SE REND A PARIS
par nuls autres ; car, se le duc ' ne luy euist dit si expressément en amour et en conseil, ainsi que le père au besoing conseille et conforte son enflant, il s'en fuist tout droit venu en Haynnau delés le conte d'Ostrevan son frère et cousin .
Quant le conte d'Erby monta à cheval et il se départy de Londres, plus de quarante mil hommes et femmes estoient sur les rues et crioient et plour oient après luy si 2 piteusement s que grant pitié estoit au veoir et oyr, et disoient : « Ha ! gentil conte d'Erby ! nous laisserés-vous dont ? « Jamais n'aura joye, ne bien en ce pays tant que vous y « serés retourné ; mais les jours du retour sont trop longs. « Par envie, par cautelle et par trahison on vous met et « envoie hors. Vous y devriés mieulx demourer que nuls « autres ; car vous estes de si noble estration et de si gen- « til sang que dessus vous nuls ne sont, qui se comparent à « vous. Et pourquoy nous laissiés-vous , gentil conte « d'Erby ? Vous ne' pensastes oncques à mal faire. » Là plouroient hommes et femmes si 4 soudainement 5 que plus grant douleur n'y povoit avoir. Le conte d'Erby ne fut pas convoie, ne accompaignié à 6 trompes 7, ne à challemelles , ne à inst rumens hors de la ville, mais en plours, en cris et en lamentations si très-douloureuses que il ne fuist coeur 8 tant 9 dur qui n'en presist pitié, et meismement les seigneurs d'Angleterre qui le convoioient et accompaignoient, en avoient grant pitié, et disoient 10 l'un à l'autre n en l2requoy13: « Considérés l'ordonnance et affaire de cepueple « comment il se démaine et 14 tourble 15 très-amèrement et « prent à grant desplaisance ce que à petit d'occoison on. « fait souffrir et endurer au conte d'Erby. Qui vouldroit jà « esmouvoir ce pueple londrien contre le roy, il seroit bien « tost conseillié de dire et faire de fait : « Sire , vous
1 Son père. — *-3 Lamenteusement. — **5 Piteusement. — 5 7 Trompettes. — 8-9 Si. — 10-14 Les aucuns. — lt-,s Secret. — M." Sent.
« demourrés, et Richard de Bonrdeaulx voist autre part se « pourchasser. » Mais nennil il n'est pas heure. Puisque « monseigneur de Lancastre s'en passe, il nous en fault « passer aussi. »
Le maire de Londres qui pour ce temps estoit, et grant foison des plus notables bourgois de Londres firent convoy et compaignie à son département au conte d'Erby, et chevauchèrent les plusieurs avec luy jusques à Dardeforde et oultre, et les aucuns jusques à Douvres et tant qu'il fut entré ens ou vaissel qui l'amena à Calais, et tout son arroy et estât, et puis ceulx qui acconvoié l'avoient, s'en retournèrent en leurs lieux.
Le conte d'Erby, avant ce que il venist à Calais, avoit envoie ung chevallier et son hérault devers le roy de France et son frère le duc d'Orléans et leurs oncles le duc de Berry et le duc de Bourgoingne et le duc de Bourbon, pour sçavoir se il 1 se pourroit seurement retraire 2 à Paris et là tenir son estât, et par bien payer partout ce que ses gens prendroient, se il y seroit bien recheu 3. A ceste requeste et prière se enclinèrent légièrement et entendirent voulentiers le roy de France et ses oncles, et monstrèrent par samblant que de sa venue ils avoient très- grant joye, et leur desplaisoit trop grandement, ad ce qu'ils dirent audit chevallier, des annuis du conte d'Erby , que pour le présent il avoit à porter. Et retournèrent si à point ceulx qui en ce message avoient esté envoies à Paris, que ils trouvèrent le conte d'Erby à Calais. Avec euls avoit envoyé le roy de France messire Charles de Hangiers, pour faire ouvrir cités et bonnes villes 4 contre les 5 Anglois, tout leur chemin venant à Paris. Si se départy le dit conte d'Erby de Calais, en bon arroy et bien estoffé ainsi que à son estât
1-* Luy plaisoit que il venist tenir son estât. — s II et eulx. — *•" Aux.