XVI. — FROISSART
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du païs de Lombardie, par laquelle alquemie, souvent à Dieu ennemie, par grans ruisseaux la monnoie est multipliée. A mon propos, se de ceste monnoie le traictié proposé prendra sa substance, aucuns doubte voient que Tune partie du merchié du traictié ne se deust repentir, voire pour la grant perte qui s'en pourroit ensuir, comme il est dit des merchans substouciés.
« Cy propose Vaucteur deux manières d' alquemies, l'une juste et approuvée, Vautre faulce et réprouvée, et II. tour ses aussi.
« Or soit dit plus plainement à men instruction de la dicte alquemie en cest monde tant désirée, qui est double. L'une est dicte et appellée le juste alquemie par les loys ainsi appellée et approuvée, laquelle fait les bons flourins qui passent franchement à l'examen du feu, du duchiment et de la touche ; l'autre alquemie est appelée Ne-s'i-fie, apparant et fardée, et fait les flourins reluisans, mais à l'examen sustoucié ils sont trouvé tous faulx de cuivre, d'argent et d'aucun métail ; et de tels florins le monde est engignié, voire par une fallace d'apparance. Encores des deux dessus dittes alquemies, desquelles la monnoie est réservée c'est-assavoir en deux bourses , l'une bourse est appellée Libéralité, c'est la bourse de la juste alquemie ; et l'autre bourse est appellée Desplaisance, c'est la bourse de la faulse alquemie.
« Ci propose Vaucteur la nature des deux oourses de la monnoie
des dictes alquemies.
« Encores est assavoir , parlant moralment et à bons entendeurs, que la bourse de la juste alquemie , pour ce que les flourins qu'elle a en garde, ne sentent point de faulx aloy, elle les retient et garde sans perte ou péril au prouflit de son maistre. Et par le contraire la bourse de la faulse alquemie, pour ce
que les florins qu'elle a en garde, sentent de fauls alloy et par espécial de souffre qui est corrosif en procès de temps, la dicte bourse au fons se treuve toute treuée et ne peut retenir les faulx florins. Quel merveille ? car au forgier mesme, qui n'est point fermes , ne arrestans, fu moï'en au dorer, tout est tourné en fumée. Et ce souffise des deux bourses sans autre exposition, car elles sont assés entendables par tout les royaumes de la crestienté, c'est assavoir à men propos pour parvenir à la fontaine de laquelle , par la grâce du souverain alquemiste, la monnoie sera trouvée, de laquelle et par laquelle, par la prière de la Vierge Marie, nous pourrons recouvrer et racheter mes très-amés seigneurs prisonniers et leur compagnie lacrimable, voire s'il plaira à Dieu que ou dit prince des Turs l'en puisse trouver traictié raisonnable et tollérable.
« Vaucteur monstre et exhorte que on se doit garder de Vune des bourses et aherdre soi à Vautre.
« Mon très-singulier seigneur , parlant à grant amour et parfonde révérence , ne au roy , ne à vous, ne à mes autres seigneurs ne soit donné à entendre que de la monnoie de la faulse alquemie on puist fermer son règne, ne finablement enrichir sa lignie. Mon très-amé seigneur, pour trouver donques la rançon de vostre très-amé fils monseigneur, se le traictié se fera, deux bourses vous sont présentées, yxxi ne sont pas desgarnies en cestui royaume grandement navré et flagellé. L'une si est juste , licite et de Dieu approuvée ; c'est assavoir la bourse appellée Libéralité. L'autre si est la pomme à Eve et à Adam en paradis de Dieu défendue et par l'annemy présentée, par le mengier de laquelle Adam et Eve orent vergoingne l'un de l'autre et se trouvèrent de joye despouillié , confus, tristres et nus. Ceste bourse est appellée Desplaisance ; elle est de Dieu et des preudommes haïe et réprouvée, et se peut dire certainement que en la fin la sustance de icelle est tournée en fumée comme vent, comme il fu dit dessus.
