‹ ŒuvresChapitre 45 sur 134 · XVI. — FROISSART · texte numérisé non relu

XVI. — FROISSART

« ces deux seigneurs par ce « party 2, il euist sagement ouvré « au gré de 3 moult de 4 gens. »

Vous devés savoir que le duc de Lancastre estoit moult courrouchié et mérancolieux de ce que il veoit ainsi le roy son nepveu mésuser de plusieurs choses, et ne s'en savoit à qui adreschier, et considéroit bien les choses à venir, comme sage et ymaginatif qu'il estoit, et disoit à la fois à ceulx où il se confioit le plus : « Nostre nepveu le roy d'Angleterre « honnira tout avant qu'il cesse. Il croit 5 conseil senestre 6 « moult légièrement, qui le destruira et son royaulme aussi. « Il perdra, se il vit longuement, trop simplement et à petit « d'armes faire, tout ce qui a tant cousté de payne et de « traveil à nos prédicesseurs et à nous aussi. Il laisse et « seuffre engendrer et nourrir haynes en ce royaulme entre « les nobles et les grans dont il devroit estre amé, servy et « honnouré, et le pays gardé et doubté. Il a fait mon propre « frère morir, c'est chose tout nottoire, et le conte d'Arondel « pour tant qu'ils luy remonstroient la vérité. Il ne veult « oyr parler homme qui bien luy veuille dire, ne enseignier, « ne croire, ne entendre, fors sa voulenté. Il ne peult « 7 mieulx 8 destruire son royaulme que de mettre tourble « et hayne entre les nobles et les bonnes villes. Franchois a sont trop soubtils : pour ung mal et meschief qui nous « vient, ils vouldroient que il nous en venist dix ; car autre- « ment ne pèvent-ils recouvrer leur dommages, ne à leurs « ententes venir fors que par nous-meismes. Et on voit « clèrement (et a-on veu tousjours) que tous royaulmes qui « d euls-meismes se divisent, sont désolés et destruis. On l'a « veu 9 par le royaulme d'Espaigne, par le royaulme de « Napples et par la terre de l'Église, et voit-on encoires tous « les jours par le fait des papes toute leur destruction. De

•■■ Moyen. — ■-* Toutes. — 5"G Mauvais conseil. — 7-8 Plus bellement. — 9 Par le royaulme de France et.

u reschief on l'a veu par le pays de Flandres comment « d'euls-meismes ils se sont destruits. On le voit aussi pré- « sentement par le royaulme de Frise, lequel nos cousins h de Haynnau ont enchargié en guerre, comment les Fri- « sons aussi d'euls-meismes se sont l destruis et destruiront. « Aussi de nous-meismes, se Dieu n'y pourvoit , nous nous « destruirons : on en voit trop grandement les apparans. Or « consent le roy et sueffre que mon fils et mon héritier et « que plus n'en ay de2ceste coste3, se combatera pour petit « de chose au conte Mareschal. Je qui suis son père , n'en « daigne parler pour l'onneur de moy et de mon fils aussi ; « car mon fils a bien corps de chevallier pour entrer en « armes contre le conte Mareschal, et toutefois, au mieulx « prendre et venir que la chose peuist jamais , ils ne s'en- « tre-ameront si bien que 'ils faisoient en devant. » Ainsi 4 disoit le 5 duc de Lancastre.

Tout ce terme pendant que les deux seigneurs se pourvéoient(le conte d'Erby et le conte Mareschal) pour faire armes jusques à oultrance comme icy-dessus est devisé, oncques le duc de Lancastre ne ala devers le roy, et moult petit aussi fut-il devers son fils, et faisoit tout ce par sens ; car bien sçavoit le duc que son fils estoit tant amé en Angleterre que nul plus de luy, des nobles et de toutes gens, et par espécial des Londriens, lesquels luy prommettoient et disoient ainsi : « Monseigneur d'Erby, soies tout conforté « que de ceste emprinse, comment que la besoingne se « tourne, vous en ystrés à vostre honneur, veulle le roy ou « non et tous ses 6 marmousets 7. Et nous sçavons bien « comment les choses se portent. Ce que fait en est , c'est « matière pourveue et machinée par envie et pour vous « mettre hors de ce pays pour tant que on voit et sent que

