunt James Biliyngford, clërk del corone nostre dit sire le roy , en présence de Henry counte de Northumberland , conestable d'Engleterre, et de Thomas counte de Wyncestre, que en le moys de septembre, l'an du règne Richard nadgairs roy d'Engleterre second puis le conquest XXIe , le dit duc de Norffolc et un Johan Colfox, esquier du dit duc, viendrent al chaumbre de dit Johan Halle, en la ville de Calevs, lequel Johan Colfox appella le dit Johan Halle hors de son ,lyt , luy commandant de venir à dit duc son seigneur, lequel Johan Halle soy leva de son lyt et veigna as dits duc et Johan Colfox. Et le dit duc luy demaunda : « Purquoy avés atant demuré ? » Et luy demaunda s'il oiast rien del duc de Clouces%tre. Quel Johan Halle respondist qu'il supposa qu'il fuist mort. Et le dit duc de Norffolc disoit : « Noun ; » nepurquaunt le dit nadgairs roy luy avoit chargé pur mourdrer le dit duc de Cloucestre, et que le dit nadgairs ,roy et le duc d'Aumarle adonqes counte de Roteland avoient envoies certeins lours esquiers et
noies. 291
vadlets pur estre illoèques ; et pur ceo il disoit que le dit Johan Halle seroit là en nounle dit duc de Norffolc. Et le dit Johan Halle respondy: « Noun ; » et pria qu'il purroit perdre tous ses biens et aler son chemyn, devaunt qu'il serroit à tiel fait. Et le dit duc de Norffolc respondy qu'il seroit illoèque, ou autrement il perderoit sa vie ; et luy donna un graund coup sur le teste. Et sur ce les dits duc de Norffolc, Johan Colfox et Johan Halle soy alèrent à l'esglise de Nostre-Dame de Caleys, et illoèqes ils trouvèrent William Hampsterley esquier de dit duc dé Norffolc,... Bradeston, esquier de mesme le duc de
Norffolc, William Série, vadlet delchaumbre du dit nadgairs roy,
Fraunceys, vadlet del chaumbre del duc d'Aumarle , William Rogers et William Denys, vadlets del dit duc de Norffolc, et un autre vadlet demurant ovec le dit duc d'Aumarle, q ad à noun Cok del Chaumbre , comme le dit Johan Halle suppose. Et là fuist dit à dit Johan Halle que tous les autres avaunt dist furent sermentés qu'ils jammès ne discovereroient la dite matière. Et sur cela firent le dit Johan Halle faire serement sur le corps de Dieu devant un seigneur William, chapelleyn de Seynt- George à l'esglise de Nostre-Dame de Caleys et cosyn à Johan Lancastre, esquier du dit duc de Norffolc, qu'il tiendroit conseilled la dite matière. Et après . le dit serement fait, soy alèrent ovesque le dit duc de Norffolc touts ensemble vers l'ostell appelle le Princes-In. Et quant ils furent illecqes, le dit duc de Norffolc metta
les dits Johan Colfox , William Hampsterley, Bradeston, William
Série, Fraunceys, William Roger, William Denys, Cok del
Chaumbre et Johan Halle en une maison deins le dit hostell, et ala son chemyn, ove plusours autres à dit Johan Halle disconus. Et tantost après ceo qu'ils furent entrés le dite maison , là vient Johan Lovetoft ovesque plusours autres esquiers nient conus à dit Johan Halle, et amesna ovesque luy le dit duc de Cloucestre, et luy délivra
as dits William Série et Fraunceys, al inner huys del sale , et
disoit : « Cy sount Serlê4 et Fraunceys. » Et adonqes le duc de Cloucestre disoit : « Ore, je say que je fera bien. » Et demaunda au dit William Série : « Comment fait monseigneur ? » Et le dit William Série respondi : « Que bien, et vous salue sovent. » Et après ceo, les dits William Série et Fraunceys pristrent le dit duc de Cloucestre du dit Johan Lovetoft, et le dit Johan Lovetoft mayntenant
alast son chemyn, et les dits William Série et Fraunceys ames-
nèrent le dit duc de Cloucestre avant à une chaumbre, et disoient qu'ils
vorroient parler ovesque luy, et luy disoient que fuist la volunté de dit nadgairs roy qu'il seroit mort. Et le dit duc de Cloucestre respondy et disoit : «S'il soit la volunté de monseigneur, bien soit venus ! »
Et les dits William Série et... Fraunceys luy commaundèrent de
prendre un chapellain, et sur cela le dit duc de Clocestre fuist confessé à dit chapellain. Et après ceste confession faite, ils fesoient le dit duc de Cloucestre coucher sur un lyt, et les dits William Série
et Fraunceys mistrent sur luy un fetherbed, et les dits William
Roger, William Denys et Cok del Chaumbre tiendrent les costés du
dit fetherbed, et les dits William Série, et Fraunceys couchèrent
dessus la bouche de dit duc de Cloucestre, tant que il fuist mort. Et
les dits Johan Colfox , William Hampsterley et.. Bradeston
séièrent bien près le dit duc de Cloucestre sur lour genuls, plorants, et prièrent par sa aime. Et tout le dit temps le dit Johan Halle garda le huys del maison où le dit duc de Cloucestre fuist mort. Et maintenaunt après sa mort , le dit duc de Norffolc veigna à eux et véia le dit duc de Cloucestre mort, et le dit Johan Halle luy oiast dire qu'il seroit graunt meistrie d'avoir à présent l'avaunt dit duc de Cloucestre vive. Et que touts les choses sus dits sont vraies, le dit Johan Halle est prest de prover par son corps ou autrement comme il plest à nostre sire le roy. » {Rotuli of Parliament, t. III, p. 452.)