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« Or vous souviengne , mon très-amé seigneur , des deux bourses proposées, et vous gardés de l'une comme de venin, combien qu'elle soit apparant et en la fin décevant, c'est-assavoir de la bourse appellée Desplaisance, car tout ce qui vient de lui, apporte sa malédiction avecques lui et en la fin ne proufite ne à lui , ne à autrui ; mais en la matière proposée et en tous les autres fais , mon doulx seigneur , aherdés-vous à la bourse appelée Libéralité , et vous trouvères monnoie en grant planté au propos, et vous serés consollé, laquelle chose Dieux, par sa grâce, vous veuille octroier !
« Laucteur récite un exemple notable dun roy de Cipre quifu trahy de son propre frère et mis en prison, par lequel exemple peut apparoir que la bourse appellée Libéralité fu souffisante au roy en sa grant neccessité.
« Or vous plaise oïr un example, mon très-amé seigneur, par lequel si sera bien mis en euvre que la bourse libéralle sera souffisante non tant seulement pour racheter nos lacrimables prisonniers, mais pour vengier la honte de toute le crestienté. Il peut avoir environ IIIIXX. ans que le derrain roi de Jhérusalem crestien qui tint une partie de la Terre-Sainte, après la perte de la derreine cité du royaume , c'est-assavoir la cité d'Acre perdue , le dit roy, appelle Henry de Lizignen se retrait en Cipre, et toute sa chevalerie, les Templiers et Hospitaliers et le remenant de la crestienté catholique d'Orient. Cestui roy Henry, prodomme et bien amé de ses subgès et de toute manière de gens, avoit deux frères, grans princes et puissans. L'un estoit appelle le seigneur de Sur, et le mainsné Almauri. Après aucun temps de gouvernement bel et bon du dit roy Henry, son propre frère le seigneur de Sur, par ambition de régner ou royaume de Cipre, par cruelle traison, par le moïen d'aucuns barons qui n'estoient pas bien preudommes fist tant et traicta tant, sans que le preudomme roy son sei-
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gneur et son frère s'en peust appercevoir , que soudainement le roy fu prins et en une galée menés ou royaume d'Arménie , qui lors estoit de crestiens catholiques, et de par le seigneur de Sur le roy fu mis en un chastel fort prisonnier et mis en garde du chevalier seigneur du chastel de par le seigneur de Sur traitre à son seigneur naturel et à son propre frère. Ce fait, le dit seigneur de Sur régna comme tirant ou royaume de Cipre contre la voulenté du peuple et de tous les chevaliers communs du royaume, voire par la faveur d'aucuns grans barons et autres chevaliers, par force d'argent et par publique tirannie.
<( Comment le traitre fu mort et le roy fie ramené en Cipre à
grant joie de tout le royaume.
« Pou de temps passé, les loyaulx chevaliers du royaume secrètement parlèrent l'un à l'autre et tant firent que un chevalier de grant linage, que le dit seigneur de Sur avoit nourry petit enfant et l'avoit fait son chambellan, occit et murdrit le dit seigneur de Sur son seigneur en sa chambre eisie. Cestui chevalier fu oncle de messire Simon Tinomi que vous congnustes bien, mon très-amé seigneur, qui fu vaillant chevalier et très-bien amé du roy Jehan vostre très-amé seigneur et père. Mort le traitre, les chevaliers du royaume armèrent gallées et alèrent en Arménie et ramenèrent leur roy et seigneur à Nichosie en son palais royal à grant gloire et commune joye de tout le royaume. Le roy tint son parlement, cest-assavoir ses assises à la coustume du royaume, et, par le conseil de ses barons et de ses hommes liges, fist justice des traîtres qui se porent trouver, en bannissant les autres, et demoura en son royaume paisiblement et très-povre, car son frère traitre par sa tirannie avoit gasté tout le demaine du roy, tout son trésor et tous ses joyaulx, et se trouva le roy si povre et si endebté qu'il n'avoit de quoy il peust soustenir son estât royal.