1 Deffais et. — *-* Ce costé. — * 5 En parloit et devisoit le noble. — •'7 Mahommes.

« vous estes bien amé de tous. Et, se il convient que vous en « 1 partes 2 en tourble, vous y retournerés en joye ; car « mieulx y devës estre et y serës que ne fait Richart de « Bourdeaulx. Et qui vouldroit aler jusques au parfont et « bien sentir et congnoistre dont vous venés et dont il vient « aussi, on vous trouveroit plus prochain de la couronne et « hiretage d'Angleterre, que on deuist faire Richart de « Bourdeaulx, quoyquenous luy avons fait foy et hommage « et le tenons et avons tenu plus de vingt ans à roy ; mais « tout ce fut fait par faveur et pourchas de vostre tayon le « roy Edouard, de bonne mémoire, qui se doubta bien de ce « point, lequel nous vous mettons avant. Et une fois en fut « question et grant parole entre le roy Edouard votre « tayon de par vostre père et vostre tayon de par « vostre mère madame Blanche de Lancastre, 3 le 4 duc « Henry de Lancastre ; mais les seigneurs d'Angleterre qui « pour lors 5 régnoient, allèrent entre deux et furent appai- « siés, car le roy Edouard fut si vaillant homme et si bien « 6 chéant en 7 toutes ses 8 emprinses 9 que il avoit l'amour « de tout son pays et de tout son pueple, 10frans et villains u. « Et aussi vostre taion le duc Henry de Lancastre n'y « demandoit, ne vouloit que tout bien, et servy à son « temps si loyaulment le roy et le royaulme d'Angleterre « que encoires il en fait à recommander, et en souvient « aux bons et vallereux et à tous ceulx qui le veirent et « congneurent, ou qui en ont ouy parler les bons et les « anchiens, leurs pères et leurs prédicesseurs. Et toutes « ces choses pourroient encoires retourner si très-grande- « ment devant les yeulx du roy Richart que il s'en repen- « tira, se faire le povoit bonnement ou le loisir en avoit,

*"* Issiés. — '-* Fille au. — 5 Vivoient et. — 6-7 Heureus de.—89 Aventures. — *0"" Franc et vaillant.

a de ce que par autre manière il ne s'est gouverné durant « son règne. »

Ainsi et par telles paroles ou assés samblables sus fourme de bon amour remonstroient les Londriens et autres nobles d'Angleterre au conte d'Erby, lequel les recep voit, toutes en bien et leur en sçavoit très-bon gré, et se pourvéoit et ordonnoit bien et dilligamment tousjours avant de tout ce qu'il luy appartenoit à faire gaige de bataille, et prioit moult soingneusement et moult doulcement ses amis parmy le royaulme d'Angleterre que ils voulsissent eulx tant traveillier que pour venir et estre en personne à sa journée, lesquels de bon cuer se ordonnoient et pourvéoient à la prière et requeste du dit conte très-grandement, et riens nespargnoient à euls estoffer oultre mesure.

Vous devés savoir que le roy d'Angleterre qui souffert avoit ces appeaulx et gaiges de bataille devant luy du conte d'Erby et du conte Mareschal, ot, ce terme pendant que ces armes se dévoient faire, mainte ymagination à sçavoir comment il se maintendroit , se il les lairoit combatre ou non ; et quoyqu'il fuist roy d'Angleterre et plus doubté que oncques mais n'avoit esté , de jour et de nuit il se faisoit garder par plus de deux mille archiers, lesquels toutes les septmaines estoient bien payés de leurs gaiges ; et ne se confioit point le roy en ses plus prochains de sang et de lignage, fors en son frère le conte de Hostidonne et le conte de Saslebéry. Le conte de Rosteland son cousin germain , tils au duc d'Iorch , estoit en sa grâce assés bien ; mais de tout le demourant il ne faisoit compte, fors d'aucuns chevalliers de sa chambre qui le conseilloient.

Quant la journée deubt approchier, que les deux seigneurs dessus nommés dévoient faire les armes en la

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