Dans la confession remise au Parlement, le duc de Glocester se nomme simplement Thomas de Woodstock. Il reconnaît qu'il s'est attribué le pouvoir royal et qu'il a privé le roi de ses privilèges en faisant délivrer à son profit les lettres de Richard II du 19 novembre 1386 ; qu'à diverses reprises il a publiquement mal parlé du roi ; qu'il a donné lieu à des scandales ; que sa conduite a été celle d'un misérable ; qu'il s'en remet complètement en la grâce et en la merci du roi. Il protestait du reste que jamais il n'avait songé à attenter à la personne du roi, ce dont il était prêt à répondre devant Dieu au jour du jugement. Tout en remettant sa vie entre les mains du roi , il le suppliait par la passion de Notre-Seigneur, qui avait pardonné à Madeleine, de daigner aussi avoir pitié de lui.
Guillaume Rikhill qui avait reçu cette confession, déclarait qu'elle était entièrement écrite de la main du duc de Glocester, et qu'en ce moment il était « en bone mémoire et hors de duresse de prison. »
Supplice du comte d'Arundel (p. 77). — On lit à ce sujet dans les rôles du Parlement :
« A cause que le dit Richard conte d'Arundel fuist de digne sanc , le roi lui pardona l'exécution del jugement de treiner , pender et quarterer, mes qu'il soit décollé. »
Le 17 septembre 1397, le Parlement se réunit à Westminster. Le chancelier, tout en déclarant que le roi amnistiait les coupables, fit connaître que sa clémence ne pouvait s'étendre à quelques-uns qui seraient accusés devant le Parlement. Le lendemain on révoqua le pardon qui avait été autrefois accordé au duc de Glocester, aux comtes d'Arundel et de Warwick. Thomas d'Arundel, archevêque de Canterbury, fut également mis en accusation ; on remontait, dans les griefs allégués, jusqu'à 1386 et 1387. Le comte d'Arundel protesta vivement : « Je n'ai jamais été un traître, » s'écria-t-il. Le comte de Derby qui allait s'engager bientôt dans d'autres complots, déposa luimême contre lui. Le comte d'Arundel se tut quand on lui rappela qu'il avait été le principal auteur de la condamnation de Simon de Burleigh.
D'après Capgrave, le comte d'Arundel périt le 21 septembre 1397. La chronique de Berne se trompe en indiquant le dimanche avant la fête de l'Exaltation de la sainte Croix (9 septembre).
D'après le Religieux de Saint-Denis, le comte d'Arundel refusa de faire connaître où étaient cachés ses trésors, et déclara qu'il n'y avait d'autres traîtres que ceux qui entouraient le roi.
Le comte d'Arundel subit le dernier supplice avec un grand courage. Depuis Westminster jusqu'à Charing-Cross il distribua aux pauvres l'or qu'il avait dans sa bourse ; puis, quand on lui eut lié les mains, il s'avança à travers les rues de Londres au milieu d'une foule consternée en récitant à haute voix avec un Frère Augustin l'office des morts. Quand il arriva sur la colline de la Tour, on le pressa d'avouer sa trahison, et, sur son refus, on voulut contraindre le religieux à déclarer qu'il l'avait reconnue dans sa confession. « Je ne puis, s'écria « le religieux, répéter ce qu'il m'a confié, mais il m'est bien permis de « dire que jamais il ne s'est accusé de trahison. » Le comte d'Arundel embrassa le bourreau, et l'on remarqua que son corps décapité se releva pendant quelques instants avant de retomber à terre. Le peuple y vit un miracle, et Richard II troublé par ce récit crut pendant plusieurs nuits voir l'ombre du comte d'Arundel se présenter à ses yeux. Tel était son effroi qu'il fit veiller ses archers de Chester près de lui. Déjà des pèlerinages se faisaient au tombeau du comte d'Arun-
del ; on disait que la tête avait rejoint le corps par un nouveau miracle. Pendant la nuit, on réveilla les religieux Augustins. Richard II avait ordonné d'ouvrir le tombeau du comte d'Arundel et de découvrir son linceul ; puis on cacha son corps dans un lieu retiré du monastère, sans monument, sans inscription, afin que personne ne put le retrouver. (Annales Ricardi II, éd. Riley.)
Le comte de Warwick est banni (pp. 77-79). — Le comte de Warwick comparut le 28 septembre 1397 devant le Parlement ; il implora la clémence du roi et fut exilé dans File de Man sous la garde de Guillaume Le Scrop qui devait en répondre corps pour corps.
D'après le moine d'Evesham, le comte de Warwick déclara qu'il avait été entraîné par le duc de Glocester dans un complot contre le roi.