Or est-il temps pour venir au propos pour lequel l'istoire a esté proposée.
« Comment les trois estas du royaume de Cipre, sans estre requis, présentèrent au roy un subside général et pluseurs autres choses gracieuses.
« Le clergé , les barons , les chevaliers et les bourgois du royaume de Cipre, veans à grant douleur que le roy n'avoit de quoy il peust soustenir son estât royal à leur honneur et à l'onnour de la crestienté, de commun aecort vinrent au roy et lui offrirent un subside général sur eulx et sur tous leurs subgès tout à sa voulenté, et lui offrirent vesselle d'or et d'argent et joyaulx appartenans à sa royale majesté, chevaulx, mules , paremens et toutes choses neccessaires appartenans à la magnificence du roy.
a Comment le preudomme et taillant roy naturel remercia à ses sulgès, et pour non grever son peuple il n'en vault oncques rien prenre.
« Quant le vaillant et preudomme roy vit le grant amour et honneur que ses subgès lui monstroient , il ot parfète joye. Il remercia Dieu et ses loyaulx subgès de ce qu'ils Tavoient jette de prison et restitué en son royaume , et singulièrement les remercia de la grande offerte générale et des joyaulx et autres choses qu'ils lui avoient présenté, et dit ainsi en substance : « Mes frères, mes amis et mes loyaulx subgès, il a pieu à Dieu « que aujourd'hui je sui nouviau roy en Cipre ; je vous devroye « donner du mien grandement à chascun de vous, car bien le « m'avés desservy, et non pas prendre du vostre. Se je ne me « sçai gouverner par la grâce de Dieu du remenant du demaine « royal qui m'est demouré , combien qu'il soit petit, mal me
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« sauroye gouverner selon Dieu de vostre large offerte, de « laquelle je vous regracie de rechief, et soies certains et con- « tent que de tout ce que vous m'avés offert par vostre grâce « et par vostre courtoisie, je n'en prendray ung seul denier. » Ne oncques ses subgès ne lui sorent tant prier qu'il en voulsist rien prenre.
« Comment le vaillant roy restraint la despense non neccessaire et en partie neccessaire de sa royal majesté et en brief temps fu plus riche qu'il navoit esté devant ; et comment la bourse libérale pourra fournir tout ce qui en la mater e sera à faire.
« Le vaillant roy et preudomme en présence de ses chevaliers privés solennelment promist à Dieu et voa que jamès il ne mangeroit ou buvroit en vaisselle d'or ou d'argent, ne tous ceulx de sa court, jusques à tant qu'il eust acquité tout son demaine et paie toutes ses debtes. Il retrensa robes, chevaulx , dons et autres magnificences royales accoustumées , sans desplaisance de nul de ses subgès, et Dieu lui fist grâce et multiplia tellement son demaine que dedans deux ans après il fu quite partout , et fu plus riche qu'il n'estoit quant il fut mené en Arménie. Il vesqui bien longtemps après et gouverna bien le royaume et mourut en Dieu à bonne renommée. Ceste histoire me racontèrent, cinquante ans a passés, ou royaume de Cipre, pluseurs anciens chevaliers qui avoient esté présens à tout ce qui dit est dessus. Le dessus dit roy Henry dé Jérusalem et de Cipre fu oncle du roy Hugue, père du très-vaillant roy Pierre qui fu très victorieux contre les Sarrasins et les Turs. Et ce souffise du dit example assés nouvel pour démonstrer la sainte alquemie de la bourse appelée Libéralité et que la dicte alquemie est en Dieu souffisante pour bien emplir de juste monnoye la bourse libérale et pour accomplir de la dicte monnoye toutes les neccessités cotidiennes et communes d'un grant prince. Et quant es pesans fais survenans comme est
le piteux cas dont ceste épistre est confitte et toute arousée de larmes, je ne dy pas que l'espargne du demaine puisse accomplir la dicte rançon ; car à la rançon du benoist saint Loys , oultre l'argent de son demaine, il ot mestier d'aide et le trouva doulcement. Quel merveille ? car la dicte aide fu prinse en la bourse libéralle et non en la bourse desplaisante. La règle doncques générale de emplir la bourse de la sainte alquemie selon l'example du prodomme roy Henry, si est de restraindre les estas et garder soy de despense non neccessaire , tenir vérité en bouche et païer ses despens et ses debtes et principaument ce qui touche à Dieu ou au moins entrer en paie et apaisier les personnes auxquels on est tenu. Et ce faisant sans fixion, par le moïen de madame Discrétion, de tous les amis et subgês, en cas de neccessité leur bourse jadis appellée Desplaisance ils baptiseront, et sera de nouvel appellée amoureuse Libéralité pour accomplir l'amour et honnour de Dieu et du proisme au propos en vraie charité.
