PLAINTES ET MURMURES
« oiseuses et les esbatemens des dames et des damoiselles , « et estre toujours enmy elles , bourder et jengler et « croire hommes de point de fait, fors à assambler grans « trésors et destruire le royaulme d'Angleterre, lesquelles « choses on ne luy doit point souffrir. Et pour tant que ce « vaillant prince le duc de Glocestre y veoit si cler et que « les besoingnes d'Angleterre se portoient si très-mal et « tous les jours aloient de pis en pis et que il en par- « loit ? hardiement, l'ont les trahitours qui se tiennent « delés le roy, fait murdrir, et ce très-vaillant chevallier « le conte d'Arondel aussi , et encoires bouté hors sans « nul title de raison ce joeune et gentil chevallier du « royaulme d'Angleterre, monseigneur Henry de Lancastre, « conte d'Erby , par lequel ce dit royaulme puet et doit « estre conseillié et soustenu , et par quatre beaulx fils « qu'il avoit. 2 Mais 3 c'est grant cruaulté , car aveuc « tous les contraires et dommages que on fait souffrir au « père, qui est par delà la mer en très-grant desplaisance, « on déshérite ses enffans , et les héritages qui furent à « leur taye madame Blanche de Lancastre , fille au bon duc « Henry de Lancastre , on les donne et départ tous les « jours à ceulx qui ne sont pas dignes de l'avoir. Et pour ce « que ces . deux vaillans chevalliers , le conte de Nort- « hombrelande et messire Henry de Perssy son ainsné fils « en ont parlé et de raison, le roy Richart les a fait bannir « hors d'Angleterre , et par ainsi est-il apparant que bien « tost il n'y aura nuls hommes de vaillance en Angleterre. « Si s'i nourrissent 4 et font jà moult de mauls, et y sont « engendrées trop de félonnies et de 5 haynnes qui se « multiplient très-grandement ; et bien tost, se on n'y
1 Pleinement et. — *-5 Voire. — **" Et sont jà engendrées toutes félon aies et.
« pourvoit, tout ira mal. Et la pourvéance est que on « mande le conte d'Erby, qui pert son temps en France, « et , luy venu par dechà , baillié luy soit le l règne à <( gouverner par bonne ordonnance du royaulme d'Angle- « terre 2, par quoy il se refourme en bon estât , et soient « pugnis et corrigiés ceulx qui l'ont desservy , et Richart « de Bourdeaulx soit prins et mis en la Tour de Londres , « et tous ses fais escripts et mis par articles , desquels on « trouvera grant foison ; et lorsqu'ils seront 3 bien veus a et examinés et prouvés 4 , on verra clèrement qu'il n'est « pas digne de porter couronne , ne de tenir royaulme , « car ses oeuvres le condempneront, qui sont infâmes. »
Ainsi et en plusieurs manières parloient et devisoient les Londriens l'un à l'autre, et non pas tant seulement en la cité de Londres, mais en plusieurs 5 lieux' 6 du royaulme d'Angleterre ; et touteffois vous devés croire et savoir que pour retourner en Angleterre ce 7 dessus dessoubs 8, quelques devises, paroles, ne murmurations que les hommes euissent les ungs aux autres, ils n'euissent jamais avoir osé 9 entreprendre l0 ce que " entreprins 12 fut contre le roy, se les Londriens n'euissent commenchié.
Les cytoiens de Londres , comme chiefs du royaume d'Angleterre et puissans que ils sont, pour obvier et pourveir aux grans meschiefs, lesquels estoient apparens en Angleterre, orent secrets consauls ensemble, et aveuc euls aucuns prélats et chevalliers dudit pays, ens èsquels consauls il fut dit et arresté que on envoieroit querre le conte d'Erby qui se tenoit à Paris ou là près, et le feroit-on
Régime du royaume d'Angleterre. — 5~* Veus et bien examinés et pourveus. — s~6 Villes et cités. — 7 8 Dessoubs dessus. — e-'° Emprendre. — "-** Empris.