Tyrannie de Richard //(pp. 79-83). — Le lendemain du jour où la peine du comte de Warwick avait été commuée en un exil perpétuel, Richard II tint une cour solennelle à Westminster et y accorda de nouveaux titres à ses parents et aux principaux seigneurs qui, loin de s'associer au complot du duc de Glocester et de ses partisans , avaient concouru à en assurer la trop sanglante répression.
Henri de Derby devint duc d'Hertford ; le comte de Rutland, duc d'Aumale ; le comte de Kent, duc deSurrey ; le comte de Huntingdon, duc d'Exeter; le comte de Nottingham, duc de Norfolk. En même temps Richard II créa Jean de Beaufort, marquis de Dorset ; Thomas Spencer, comte de Glocester ; Raulf Ne vil, comte de Westmoreland ; Thomas Percy, comte de Worcester; et Guillaume le Scrop, comte de Wiltshire.
Ces promotions se firent le 29 septembre 1397, « le roy séant en « Parlement coronés en sa roiale magesté, teignant en mayn la verge « roiale. » {Rotuli, p. 355.)
A cette occasion il y eut de grandes fêtes où le prix fut donné à la duchesse d'Exeter comme à la dame qui dansait le mieux.
Néanmoins Richard n'oubliait pas que les victimes avaient laissé après elles des regrets et des vœux de vengeance, et dès ce moment il résolut de régner par la force sans tenir compte ni des plaintes, ni des libertés séculaires de ses sujets.
Alors qu'en Angleterre le peuple jouissait des libertés que décrit Froissart, la servitude existait encore en France dans toute sa rigueur. Le 8 novembre 1401, le sire de Baye affranchit moyennant la
somme de cinquante francs, Marion, femme de corps et de condition du dit chevalier et nièce de Nicolas dit de Baye, chanoine de Paris.
Les exactions de Richard II sont rapportées avec de longs détails par les chroniqueurs contemporains. On leur donnait le nom de « plesaunces » parce qu'elles étaient levées par le simple plaisir du roi.
Richard II s'était formé une garde d'hommes recrutés dans le comté de Chester, qu'on citait comme les plus rudes et les plus sauvages de toute l'Angleterre.
Un chroniqueur contemporain les décrit ainsi : « Natura bestiales « parati erant ad omnem nequitiam... Regem reputabant in socium... « Qui dorni vix digni reputati fuerunt detrahere calceos magistro- « rum, hîc se reputabant pares dominorum. »
Le comté de Chester formait l'apanage des princes de Galles.
Au milieu de ce développement de la puissance royale, on répétait en Angleterre ce vers d'une prophétie :
Vix binis annis durabit pompa Johannis ;
Et comme il ne pouvait s'appliquer à Jean de Lancastre déjà mort, on l'entendait de Richard lui-même. On disait en effet qu'ayant failli mourir en naissant, il avait été alors baptisé sous le nom de Jean.
Assemblée de Reims pour l'union de l'Église (pp. 83-88). — Le Religieux de Saint-Denis blâme sévèrement les mœurs grossières du roi de Bohême et le triste spectacle qu'il en donna à Reims lors de sa visite à Charles VI.
L'assemblée de Reims eut lieu, selon le Religieux de Saint-Denis , vers la fin de l'année 1397.
Vaines réclamations du roi de Navarre (pp. 88, 89). — Juvénal des Ursins rapporte au contraire que l'évêque de Pampelune, ambassadeur du roi de Navarre, réussit dans sa mission. On donna au roi de Navarre la terre de Nemours érigée en duché et d'autres domaines en Champagne.
Le Religieux de Saint-Denis reproduit le discours que prononça l'évêque de Pampelune.
Le comte Maréchal défie le comte de Derby (pp. 89-101). — Selon Froissart, le comte Maréchal dénonça le comte de Derby. Les documents officiels démontrent au contraire que ce -fut Henri de Derby qui accusa le comte Maréchal.
Juvénal des Ursins , plus exact que Froissart, rapporte aussi que ce fut le comte de Derby qui défia le comte Maréchal.
Le Religieux de Saint-Denis cite également Henri de Derby comme
l'auteur du défi ; il assure que Richard II ne désirait que sa perte et
u'il alla jusqu'à dire au duc de Lancastre : « Si votre fils est vaincu,
« je le laisserai conduire au gibet, et en pareil cas vous ne seriez pas
« mieux traité vous-même. »
D'après la Chronique de Richard II , le roi se trouvait à Shrewbury lorsque le comte de Derby lui remit une cédule dans laquelle il appelait le comte Maréchal en champ de bataille comme faux et traître.