« Une conclusion par manière de récapitulation des modérations et finances touchans selon Dieu au traictié pour recouvrer nos prisonniers.
« Et ce souffise en gros d'aucuns poins et modérations qui pourroient touchier au traittié par lequel nous devons désirer de recouvrer par la bonté de Dieu mes très-amés seigneurs prisonniers, et de la grosse sustance aussi de trouver la finance et rançon du traictié dessus dit. Et est expédient, pour un ouvrage bien fonder sur une pierre, que on se doit fort garder de riens prenre de la bourse treuée qui est appellée Desplaisence et de la faulse alquemie qui est appellée Fol-s'i-fie. Et ce soit dit quant au traittié. Or fault venir à la voye de fait , qui doit estre toute preste ou cas que le traictié faudra.
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« Un prologue pour tenir à la voye de fait et faire bonne guerre au dit Baxeth et à sa génération de Turquie.
« Il est dit en proverbe qu'il est bon d'avoir deux cordes en son arc ; car, se l'une fault, l'autre soit trouvée toute preste. Se le traittié proposé n'aura bonne conclusion, il est de neccessité de venir à la voie de fait pour recouvrer messeigneurs. Et est bien raison que le traictié voist devant, car c'est raison, justice et équité, c'est assavoir de offrir à amis et à ennemis ausquels on a aucune querelle, traictié raisonnable par lequel on prent Dieu et droit pour lui par amende en sa cause. Or venons ou nom de Dieu à la voie de fait pour recouvrer ce que nous désirons et amender nostre très-grant vergoingne, je di nous tous, les roys et princes crestiens catholiques, et par espécial le noble roy de France et sa haulte lignie. Dont il est assavoir que la voie de fait si est, sans figure en la matière, par la grâce de Dieu de faire bonne et forte guerre à ce prince turch 'Baxeth et à sa génération de Turquie ; car autrement, le dit traittié défaillant, mes dis seigneurs ne pourroient estre recouvré, ne la villennie tant de fois reppétée ne porroit estre amendée.
« Or venons à la pratique neccessaire de faire bonne guerre aux ennemis de la foy, et veons par quelles gens d'armes de la crestienté la dicte guerre se fera. On peut assés congnoistre la puissance dudit Baxeth et de sa chevalerie et l'expérience en son host bien gardée de la discipline de moralle chevalerie. Et pour ce il est de pure neecessité que les gens d'armes qui emprenront la guerre contre les dis Turs, en Dieu soient bien regullé et du douls Jliésus leur patron continuelment gardé et conforté. »
Il faut qu'on se hâte d'établir la chevalerie de la Passion de Jésus-Christ :
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« Comment la chevalerie de la Passion de Jhésu-Crist tant de fois répétée doit estre créée et mise sus par les roys de France et d'Angleterre et des autres roys de la crestienté par le vaillant et sage pourchas du noble duc de Bourgoingne.
