‹ ŒuvresChapitre 21 sur 134 · EN ITALIE · texte numérisé non relu

EN ITALIE

recorde, Bridoul de le Porte, et venoit à ses deniers et par dévotion du voiage du Saint- Sépulcre, du Quaire, de Jhérusalem et de Sainte-Katherine de Synay ; et lorsque il arriva à Clarence, les seigneurs y estoient venus l le jour 2 devant. Si luy firent tous bonne chière pour ce que ils le veirent homme de bien et d'honneur et 3 pellerin, et aussi 4 de la nation 5 de Haynnau, dont la contesse de Nevers estoit, car elle estoit fille au conte de Haynnau qui pour ce temps se nommoit le duc Aubert, el aussi le conte d'Ostrevan qui fils ainsné estoit à ce duc Aubert et qui se nommoit Guillemme, avoit à femme la sereur germaine du conte de Nevers, sicques, toutes ces raisons considérées et pour tant que ils estoient en loingtaine terre et estrange , le dit Bridoul de le Porte fut le très-bien venu entre euls. Si parlèrent le conte de Nevers et les chevaliers qui en sa .compaignie estoient , à luy assés du voiage et des parties dont il venoit, et aussi du roy Jaques de Chyppre et de son affaire, et aveuc ce il leur demanda des besoingnes de Turquie et de toutes leurs adventures, et, sans ce que il en feist grant inquisition, ils luy en recordèrent 6 bien au long 7 et 8 trèsvoulentiers.

Quant le conte de Nevers et les barons de France se furent reposés et raffreschis à Clarence, ils rentrèrent ens es gallées, et cheminèrent par mer, et vindrent à ung port que on dist Parensce. Là arri voient les grosses naves et gallées qui ne povoient venir plus avant sur la mer en venant au port de Venise, car la mer s'i commence à 9 amendrir10. Et quant ils furent venus à Parensce, ils n'y séjournèrent point longuement , ainchois rentrèrent en petis vaisseaulx passagiers, et furent amenés à l'exploit de grant foison de

*-* Un jour.. Deux jours. — 5 Aussi. — 4"5 Natif. — 6-7 Assés. — 8 Lefeirent. — 9-10 Aténuinir... Ténuier.. Ténurier.

rymeurs ï à Venise et là receus à grant joye. Quant ils furent venus à Venise, ils yssirent des vaisseaulx et se migrent tous sur terre, et rendirent à Dieu grâces et louenges de ce que là ils se trouvoient yssus et délivrés des mains de l'Àmourath-Bacquin et des mescroians ; car tel fois avoit esté qu'ils ne cuidoient jamais avoir leur délivrance.

Le conte de Nevers et les signeurs de France, chascun à par luy et à son ordonnance, se retrairent en leurs hostels, car leur délivrance avoit jà esté grant temps en devant signifiée en leurs pays. Si se estoient 2 près prins 3 leur gens et ceulx quy 4 les gouvernoicnt 5, de venir à Venise et cle mettre à point et en ordonnance une partie de leur estât. Le conte de Nevers qui souverain estoit de tous, trouva là une partie de ses gens que le duc son père et la duchesse -sa mère y avoient envoies, et jà y estoit venu et avoit ung temps séjourné, eneuls attendant, sire Dinde Re^ ponde pour la cause de la finance ; car sans luy on ne ' povoit riens faire. Les seigneurs venus et arrestés en la bonne cité de Venise, clers furent ensonniés d'escripre à toute dilligence lettres, et messagers et varlets mis en euvre pour apporter ces lettres en France et ailleurs, et 6 signifièrent 7 à leurs amis leur venue.

. Ces nouvelles furent tantost partout sceues. Si furent resjouis ceulx et celles ausquels et ausquelles elles appartenoient à parvenir et qui resjouis en dévoient estre. Le duc de Bourgoingne et la duchesse sa femme ordonnèrent tantost sur Testât du conte de Nevers leur fils à mettre telle ordonnance comme à luy appartenoit. Et aveuc vaisselle d'or et d'argent et draps de chambres et de paremens, vestures et habis pour le corps de leur fils le conte de Nevers furent

4 Jusques. — *-3 Diligentes. — *-5 Gouverner les dévoient. —

6 7 Signifier.

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mis en voittures de sommiers et envoies vers Venise, et farent souverains et conduiseurs de toutes ces choses et ordonnances le sire de Hangiers et messire Jaques deHelly, et tant exploittièrent par leurs journées l que ils vindrent à Venise 2. Ainsi tous seigneurs et toutes dames qui leurs seigneurs, maistres et amis avoient 3 retournés 4 de la Turquie en Venise , s'efforchoient d'envoier celle part toutes choses nécessaires pour les corps des seigneurs. Et povés bien croire et sçavoir que tout ce se faisoit à grans frais , despens et coustages ; car, à la vérité, riens n'y estoit espargnié, et aussi ils séjournoient là à grans despens, car Venise est lune des chières villes du monde pour estrangiers. Si convenoit que les seigneurs tenissent leur estât, et trop plus en estoit chargié et 5 ennuyé 6 lé conte de Nevers que nul des autres, et c estoit droit et raison, car il estoit souverain dessus tous les autres. Si avoit tout le retour des seigneurs et la plus grant charge, et bien le vouloit avoir, et faisoit à tous ceulx qui le visitoient, bonne chière. Le duc de Bourgoingne son père et la duchesse sa mère7 y avoient envoyé, et jà y estoit venu et avoit ung temps séjourné , comme dit est, à Venise sire Dinde Responde,

Entreus le duc et la duchesse entendoient moult8 ententivement 9 à la finance assambler, à celle fin que de Venise et de la marche de Venise le conte de Nevers leur fils en peuist honnourabiement partir et yssir et avoir sa délivrance et venir en France et en Flandres , car moult désiroient père et mère et moult de gens à le veoir ; et en parloient souvent

'** Vers Venise, et là vindrent tantost et arrivèrent. — 3~4 Recouvrés. — 5-8 Curie de toutes choses. — 7 Et leur conseil. — V Attentivement.

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