« Quant le roy ot Ieue la supplication, il la fist lire pardevant le duc de Norvolc et le duc d'Ervorde en la présence d'iauls deux. Et apriès, quant tout fut leu, respondi le duc de Norvolc que de tout ce que le duc d'Ervorde voloit dire contre luy aultre cose que bien, il mentoit mauvaisement et faussement comme faulx chevalier que il estoit. Li rois demanda au duc d'Ervorde : « Dittes, Henry de « Lencastre cousin, vostre supplication, laquelle j'ai receue de \ous , « ychi a esté leue. Que^en dittes- vous en la présence de toutes ces « gens ? » Adont le duc d'Ervorde osta son capiel de sa teste, lequel estoit noirs, et dist : « Monseigneur, tout ensi que la supplication « fait mention , laquelle je vous présente maintenant, je dy pour « vray que Thomas Moubray, duc de Norvolc, tel comme il est, est « fauls traytres et desloyauls enviers vous et vostre royale magesté, à « vostre couronne, aux seigneurs et à tout le peuple de vostre « royaume. » Adont le roy demanda au duc de Norvolc : « Qu'en « dittes-vous, Thomas ? » Lequel respondi au roi : « Très-chiers sires, « à vostre congiet que je puisse respondre à vostre cousin , salve « votre révérence. Je dy que Henry de Lencastre duc d'Ervorde a « menti et ment de che que il a dit et vouldra dire sur moy , comme « faulx traytre et desloyauls que il est. » — « Hq ! nous avons assés a de chela oyt. » Et le roy commanda au duc de Sudrien, lequel estoit adont mareschal d'Eugleterre, qu'il arrestast de par lui les deux seigneurs.
« La journée fut àWindesore pour ouir les deux seigneurs, lesquels avoyent appelle l'un l'autre de traïson, et estoit le roi Richai t sur un grant eschaffaut, lequel fu fait en la place du castiel. Là fu le roy assis, et tous les seigneurs etprélas de son royaume, etlà fist-on venir le duc d'Ervorde conte d'Erby appellant. Apriès vint le duc de Norvolc conte Mareschal deffendant. Là commença à parler sire Jehan de
Boissy de par le roy, disant : « Entre vous, messeigneurs, vous pouce vés savoir que le duc d'Ervorde présenta une supplication à nostre « sire le roy, lequel est ychi en la chaière de justice pour faire « droit à tous ceulx qui le requerront, aujourduy , ainsi comme il « apartient à sa royale majesté. » Et il fu cryet et commandet trois jours durant de par le roy que nulle des deux parties de l'un costé , ne de l'autre fussent si hardit de porter aucunes armeures sur paine d'estre traynés et pendus. Et quant le roi Richart fut assis en la chaière de justice, il commanda à sire Jehan de Boissy qu'il fesist venir avant les deux seigneurs pour oïr leur cause que ils voloient dire l'un contre l'autre. Et le roy si leur fist demander se ils se volloient accorder et faire paix ensamble ou non, et que la paix fust le meilleur , ce dist le roy. Le connestable et le mareschal alèrent par le commandement du roy parler au duc' d'Ervorde et au duc de Norvolc , et leur prièrent de par le roy que ils' se voulsissent accorder et faire bonne paix ensamble, et le roy leur pardonnoit toutes leurs parolles et meffais que ils avoyent dis l'un contre l'autre et toutes coses que ils pooient avoir meffait encontre lui et son royaume. Et ils respondirent tous deux que jamais paix n'en seroit faicte. Et quant le roy ot entendu que ils ne voloyent faire paix, il commanda que on les fesist venir devant lui pour oyr leurs parolles et ce qu'ils vouldroyent dire.
« Adont un hérault crya de par le roy que le duc d'Ervorde et le duc de Norvolc venissent devant le roy dire chascun sa raison ou qu'ils fesissent paix ensamble. Et quant ils furent venus en la présence du roy et du conseil, adont dist le roy de sa propre bouche : « Faictes « paix ensamble, c'est le meilleur. » — « Sauve vostre grâce, trèsce chiers et souverains sires, il neporroit, dise le duc de Norvolc, garce dant mon honneur. » Adont dist le roy au duc d'Ervorde : « Henry ce dittes : quelle cose demandés-vous au duc de Norvolc , ou pourquoy ce vous ne faictes paix ensamble? »
ce Le duc d'Ervorde avoit un chevalier, lequel demanda congiet au roy et au conseil de parler pour le duc d'Ervorde, et on lui donna, et commença ensi : ce Très-chiers et très-souverains seigneur, cy est ce Henry de Lencastre, duc d'Ervorde et conte d'Erby , lequel dit et ce moy de par luy que Thomas Moubray, duc de Norvolc, tels qu'il est, ce est fauls et traîtres et desloyauls enviers vous et vostre royale ce majesté et à tout vostre royaulme, et dist le duc d'Ervorde et moy ce de par luy que Thomas Moubray, duc de Norvolc, a receu pour