« Dont il est assavoir que des trois estas et degrés des combatans crestiens il est assés dit et déclairié en ceste épistre, lesquels sont mieulx tailliés et disposés d'estre bien régulés, c'est assavoir le nouviau peuple d'Israël esleu de Dieu : c'est la sainte chevalerie de la Passion de Jhésu-Crist ainsi intitulée, non dérogant pour ce as deux autres estas des combatans de la crestienté. La ditte chevalerie doncques sera créée et assemblée en un corps mistique après Dieu par tous les roys et princes de la crestienté, c'est assavoir par leur commandement ou consentement et bénivolence, voire des chevaliers et combatans de leurs propres royaumes et seignouries, et principaument par le trèscrestien roy de France et par son très-amé fils, frère et cousin le noble roy d'Angleterre, et par leurs princes, voire parle moïen de la haulte vaillance, prudence, expérience et sapience du trèspoissant et très-noble prince Phelippe de France, duc de Bourgoingne, conte de Flandres et seigneur de pluseurs autres seignouries. Ceste euvre singulièrement est vertueuse et méritoire et plaine de miséricorde, c'est-assavoir pour réprimer la force des annemis de la foy et réparer la crestienté et pour assambler les vaillans combatans et esleus de Dieu en une sainte congrégation, et vivre saintement en commun à la lettre régulée et sans péchié mortel, comme faire se pourra par grâce de Dieu singulière. Ceste noble chevalerie, au douls Jhésu dédiée pour la bataille de Dieu, pour rebuter à ses propres despens les ennemis de la foy qui sont venus trop avant pour nos péchés, soit mise sus et de fait pourchassée devers les roys et princes de la crestienté et singulièrement devers les puissans roys de France et d'Angleterre, combien qu'il appartenist mieulx à chascun roy en personne, sans attendre l'un l'autre, que à autres crestiens, pour ce
LAMENTABLE ET CONSOLATOIRE.
qu'ils sont plus villainement blecié que les autres, c'est-assavoir d'assambler et mettre sus et ordonner la dicte chevalerie chascun en son royaume. Toutefois il se peut dire que à présent ceste commission, et de par Dieu et de par tous les rovs et preudommes de la crestienté, vous doit estre réservée, mon trèsamé seigneur , pour vostre sapience et vaillance. Quel merveille ? Il se dit en proverbe, qui a mestier du feu, au foyer le quiert. En la matière lacrimable vous estes des plus bleciés ; vostre plaie est si grande et si doloureuse que vous ne devés pas arrester jusques à tant que vous aies trouvé la médicine que Dieux vous présente par son povre message, un très-vil et viel grant pécheur, cest-assavoir la ditte médicine pour ia garison' de vostre plaie : c'est la sainte chevalerie de son amère Passion, par laquelle toutes maladies sont sanées et les tristesses en joie retournées.
« Un petit prologue pour la pratique de mètre sus la dicte
chevalerie.
« Et fu dit assés largement en ceste présente épistre, que par défaulte de règle toutes les desconfitures qui ont esté en cest monde, ont pris leur fondement quant à ceulx qui ont été desconfis. Puis doncques que par la grâce de l'Aingnelet occis, nous trouvons chevalerie en Dieu bien régulée, nous devons avoir bonne espérance en Dieu que nos deux conclusions désirées vendront à bonne fin, c'est-assavoir recouvrer nos prisonniers et vengier la honte commune de la crestienté.
« Or fault venir à la singulière déclaration de la dicte chevalerie et à la manière en gros de l'assambler et de la mettre sus.
« Comment la chevalerie du Crucefix une en substance sera t relie en trois congrégations, et la première se mettra sus ou royaume de France.
