‹ ŒuvresChapitre 14 sur 134 · EST ENVOYÉ EN TURQUIE · texte numérisé non relu

EST ENVOYÉ EN TURQUIE

mais, en venant et amenant l jusques là les barons, les Turs qui guides et gardes en estoient, leur firent moult de payne; car il les bâtirent et traveillièrent moult, car ils les avoient bassement et foiblement montés : si ne povoient aler que le pas, et pour ce estoient-ils batus et mal menés, et tout voulentiers avoient ce fait les Turs, car ils veoient bien et entendoient que les seigneurs seroient délivrés, dont il leur anoyoit grandement, mais amender ne le povoient.

Quant ils furent * amenés, ainsi que je vous déclaire, en la ville de Bruse en Turquie, les seigneurs et les 3 traitteurs 4 qui là estoient de par le roy de France, de par le roy de Ohippre et de par le duc de Bourgoingne et de par les Vénisciens et le Jennevois, les recueillièrent doulcement ; et furent ung petit plus à leur large et leur aise que ils n'euissent esté ens es prisons de l'Amourath. Mais nonobstant tout ce que ils fuissent là et que ils entendoient bien et veoient que on rendoit grant payne à leur délivrance, si estoient-ils tousjours prisonniers et gardés de si près que ils n'avoient pas la quarte partie de leurs voulentés.

Entre les autres seigneurs qui là estoient et qui des traittiés s'ensonnyoient , l'Amourath veoit et ouoit voulentiers parler le souverain de Flandres , messire Guisebreth de Liureghem , car on luy avoit dit (et par espécial messire Jacques de Helly l'avoit infourmé) que le duc Phelippe de Bourgoingne espécialement l'avoit celle part envoie , et estoit des plus privés de son conseil et pour tant il s'enclinoit à luy.

L'Amourath estoit en ung moult bel manoir auprès de

4 Du lieu où ils furent pris. — * Veuus et. — " * Commissaire!,

10 MORT DU COMTE d'eI".

Bruse venu et descendu , et là venoient les ' traitteurs* parler et besoingnier à luy , et tant fut traittié , parlementé et proposé que la rédemption des vingt-et-cinq seigneurs fut mise à somme , et deubt avoir le roy Basaach deux cens mille 3 ducas 4 , de laquelle somme le sire de Matelin et le sire 5 d'Ampne 6 en Grèce et les marchans de Jennes et de 7 Sceu 8 faisoient leur debte et en demourèrent audit roy Basaach , et le conte de Nevers 9 juroit et séelloit pour tous ses compaignons prisonniers devers les marchans que, luy venu à Venise , jamais de là ne se départiroit, si seroient tous satisfais. I0.

Ainsi se portèrent ces traittiés , mais ainchois que ils fuissent tous conclus et accomplis, le conte d'Eu11 fut tellement débilité par maladie et si altéré des 12 airs 13 et des viandes dures et estranges que il ot , lesquelles il n'avoit pas apris , que à Haulte-Loge en Grèce , là où il se tenoit 14, il moru et trespassa de cest siècle , dont tous les seigneurs et compaignons furent moult courouciés , mais amender ne le porrent. Si fut le dit messire Phelippe d'Artois, conte d'Eu et connestable de France, widié et enbausmé , et en cel estât en ung sarcus rapporté en France et ensévely en l'église Saint-Laurent d'Eu, et là gist moult honnourabîement.

Quant l'Amourath se fut tenu 15 à comptent de la somme dessus ditte , par le moyen et ordonnance des marchans

•"• Commissaires. — *-* Florins ducas. — 56 D'Abide. — 7 8 Scie.

— » Principalement. — 10 Et payés. — " Messire Phelippe d'Artois.

— "•" Ans. — M Avecques les autres. — " Du tout.

MORT DU SIRE DE LEEUWERGHEM. 4i

jennevois qui en estoient demeurés et en avoient fait leur debte , les deux chevalliers par delà envoies de par le duc de Bourgoingne pour faire poursieuvir et accorder ces traittiés , ainsi comme dit est , messire Guisebrecht de Liurenghien et messire Jacques de Helly , qui grant désir avoient de euls retrouver en France et de resjouir le roy et le duc de Bourgoingne et la duchesse sa femme et tous leurs amis à recorder ces bonnes nouvelles , prindrent congié à l'Amourath et à ceulx de son hostel que le mieulx congnoissoient \ Et prindrent adont le dit Amourath en si bon point que très-liement leur donna , et avec tout ce il ordonna que de deux cens mille flourins lesquels il devoit avoir , sicomme dessus est dit , les deux chevalliers en euissent vingt mille en amendrissant la somme , et en fist de 2 tant 3 quittance devers les marchans qui ses debteurs estoient. Et considéra le 4 roy Basaach 5 les grans peines et les travauls qu'ils en avoient eus ; et aussi, comme j'ay jà dit , le souverain de Flandres luy estoit moult grandement entré en grâce.

Les deux chevalliers remerchièrent le 6 roy Basaach 7 très-grandement de son don , ce fut raison , et prindrent de tous poins congié à luy et après aux seigneurs de France. Et quant ils se furent partis de l'Amourath et revenus à Bruse , après ces congiés prins et donnés, ils se misrent au retour , et laissièrent là le conte de Nevers encoires ung petit et les 8 vassauls 9 de France en la ville de Bruse, car ils attendoient le seigneur de Matelin et le seigneur 10 d'Ampne " en Grèce , qui par mer les dévoient venir querre en l2 une gallée 13, et se misrent les deux

1 Et prisoient. — a-5 Tout. — 4 Gentil. — 5 Dit Amourath. — '•'Gentil Amourath. — '-9 Barons. — ,0Ai D'Abyde.. D'Aminé.— '*■" Leurs gallées.

chevalliers en une gallée passagière l non pas trop grande pour venir à Matelin.

Au département du port là où ils montèrent , le temps estoit bel et quoy et assés attempré ; mais, quant ils furent esquipés en la mer, lé vent se changa ; fortune monta. Ils furent trop malement tempestés et sourmontés et tant que messire Guisebreth de Liurenghien fut si fort et si durement * traveillié du corps et de la santé qu'il en prist si grande maladie sur la mer qu'il moru avant qu'il peuist venir jusques à Matelin : de laquelle mort et adventure messire Jacques de Helly fut moult courrouchié , mais amendier ne le pot , et se mist au retour aveuc sa cornpaignie et tout par mer en une gallée de Venise , et passa en Roddes , et tout partout où. il venoit et passoit , il prononchoit la venue et délivrance du conte de Nevers et des barons de France : desquelles nouvelles les seigneurs de Roddes furent moult resjouis. Et tant fist le dit chevallier qu'il retourna en France et recorda au roy et au duc de Bourgoingne et à la duchesse ces nouvelles, lesquelles furent moult plaisans à tous seigneurs et à toutes dames , et recordoient grant bien du dit messire Jacques de Helly, de la peine et de la dilligence qu'il avoit eue 3 en celle besoingne 4 pourchassant 5.

Quant la rédemption de Jehan de Bourgoingne, conte de Nevers, et des seigneurs de France fut menée si avant comme sus le point et estât que vous sçavés et avés ouy dire 6, et que l'Amourath se tint à comptent de toutes choses, il se advisa que avant le département de ces seigneurs, il les manderoit en sa compaignie et les feroit tenir

1 En mer. — * Tempesté et. — s En ses voyages. — 4-5 Procurant, — • Et recorder.

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