« vous VIIIe mille nobles pour payer vos gens d'armes qui gardent « vostre ville de Calais, lequel n'a pas fait comme il devoit. Je dy que « c'est grant trayson et pour faire perdre vostre ville de Calais, et « aussy affions de toute la trayson qui a esté faicte en vostre royaume « puis dix-huit ans en ça ; et a fait par son faulx conseil et par sa « grant mauvaistié mourir et murdrir mon très-chier oncle le noble « duc de Clocestre, fils du bon roy Edouard, à qui Dieux pardoint et « fieu dou frère de mon très-chier et très-amé père le duc de Len- « clastre. Et dist le duc d'Ervorde et moy de par lui, qu'il le voelt « prouver de son corps contre le corps de Thomas de Moubray, duc de « Norvolc, tel qu'il est, entre deux solaux. » Adont le roy se courroucha et demanda au duc d'Ervorde se ce fu sa parolle, et il respondi : « Très-chers sires, oïl, et de ce vous requiers droit et la bataille « encontre lui. »
« Le duc de Norvolc avoit osy un chevalier bien ancien , lequel demanda congiet au roy de parler pour le duc de Norvolc, et quant il ot congiet de parler, il commença à respondre ainsi ; « Très-chiers « et souverains sires, veés-cy Thomas de Moubray, duc de Norvolc, « lequel respont et dit, et moy de par lui, que de tout che que Henry « de Lenclastre a dit et monstret, tel qu'il est, Thomas Moubray, « duc de Norvolc, dit, et moy de par luy, sauve la révérence du roy et « du conseil, que c'est toute mencongne ce qu'il a dit, et a menti faul- « sèment et mauvaisement comme fauls chevaliers et desloyauls, et a « estet et est plus grans et faulx traitres envers vous, vostre cour- « ronne et vostre royale magesté et vostre royaume que ne fut oneques, « ne de cuer, ne de fait. Ce vueil-je prouver et moi deffendre , comme « un loyal chevalier doit faire, de mon corps encontre le sien. Très- « chiers sires, je vous supplie et à vostre conseil de vostre royale « magesté qu'il vous plaise en votre royal discrétion considérer et « retenir en vous ce que Henry de Lencastre duc d'Ervorde, tel qu'il « est, a dit. » Adont le roy Richart demanda au duc de Norvolc se ce estoient ses parolles et se il voloit plus riens dire. Le duc de Norvolc respondi au roy de sa propre bouche : « Très-chiers sires, il est véri- « tés que j'ay receu tant d'or de par vous pour payer vos gens de « vostre bonne ville de Calais, ensi comme j'ay fait. Je dy que la ville « de Calais est ausi bien gardée et en vostre commandement comme « .elle fu onques, et aussi que nuls de Calais ne fist onques plainte « de moy vers vous. Très-chiers souverains sires, des voyages que
kotes. 299
« j'ay fais en Franche pour vostre très-noble mariage , je n'en receus « oncques autre or, ne autre argent par vous, ne pour le voyaige que « le duc d'Armarle et moy feisraes de par vous en Alemaigne où nous « despendimes grant avoir et grant trésor, et si est vray que je avoye « une fois mise une embusque pour tuer le duc de Lenclastre qui là « est assis, et est vérité que monseigneur le m'a pardonnet, et en a « estet faitte bonne paix entre luy et moy, de quoy je l'en mercye. a C'est ce que je vueil dire et respondre et moy deffendre à l'encon- « tre de lui. Je vous requier pour droit et pour la bataille en droit « jugement. »
« Adont onJ&st retraire' les deux parties, et le roy parla avecques son conseil, et après on appella les deux seigneurs de venir avant pour oyr leur responce. Adont le roy fist demander à yaulx deux se ils voloient fairfc paix ou non, et ils respondirent tous deux que non ; et le duc d'Ervorde geta sus son gaige, et le duc de Norvolc le receut. Adont le roy jura saint Jehan -Baptiste que jamais paix ne seroit faicte d'iaulx deux de par lui, et sire Jehan de Boissy dist de par le roy et de par le conseil , que le roy avoit ordonné et commandé qu'ils auroyent journée à Conventry sur un lundy en aoust, et là leur livreroit le roi lices et plache. »
Nous reproduirons ici la cédule que le comte de Derby remit au -roi pendant la session du Parlement le 30 janvier 1397 (v. st.).