« Mon très-amé seigneur, l'intention de ceulx auxquels Dieu
EP1STKE
a inspiré ceste chevalerie , sicomme doulcement ils croient , si est que la dicte chevalerie de tous les royaumes de la crestienté doie en sa pollicie et gouvernement estre une en substance, c'est assavoir en non, en habit, en règle, en manière de vivre en commun et d'une seule bourse, de laquelle congrégation le prince de la chevalerie sera chief, auquel et à son grant conseil de la chevalerie tous obéiront libéraument selon les règles escriptes de la dicte chevalerie. Et pour ce que la dicte chevalerie, par la bonté de Dieu, emprendra la plus haulte et la plus noble emprise en Dieu, qui ait esté en la crestienté, grant temps a, ne onques en sa fourme, et aura à faire à diverses générations des ennemis de la foy, pour ce est-il expédient de pourveoir à la manière de l'assambler et comment elle procédera contre les ennemis de Dieu. Dont il est assavoir que pour le mieulx ceste noble chevalerie à la lettre régullée, qui en substance, comme dit est, sera une, en Feffect de ses oppérations et batailles sera trèble pour la conservation et secours de la crestienté. La première chevalerie, quant à sa première assemblée, par vostre bon pourchas, mon très-amé seigneur, sera ou royaume de France, auquel royaume, c'est assavoir aux subgès du royaume, Dieu l'a premièrement et doulcement inspirée. Et ou dit royaume, en présence des saintes reliques de la Passion du doulx Jhésu-Crist et par la main du roy et de ses princes royaulx, prendra son fondement, qui sera ferme sur la pierre que l'apostre saint Pol tant loua, et l'abit et les ensaingnes de la dicte chevalerie, c'est assavoir qu'elle sera assemblée de la chevalerie et combatans du royaume de France et des régions voisines au dit royaume, comme il est escript en la règle de la chevalerie. Encores elle sera assemblée des chevaliers et combatans des royaumes d'Angleterre et d'Escosse et de toute Ytallie, c'est-assavoir de Lombardie, de Thoscane, des régions d entour Rome , du royaume de Napples et du royaume de Sécille. Et tous les cinq royaumes avec les régions subsdites et voisines feront et seront la première chevalerie, de laquelle le prince sera chief, comme il est dit dessus.
LAMENTABLE ET CONSOLATOIRE. 493
« Comment la seconde et la tierce chevalerie seront assamllées, V une en Alemaingne et es royaumes d'entour, et Vautre es royaumes des Espaignes.
« La seconde chevalerie se fera de la chevalerie et des cornbatans de la haulte Alemaingne et de la basse Alemaingne, des royaumes du Norewègue , de Suèse , de Danemarche et de Prusse, de Pollaine, de Behaingne, de Honguerie et des régions d'entour , comme il est escript en la règle. La tierce chevalerie sera de la chevalerie et combatans des royaumes des Espaingnes, c'est-assavoir du royaume de Castelle, de Portingal, d'Arragon, de Navarre et de May orque.
<; Ceste sainte chevalerie en une fraternité, une en substance, en nom, en habit et en règle, et trois en opérations diverses, par meur conseil et pour causes neccessaires et convenables, doit estre non pas divisée, mais ordonnée et régulée en trois policies, en trois turmes et batailles pour les causes neccessaires à présent cy-dessus divisées, combien que es livres de la règle de la chevalerie aucune mention ne soit pas faite. Quelle merveille ? car quant ils furent escrips, la corde ne touchoit pas si près au bras, comme elle fait à présent, dont c'est grant dolour ; car Baxeth n'avoit pas mis le pié si avant à la desconfiture des crestiens catholiques , comme il a fait naguères. Si est expédient de pourveoir par la dicte chevalerie en pluseurs lieux contre la puissance dudit Turch Baxeth.
« Comment la première et principale partie de la chevalerie assemblée en France et es royaumes tfentour pourra aler à Venise et 'par mer tout droit en Turquie pour parfurnir son emprise, pour recouvrer nos prisonniers et vengier la honte de Dieu et de la crestienté.
