‹ ŒuvresChapitre 34 sur 134 · DU COMTE DE BLOIS · texte numérisé non relu

DU COMTE DE BLOIS

Blois. Considérés le grant dommage que ung seigneur peult faire à son hoir par croire mauvais conseil.

Je en ay fait mention pour ce que ce conte Guy de Bloys l mist grant entente en son temps que je sire Jehan Froissart 2 voulsisse ordonner et ditter ceste histoire, et moult luy cousta de ses deniers ; car on ne 3 pourroit parachiéver et continuer une si longue narration \ que ce ne soit à moult grant paine et à gràns coustages. Dieu par sa grâce 5 mette l'âme de luy en lieu de repos 6 ! Ce fut mon seigneur et mon maistre, et ung seigneur honnourable et de grande recommandation à merveilles. Et point ne luy 7 estoit de besoing 8 à faire les povres et mauvais traittiés et marchiés que il fist en son temps et à vendre et mesvendre son héritage : dont ce fut pour luy trop grant escandle et grant pitié, et tout ce luy venoit pour tant que il créoit et crut trop légièrement ceulx qui nul bien, honneur, ne prouffit ne luy vouloient. Le sire de Coucy, son cousin germain, qui moru à Brusele en Turquie, comme dessus est déclairé, fut moult coulpable de ce fait.

Or retournons aux besoingnes d'Angleterre au lieu où nous avons laissié à la prise du duc Thomas de Glocestre.

Vous sçavés , si comme il est icy dessus contenu , en nostre histoire où je parle des haynes couvertes lesquelles estoient engendrées de long temps et par plusieurs cas dentre le roy Richart d'Angleterre et son oncle le duc Thomas de Glocestre, lesquelles haynes le roy ne voulut plus porter, ne celer, mais y voulut ouvrer de fait, et mieulx

* Sire de Avesnes , de Chimay, de Biaumont , de Sconnehove et de la Goude. — * Trésorier et chanonne de Chimay. — 3-* Peut faire si grant fait. — 5-6 Ait l'âme de luy. — 7-8 Besoingnoit.

aymoit comme il disoit et que conseillié estoit, qu'il destruisist autruy que il fust destruit. Et 1 bien vous ay recordé 2 comment le roy Richart fut ou chastel de Plaissy à trente milles de Londres, et par belles paroles et doubles comme celluy qui vouloit estre au-dessus de son oncle, l'amena et mist hors de son chastel de Plaissy et le conduisy jusques assés près de Londres sus ung vert chemin qui tourne droit sus la rivière de la Tamise, et estoit entre dix et onze heures. Et avés ouy comment le conte Mareschal qui là estoit en embusche, l'arresta de par le roy et le tourna devers la rivière de la Tamise. Et avés ouy' comment le dit duc cria après le roy pour estre délivré de ce péril, car tous ses esperis sentirent tantost, en cel arrest faisant, que les choses se portoient mal à rencontre de luy ; mais le roy, par laquelle ordonnance et commandement tout se faisoit , fîst le sourd des oreilles et chevaucha tousjours devant luy, et vint celle nuit ens ou chastel de Londres. Le duc de Glocestre son oncle fut autrement logié, car, voulsist ou non, de fait et de force, on le fist entrer dedens une barge et de celle barge en une nef qui gésoit à l'ancre emmy la rivière de la Tamise 3, et y entrèrent le conte Mareschal et toutes ses gens, et se boutèrent aval la rivière, et tant firent par l'ayde du vent que à l'endemain sus le tard ils vindrent à Calais. 4 Le conte Mareschal estoit capitaine de Calais, pour quoy il y povoit entrer à toute heure, ne sur luy n'y avoit point de garde ; et le duc de Glocestre fut mis et bouté dedens le chastel de Calais 5.

Vous devés 6 sçavoir que quant la congnoissance de la prinse du duc de Glocestre fut venue à Plaissy devers la duchesse de Glocestre et ses enffans, ils furent moult gran-

*-* Avés oy. — 3 Et là fu mis. — *-5 Car le conte Mareschal estoit capitaine de Calais, sans ce que on en sceust riens , fors les officiers. — " Croire et.

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