« Fait à remembrer que le mesme jour de mesquerdy Henry duc de Hereford vient devant nostre sire le roy en Parlement, portant en -sa main une cédule, et disoit au roy que de son commandement il vient à sa honorable présence à Haywode, et après son venue illoèques le roy luy disoit comment il avoit entendu que le duc de Norffolc avoit parlé pluseurs paroles déshonestes en esclaundre de la persone nostre sire le roy, quelles paroles feurent parlées au dit duc de Hereford, comme le roy avoit entendues : sur quoi le roy chargea le dit duc de Hereford sur sa ligeance, qu'il diroit au roy loialment les dits paroles comme ils feurent parlés à luy ; et sur cela le dit duc de Hereford, du commandement du roy, non pas pur malice ou enemyté, n'autre cause, mais seulement pur obéier et applier au commandement du roy comme il est tenus, escript mesmes les paroles, queles le dit duc de Norftblc parla à luy, aussi avant comme il avoit conceus ^-et reportés dans sa mémorie, en substance en la dite cédule contenant les dits paroles, quele cédule le dit duc de Hereford bailla au roy ,
ovesque sa protestation sur cela faite , de quele le tenour s'ensuit : « Faisant protestation de accroistre ou amenuser toutes les fois et tant de fois comme à moy plerra ou besoigne ferra, sauvant toutefois la substance de mon ^iiejl : Sire , le mois de décembre, l'an de vostre règne XXI, le duc de Hereford en cheminant entre Braynford et Londres, le duc de Norffolc luy atteinoit à grant aleure et parlant ovesque luy de diverses matières, entre quelles luy disoit : « Nous « fumes en point d'estre deffaits. » Et le dit duc de Hereford demanda : ce Pourquoy ? » Et il respondist : « Pur le fait de Rodecot- « brigge. » Et le dit duc de Hereford disoit ; « Comment pourroit cela « estre ? car il nous avoit fait grâce, et le nbus a déclaré en Parle- « ment, disant : Que nous avons esté bones et loialx envers luy. » Et le duc de Norffolc respondy : « Nonobstant cela, il sera fait de « nous comme il ad esté fait des autres par devant, car il voulloit « adnuller celle record. » Et le duc de Hereford disoit que cela seroit grant merveille, puisque le roy l'avoit dit devant le poeple, que après il le ferroit adnuller. Et en outre le dit duc de Norffolc disoit que -c'estoit un merveillous monde et faux : « Car jeo say bien, dist-il, que « si n'eussent esté auscuns, monseigneur vostre père de Laneastre « et vous eussiés esté pris ou morts, quant vous venistes à Wynde- « sore après le Parlement, » et que les ducs d'Aumarle et d'Excestre, le conte de Wincestre et luy feurent asseurés qu'ils n'assenteroient jammès à deffaire seigneur sans cause juste et resonable, et que la malice de ce fait estoit en le duc de Surrey, le conte de Wilteshire et le conte de Sarum en tréant à eux le conte de Cloucestre, et qu'ils avoient jurés pur deffaire autres sys seigneurs, c'est-à-dire les ducs de Laneastre, de Hereford, d'Aumarle et d'Excestre, le marquys et luy. Et aussi disoit le duc de Norffolc qu'ils feurent purposés de reverser le juggement de conte Thomas de Laneastre ; « et ceo seroit déshireteson « à nous et à pluseurs autres. » Et le duc de Hereford disoit : «Dieux « défende ! car ceo seroit grant merveille, si le roy voudroit assenter « cella ; » car il luy avoit fait, comme luy sembloit, si bone chère, et luy promyst de luy estre bon seigneur. Et si savoit-il bien mesmes qu'il avoit juré par seint Edward d'estre bon seigneur à luy et à tous les autres. Et le dit duc de Norffolc respondi, en disant que aussi avoit-il fait à luy pluiseurs fois sur le corps de Dieu, et que pur cella ne luy affioit pas le mieulx ; et en outre il disoit al dit duc de Hereford que le roy estoit entour pur attraire le conte del Marche et autres
de Tassent et purpos des dits quatre seigneurs, pur destruire les autres avant dits. Et le duc de Hereford responïï en disant : « Si « ensi soit, nous ne purrons jammès affier en eaux. » Et le dit duc de Norffolc disoit : « Pur certein, noun ; car combien qu'ils ne puis- « sent accomplir leur propos à présent, ils feront entour de nous des- « truire nos maisons à dys ans de cy. »
Il semble résulter de ce document que RicKard II força le comte de Derby à se porter dénonciateur, et, en agissant ainsi, il voulait peutêtre le perdre. Le comte de Derby conçut tout au moins cette crainte , car le lendemain il pria le roi de lui confirmer le pardon de ses anciens méfaits ;
« Le joefdy proschein ensuant, le duc de Hereford en plein parlement genulant humblement devant le roy , disoit à luy : « Mon sei- « gneur liège, jeo say bien que pluseurs riotes, troubles et malfaits « ount esté faits deins votre roialme, en offence de vous et de votre roial « estât, en lesqueles j'ay esté mesmes présent entre autres, nenny à « maie entente, ne purpos de vous offendre, ne sachant mye adon- « ques qu'il feust auscun coupe ou offénce encontre vous ; mes, monte seigneur, pur ce que ore jeo connus bien et confessay mes offenses « et malfaits en celle partie, pur quoi, monseigneur, jeo vous crie « mercy et vous supplie de moy pardonner. » Sur quoi nostre seigneur, le roy graciousement acceptant la humble prière et confession du dit duc, luy ad graciousement pardoné en plein Parlement tout ce qu'il ad fait en les choses sus dits et quant que à luy appertient pur ycelles, et, en outre, luy ad granté bon seigneurie. Et plus outre, le roy tesmoigna, recherceant la matère avant dit à tout Testât du Parlement, comment il luy ad ent fait plein pardon. » (Rotuli of Parliament , tome III, pp. 360 et 367.)
Le comte Maréchal était absent lorsque le comte de Derby Taccusa. L'un et l'autre furent appelés à Windsor le 28 avril 1398, et comme aucune preuve n'était produite , Richard II ordonna le combat singulier qui fut fixé au 16 septembre à Coventry.
