‹ ŒuvresChapitre 35 sur 134 · EST CONDUIT A CALAIS · texte numérisé non relu

EST CONDUIT A CALAIS

dément tour blés et esbahis, et sentirent tantost que les choses aloient mal, et estoit le duc leur sire en grant péril de sa vie, et en demandèrent conseil à messire Jehan Lacquingay, quel chose en estoit bon à faire. Le chevallier respondy et dist : « Le meilleur est d'envoier devers mes- « seigneurs de Lancastre et d'Iorch ses frères ; car par euls « et par cestuy moien se pourra ! brisier 2 le maltalent que « monseigneur le roy a sus monseigneur de Glocestre, et « non par autruy , car il ne les oseroit courrouchier. » La duchesse de Glocestre fist tout ce que son chevallier luy conseilla, et envoia tantost grans messages devers les deux ducs qui ne se tenoient pas ensamble, mais bien 3 enssus 4 l'un de l'autre. Si furent tous deux courrouchiés de la prinse de leur frère, et en rescripvirent et mandèrent à la duchesse de Glocestre que point ne fust trop desconfortée de son mary leur frère ; car le roy leur nepveu ne l'oseroit 5 mener 6 fors par jugement et par raison, ne point autrement ne luy seroit souffert. La duchesse de Glocestre et ses enffans se reconfortèrent aucunement sus ces paroles.

Le roy d'Angleterre, 7 du 8 bon matin, se départy du chastel de Londres et vint à Eltem et là se tint, et ce propre jour au soir furent amenés ens ou chastel de Londres et là mis en la 9 tour 10 des officiers du roy et là emprisonnés le conte d'Arondel et le conte de Warvich , dont on fut trop esmerveillié parmy la cité de Londres " et sur le païs, et grandes murmurations en montèrent ; mais nuls n'en osoit faire fait, ne partie à rencontre du roy, quoyque iMeur tournast à grant anoy et desplaisance. Et disoient

M Apaisier. — 3-4 Loin. — 5-fl Traittier. — 7-8 De. — 0,° Cour. — M Et es cités et bonnes villes d'Angleterre.

74 ARRESTATION DES COMTES d'aRUNDEL ET DE WARW1CK.

toutes gens, chevalliers et escuiers et les bourgois de Londres et des cités et bonnes villes d'Angleterre : « Nous nous « en avons beau taire et souffrir. Velà le duc de Lancastre « et le duc d'Iorch, frères au duc de Glocestre, qui bien y « pourverront * quant il leur plaira. » Voirement y euissent bien pourveu se ils congneussent bien le courage du roy et quel chose il avoit enpensé à faire de * leur frère ; mais pour tant que ils ne firent nulle bonne dilligence, tournèrent les choses mal, ainsi que je vous recorderay 3.

Quant le duc de Glocestre fut ou chastel de Calais amené et il se vey là enclos et 4 esseulé 5 de ses frères, il se commença à effraier trop grandement et dist au conte Mareschal : « 6 Pour quelle cause suis-je mis hors d'Angleterre et « cy amené ? Il me semble que vous me tenés en prison. « Laissiés-moy aler esbatre parmy la ville. » — « Monsei- « gneur, respondy le conte Mareschal, ce que vous me « demandés, je ne oseroie faire nullement ; car vous m'estes « 7 chargié 8 en garde sur ma vye. Le roy 9 nostre sire 10 pour « le présent est ung " petit 12 courrouchié contre vous : si « veult que vous vous tenés icy et vous déportés aveuc ,« nous, et le ferés tant que j'aray autres nouvelles ; et, se « Dieu plaist, ce sera prochainement, car de vostre des- « plaisance, se Dieux m'ait, je suis fort courrouchié. Se « 13 pourveir 14 y poroie, je le feroie voulentiers ; mais vous « sçavés que j'ay mon serement au roy. Si me convient « obéyr, et je pour mon honneur obéiray. »

Le duc de Glocestre n'en povoit avoir autre chose, et bien

4 S'ils voloient et. — * Son oncle. — 5 Prestement. — *-* Privé. — • Cousin. — 7-8 Baillié. — — 9"10 Mon seigneur. — "-1* Peu. — ,5U Remédier.

luy jugoient ses esperits, selon aucuns apparans que il vey ung jour, que il estoit en péril de sa vie, et requist à ung prestre qui avoit chanté messe devant luy, que il fuist confessé. Il le fut et par grant loisir, et se mist là devant l'autel en bon estât de coeur dévot et contrit, et pria et cria à Dieu1 merchy de toutes choses, et fut dolant et repentant de tous ses péchiés ; et bien avoit mestier que 2 il entendesist à sa conscience purgier, car le meschief luy estoit plus prochain que il ne cuidoit, car ainsi que je fus infourmé, sus le point du disner et que les tables estoient mises ens ou chastel de Calais, ainsi que il devoit aler laver ses mains, quatre hommes ad ce ordonnés yssirent d'une chambre, et luy jettèrent une touaille au col, et l'estraindirent tellement, les deux d'un lés et les deux autres de l'autre lés, que ils l'abatirent par terre, et là l'estranglèrent de celle touaille et luy cloïrent les yeulx, et tout mort ils l'apportèrent sus son lit et le desvestirent et deschaussèrent et tout mort le couchèrent entre deux lincheux, et misrent son chiefsurung oreillier, et le couvrirent de manteaulx fourrés ; et puis 1 partirent 4 de la chambre, et vindrent en la salle tous pourveus de ce que ils dévoient dire et faire, 5et misrent dehors6 telles paroles que une deffaulte de maladie de 7 popelisie 8 estoit prinse au duc de Glocestre en lavant ses mains et que à grant paine on l'avoit porté coudrier. On tint ces paroles en publique ou chastel et en la ville, et bien le créoient les aucuns et les autres non.