« Or soit dit ou nom de Dieu des trois chevaleries, une en
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substance et trèble quant à son effect, la chevalerie de France, d'Angleterre, d'Escoce et d'Ytalie , laquelle sera par la grâce de Dieu premièrement commenciée et mise sus par les roys et princes royaulx es royaumes et régions, et pourra aler tout droit à Venise et par mer férir en Turquenie, en la naturelle seignourie du dit Baxeth ; car qui veult mettre à mort le serpent, l'en le doit férir en la teste et non pas en la queue. Et raisonnablement ce faisant par la ditte chevalerie , Baxeth devroit abandonner les royaumes et empires qu'il a conquis, et son père, en la crestienté, pour secourir à sa seignourie naturelle, comme fîst Hannibal qui^ivoit asségié Romme, quant le travaillant Cipion ala en Aufrique, dont Hannibal estoit rois. Et est à croire doulcement que, se Dieu verra la bonne disposition . des roys, des princes et de la chevalerie de France, d'Angleterre et des autres royaumes, et que la dicte chevalerie se veuille habiliter de prendre règle en Dieu pour l'amour de lui, qu'il fera croistre la dicte chevalerie taut qu'ils seront en brief temps XL, IIIIXX ou Cm combatans tout d'un habit et d'une règle en Dieu approuvée. Et seront assés fors par la bonté de Dieu pour furnir leur emprinse et tant faire qu'ils pourront recouvrer nos prisonniers crestiens et faire une grant conqueste en vengant la vergoingne des princes crestiens et principaument de Dieu. Et ce souffise quant à la première et souveraine partie du corps trèble en oppération de la chevalerie de la Passion du benoit fils de Dieu, c'est-assavoir de la dicte chevalerie prinse en France et es royaumes d'Occident.
(( Cy déclaire Vaucteur les conditions de la seconde partie, de la chevalerie d'A llemaingne et iïentour, de son volage et de son chief.
« Quant à la seconde partie de la chevalerie, qui sera prinse en Alemaingne et es royaumes d'environ, comme il est dit dessus, raisonnablement , se Dieu apparcevra qu'ils se veuillent
LAMENTABLE ET CONSOLATOIRE. 495
aidier et régulier (car à présent ils en ont bon mestier), il sera légière chose à la bonté de Dieu d'assambler Cm combatans tous d'un habit et d'une règle en Dieu bien ordonnée et vivans en commun et d'une seule bourse, comme firent VIII et Xm crestiens ou temps des appostres et disciples de Jhésu-Crist et comme aujourd'ui font les seigneurs de Prusse. Ceste chevalerie d'Alemaingne et d'entour, seconde partie de la dicte chevalerie, aura sur lui un chief, comme il est dit de la première partie de la chevalerie , lequel chief sera appelle le grant président ou le duc de la chevalerie de la Passion de Jésu-Crist es parties de Septentrion, auquel grant président ou duc obéiront tous ceulx de la chevalerie de la dicte partie septentrionalle, comme il est dit de la chevalerie de France et de la région occidentalle.
« Comment la chevalerie d ) Alemaingne pour trouver les Turs
ira tout droit en Constantinolle et à donne victoire passera le
Iras Saint-Qeorge et se trouvera avant la chevalerie de France
met d'Occident pour acomplir en Dieu leur très-sainte emprise.
'« Cestui grant président ou duc , ainsi accompaingnié de très-puissante chevalerie et en Dieu bien régulée, pourra aler tout droit par le royaume de Hongrie, et de là parles royaumes et empires que le dit Turch Baxeth a soubsmis à sa seignourie, jusques en Constantinoble , recouvrant les royaumes et régions de la crestienté par l'example d'une sainte vie de la chevalerie et non pas par bataille ; car nostre chevalerie ne doit pas combattre contre crestiens , ne catholiques, ne scismatiques, se n'est en soy deffendant, jusques à tant que l'orgueil du dit Baxeth par la grâce de Dieu soit abattu. Et, se la dicte chevalerie trouvera en son chemin le dit Baxeth et les Turs, elle combattra vaillamment au dit Turc Baxeth ; et de Constantinoble pourra passer le bras Saint -Jorge et adjouster soy avec la première partie de la chevallerie. Et lors par la bonté de Dieu le prince de la chevalerie d'Occident et le grant président
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ou duc de la seconde chevalerie de Septentrion, assamblées ensamble et en Dieu bien régulées, se trouveront si forts que non tant seulement pour mettre à bas ledit prince des Turs Baxeth et tous les autres de Turquie , mais pour recouvrer l'empire de Trépesonde, le royaume d'Arménye, toute la Surie et la terre de Promission, pour laquelle grâce obtenir de Dieu ils ne pourront faillir , mais qu'ils tiennent bien leur règle à la lettre et qu'ils gardent bien sur l'indignation de Dieu que les IIII vertus moralles en ceste épistre tant louées, c'est-assavoir Règle, Discipline de chevalerie, Obédience et Justice, à la lettre en leur host soient bien gardées d'estre corrompues. Et ce souffise en gros de la seconde partie de la chevalerie de la Passion de Jhésu-Crist, c'est-assavoir de la chevalerie d' Aie maingne et des royaumes d'environ.