Jusqu'en France on murmura beaucoup de ce que le roi Richard autorisait pour des motifs si futiles le duel judiciaire entre deux princes de son sang. Charles VI envoya vers Richard II un ambassadeur chargé d'insister pour que le combat n'eût pas lieu et pour se plaindre aussi de l'inexécution de certaines conventions arrêtées naguère aux conférences de Calais :
Instruction pour Mre Nicole Paynel chevallier envoyé par le roy vers le roy d'Angleterre. Il a charge de traicter touchant le gaige de bataille ai jugé par le roy d'Angleterre entre le duc de Herford (autrement Henry de lancastre) d'une part et le duc de Norfolk , et doibt faire instance envers ledict roy d'Angleterre de ne souffrir qu'ils en viennent an combat ; que le dict duc de Herford est fort proche de la couronne d'Angleterre comme fils de fils de roy et aussy descendu de la maison de France, et le duc de Norfolk descendu de la maison d'Angleterre.
« Premièrement présentera les lettres du roy à son dict fils le roy d'Angleterre et de par luy le saluera, [et] lui dira le désir qu'il a de savoir tousjours sont bon estât, et aussy luy dira celuy du roy en la manière accoustumée.'
« Après luy dira que le roy a entendu par plusieurs qui luy ont raporté, qu'il a eu parolles de gaige de bataille entre le duc de Herford d'une part et le duc de Norfookk d'autre, en quoy tant a esté proceddé que ledit gaige est adjugié.
« Item que considéré Testât et le lignage dont est ledict duc de Herfford, lequel est sy prochain de la couronne d'Angleterre comme fils de fils de roy et aussi est descendu de la maison de France et bien prochain parent du roy, et aussy est le dict duc de Norfookk descendu de la maison d'Angleterre et en porte les armes, et est aussy parent du roy, le roy a grand desplaisance qu'il ait tele matière entre eulx, pour laquelle ledict gaige doie avoir esté adjugié.
« Item que le roy prie son dict fils le roy d'Angleterre que... principallement il vuille avoir considération à Testât et au lignage du dit duc de Herford et aussy du dict duc de Norfookk, et que la cause pour laquelle ]fi dict gaige a esté adjugié, n'est, comme l'en dit, que pour aucunes parolles qui ont esté dites entr'eux, qui touchent la personne du dict roy d'Angleterre, et que souvent l'en dit des paroles légèrement, et néanmoins ceux qui les dient, sont autrement bonnes gens et prodommes , et garderoient tousjours leur loyauté vers leur roy et leur droitturier seigneur , et mesmement que en tel matière un tel roy comme il est, se doit tousjours plus monstrer débonnaire que rigoreux, et que, les choses dessus dictes considérées, il ne baille mie que le dit gaige soit oultre, ensemble au roy que il fera bien et son honneur, se par sa débonnereté il sauve Tonneur des parties le plus que faire le pourra bonnement.
« Item luy dira et exposera la bonne amour et union qui est et doit estre par raison entre les dis seigneurs, et laquelle le roy a de sa ' partie envers ledit roy d'Angleterre son fils pour raison du mariage qui a esté faict si solennelment de lui et de la fille du roy, duquel mariage au plaisir de Dieu istra de beaux hoirs, dont plusieurs grands biens vendront, se Dieu plest, en crestienté.
« Item que il scet bien comment au traictié du dit mariage afin que amour et union fussent gardés entre le roy et lui, ils prindrent trêves entr'eulx jusques à XXVIII ans à compter du jour que les autres trêves de quatre ans qui par avant avoient esté prises, faudroient, lesquelles avoient lors encores à durer deux ans et doivent commencer lesdites trêves de vingt-huit ans à la feste Saint-Michiel prochain venant, lesquelles trêves de vingt-huit ans furent jurées solennelment par lesdits deux roys et par plusieurs grans seigneurs d'un costé et d'autre, et dévoient estre publiées partout où il apartiendroit dedens la fin des dits deux ans que les dites trêves de quatre ans avoient encores à durer.
« Item combien que le roy de sa partie ait fait crier et publier les dites trêves par tous les lieux où il apartenoit dès assés tost après que elles furent prinses, néantmoins le dit roy d'Angleterre ne les a encores faict publier fors en la marche de Picardie, et ne ont point esté criées, ne publiées de sa part en Guienne, laquele chose il devoit faire faire selon la forme d'icelles trêves, pour quoy ceux qui tiennent son party ou dit pays de Guienne, dient et se vantent publiquement qu'ils feront guerre la feste Saint-Michel passée.
« Item que le roy envoya pièça devers son dict fils le roy d'Angleterre premièrement maistre Taupin de Chantemelle chevalier son maistre d'hostel, maistre Guillaume de Cantiers docteur en décrès ses conseilliers et maistre Jean de Sains son secrétaire, et après maistre Robert de Boissay chevalier et son maistre d'ostel, et maistre Robert Cordellier maistre des requestes de son dict hostel et ses conseillers, par lesquels messages il fist sommer et requérir ledit roy d'Angleterre son fils que lesdites trêves fist publier en Guyenne ainsy comme il le estoit tenu faire par la fourme du traictié dessus dict ; mais jà-çoit-
ce qu'il eust repondu., encores aux dis maistre Robert de
Boissay et maistre Robert Cordellier, que dedens la feste de la Nativité Saint Jehan-Baptiste dernière passée il envoieroit de ses gens pour les faire publier et tenir selon la forme d'icelles , jà-çoit-ce aussy que
depuis là dite feste Saint -Jean ii ayt escrit au roy que pour aucuns grands empeschernents qu'il avoit eus, il ne y povoit encores avoir envoyé, mais que sans faute il y envoyeroit hastivement , toutesvoies il n'en a encores riens faict, dont le roy se donne grand merveille et non sans ceuse.
a Item que s'il advenoit que les gens de la partie dudit roy d'Angleterre commençassent la guerre, il seroit nécessaire au roy de y pourvoir si comme il apartient pour garder son peuple et son honneur.