Dedens deux jours après, renommée fut que le duc de Glocestre estoit mort sus son lit ens ou chastel de Calais, et s'en vesty le conte Mareschal de noir, pour ce que il estoit son cousin moult prouchain, et aussi firent tous chevalliers et

1 Le Créateur. — 9 A cette fois. — 3-4 Issirent. — 56 En disant.— 7-8 Popelésie.

escuiers qui dedens la ville de Calais estoient ; et s'espardirent plus tost les nouvelles de la mort du duc de Glocestre ens es parties de France et de Flandres que » en Angleterre. Si en furent 2 plusieurs 3 François resjouis ; car commune renommée 4 avoit couru ung grant temps 5 que jà ne seroit bonne paix entre France et Angleterre, ne point d'amour n'y auroit tant que le duc de Glocestre fuist en vye, et aussi aux traittiés qui tenus s'estoient par plusieurs fois entre les François et les Anglois il avoit esté plus contraire et rebelle que nul de ses frères. Pour la mort de luy cure n'avoient en France comment 6 ce fuist advenu 7, ne ils n'en faisoient compte. Pareillement en Angleterre les chevalliers et escuiers et officiers du roy qui l'avoient cremeu et doubtétrop grandement pour ses crueuses et8 merveilleuses 9 manières, si furent tous resjouis de sa mort, et furent entre euls ramentus le duc d'Irlande, lequel il avait bouté hors d'Angleterre et envoyé en exil, aussi messire Simon Burlé, qui si vaillant chevalier et si preud'homme avoit esté et servy le prince de Galles et le royaulme d'Angleterre, et il le avoit fait décoler 10 et morir honteusement , et aussi messire Robert Travilien, messire Nycolas Brambre, messire Jehan11 Sandvich 12 et plusieurs autres. Si en fut ledit duc de Glocestre mains plaint parmy le royaulme d'Angleterre, fors de ceulx qui avoient esté de son conseil et oppinion.

Le duc de Glocestre mort à Calais, il fut moult honnourablement appareillié et enbausmé et mis en ung vaissel de plomb et dessus 13 de bois, et renvoie en cel estât et par mer en Angleterre, et arriva la nef qui apporta le corps, dessoubs le chastel de " Hardelée 15 sus la rivière de la Tamise, et de

4 Elles ne furent. — *"* Moult de. — 4"5 Couroit.— 6-7 Que ce fust. — 89 Haustères.. Mauvaises. — 10 Mauvaisement. — H" Standvich. — 11 Couvert. — ^-"Badelée.. Hadelée.

SUPPLICE DO COMTE d'a^UNDEL. 77

là il fut amené par charroy tout simplement au chastel de Plaissy et mis en leglise , laquelle ledit duc de Glocestre avoit fait fonder et édiffier en l'onneur de la Sainte-Trinité, et là avoit mis douze chanoines qui très-dévottement y font le 1 divin 2 service 3 de Dieu, et là fut ensévely *.

Vous devés sçavoir que la duchesse de Glocestre et Offrem son fils et fils au duc 5 dessus nommé et leurs deux filles furent moult destourbées et bien l'a voient où prendre, quant le duc de Glocestre leur sire et père fut là amené tout mort. Encoires doublement ot la ditte duchesse grant anoy au cuer ; car le conte Richard d'Arondel, son oncle, le roy Richart fist décoler publiquement en la rue de Cep à Londres , et n'osa nul hault baron d'Angleterre aler au devant, ne conseillier le roy du contraire, et fut le dit roy présent à celle justice faire, et fut faitte par le conte Mares chal, qui avoit à femme la fille du dit conte ° d'Arondel, et il-meismes luy benda les yeulx.

Le conte de Warwich fut en très-grant aventure de estre aussi décolé , mais le conte de Saslebéry qui moult bien estoit 7 du roy , pria pour luy , et aussi firent autres seigneurs , barons et prélats d'Angleterre, et si à certes 8 que le roy s'enclina à leurs pryères ; mais il commanda que il fuist mis en tel lieu que jamais il ne venist en place , car le roy ne lui vouloit point pardonner absolutement son méfiait, 9 disant que 10 bien avoit desservy mort quant il avoit esté du conseil et accord aveuc le duc de Glocestre et le

* Saint. — *-3 Office. — * Moult honnourablement. — 5 De Glocestre. — 6 Richard. — 7 En la grâce. — 8 L'en prièrent. — 9"10 Car.

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