« De la tierce partie de la chevalerie d'Austre ou de Midi qui sera assamblee es royaumes des Espaingnes.
« La tierce partie de la ditte chevalerie sera prinse et assamblée es royaumes et régions des Espaingnes, comme il est dit dessus. Et combien que les dis royaumes soient assés loin de la puissance du dit prince des Turs Baxeth, toutefois de sa dicte puissance jusques en Espaingne il n'y a pas de mer à passer, et si ont les Espaingnols les ennemys de la foy trop plus près que les deux autres parties de la chevalerie cy-dessus proposées, c'est-assavoir le royaume de Grenade et les Sarrasins de Bellemarine et de Barbarie , auxquels royaumes des Espaingnes, pour les péchiés qui tousjours croissent et pour les foibles gouvernements , il est expédient de pourveoir comme aux autres royaumes sustouciés. La tierce partie doneques de nostre chevalerie tant désirée se fera et sera assamblée es dis royaumes des Espaingnes, c'est-assavoir enArragon, en Castelle, en Portingal, en Navarre et es régions voisines, comme il est escript en la règle. Et se le doulx Jhésu-Crist apparçoit que les cheva-
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liers combatans en bonne foy se veullent bien réguler pour l'amour de lui, il sera légière chose qu'ils se trouverront LX ou IIIIXX mille combatans, tous d'un abit et d'une règle, vivans en commun et d'une seule bourse, c'est-assavoir de l'argent que chacun paiera de sa finance légitime en la bourse du commun de la chevalerie.
« Cy monstre Vaucteur à quel fin ceste tierce partie de la chevalerie doit estre créée et assamblée et ce qu'elle fera 'par la grâce de Dieu.
« Ceste tierce partie de la dicte chevalerie, es régions des Espaingnes assamblée ensamble comme dit est, aura aussi, comme les autres deux parties , c'est-assavoir son chief, un grant président ou duc ainsi appelle de la chevalerie de la Passion de Jhésu-Crist es parties ou région d'Austre ou de Midi. Et sera ceste tierce partie de la chevalerie créée et instituée par les roys et princes des royaumes ou par leur consentement et bénivolence, à trois conclusions neccessaires : la première pour faire bonne guerre au roy de Grenade et aux Sarrasins de Bellemarine ; la seconde pour obvier et contrester, se mestier sera, aux dessusdis ennemis de la foy, s'ils vouloient venir à force en France ou en Ytalie et es royaumes et régions d'Occident, quant ils sauront que la première chevalerie de France et d'Occident seront passé oultre mer , et ceste tierce partie de le chevalerie par la grâce de Dieu pourra estre comme une forte haye des biaux jardins et royaumes de la crestienté d'Occident ; la tierce conclusion assés expédiente , c'est-assavoir que après pluseurs victoires en Dieu de la dicte chevalerie des Espaingnes encontre les ennemis sustouciés, la dicte tierce partie de la dicte chevalerie ou une bonne partie d'icelle , en procès de temps, pourront venir en main forte par mer et par terre de Barbarie jusques en Alixandre en Egypte et jusques en Surrie, et lui trouver et arsambler avec la première partie de la chevalerie