« Item que le roy ne pouroit avoir plus grand déplaisir que quelque guerre se commençast entre eux, qui ne seroit mie par sa coulpe, et que les sermens et convenances qui ont esté fais et faites entr'eux de tenir et garder lesdites trêves fussent ainsy rompues par la partie du dit roy d'Angleterre, pour quoy il luy fait savoir ces choses afin qu'il y pourvoie de son costé telement que son honneur y soit gardé, et aussy que, se il avoit autre intention, laquelle chose ne peut bien cheoir en la pensée du roy, il la luy face savoir pleinement, ainsy comme entre deux tels roys comme ils sont se doit faire.
« Item dira audict roy d'Angleterre que les parolles et choses dessus dictes ne doibt point prendre à déplaisance, car considéré qu'il a jà deux ans que les dictes trêves furent prinses, dedens lequel temps ledit roy d'Angleterre eust bien peu faire crier et publier les dites trêves s'il eust voulu, ainsy comme il estoit tenu faire selon la forme d'icelles trêves, le roy a nécessité de savoir son intention sur ce sans plus de délay.
« Item, se il disoit qu'il envoieroit pour faire publier lesdictes trêves, pouront dire que le terme est moult brief, et, comme l'en dit, les gens du parti du dit roy d'Angleterre se vantent de commencier la guerre tantost passé la dicte feste Saint-Michiel, et, se il y envoie gens d'estat pour ce faire sicomme il en est besoin, ils ne pouront estre en Guienne que ledict terme ne soit venu, pour quoy ii sembleroit expédient que ou dit cas il envoiast hastivement un seur message avecques ses lettres adreçans là où il appartendroit pour faire cesser la voie de fait et tenir la chose en suspens jusques ses dis messages y soient.
« Item lui dira que selon la forme des trêves, pour ce que les partis d'une part et d'autre estoient trop excessifs, il fu appoinctié que certaines personnes seroient esleues et commises d'un costé et d'autre, qui briefvement les accomoderoient et diminueroient ainsy comme ils
verroient estre à faire ; mais, combien que le roy ait envoie de sa partie le conte de Saint-Pol son cousin et maistre Guillaume le Bouteillier chevalier et maistre Nicole de Rancé ses conseilliez, et qu'ils ayent faict leur dilligence de comparoir en certains lieux et à certaines journées, auxquels et auxqueles dévoient comparoir ceulx de la partie d'Angleterre, toutesvoies la besoigne demoura sans estre aucunement mise en ordenance , pour quoy requerra ledict roy d'Engleterre que à ce vueille pourvoir de sa partie par manière que ladicte modération se face afin que le peuple puist estre aucunement relevé et que par défaut de ce aucun inconvénient ne se ensuie.
« Item, aussy luy dira que jà-soit-ce-que, à l'assemblée faicte à Calais, quant les noces du mariage furent faictes où furent ledict roy d'Angleterre et nos seigneurs les ducs de Berry, de Bourgongne et de Lencastre, il fu appoinctié et acordé que le quart des pactis du pais de Guienne seroit quittié du tout d'un costé et d'autre pour le temps passé jusques à certain temps à venir , et jà-çoit-ce-que le roy de sa partie ait bien voulu faire tenir le dict appoinctement, néantmoins ceux de la partie dudict roy d'Angleterre ne le ont voulu tenir, pour quoy le roy fist parler de cette matière audict roy d'Engleterre par lesdit maistre Taupin de Chantemelle , maistre Guillaume de Cantiers et maistre Jean de Sains, ausquels il répondi qu'il y pourveroit et feroit tenir ce qui avoit esté ainsi apoinctié ; mais encores n'en a esté aucune chose faite, pour quoy les povres gens ont esté et sont chacun jour moult grevés par marques et autrement. Si requerra le dit roy d'Angleterre qu'il y pourveoie affin que ledit appoinctement soit tenu de sa partie.
« Item lui parlera des raençons du païs de Normendie et des isles de Guernesy et de Jarsy, sur quoy ledit maistre Nicole a eu autrefois commission du roy pour en traittier, et mettra dilligence que la besoigne preingne appointement selon le povoir à lui autrefois donné. » {Bill. Nat. deParis, mss. Brienne, 34.)
Richard III condamne à l'exil le comte Maréchal et le comte de Derby (pp. 101-108). Lorsque le 16 septembre 1398 les deux adversaires se rendirent àCoventry, le comte de Derby fut banni du royaume d'Angleterre qu'il devait quitter avant le 13 octobre. Le comte Maréchal, également banni, était autorisé à y rester une semaine de plus , mais son exil devait durer toute sa vie. Il semblait que cette sentence eût pour objet de calmer l'opinion publique qui reprochait au comte Maréchal la triste fin du duc de Glocester.