‹ ŒuvresChapitre 75 sur 134 · SE REND EN BRETAGNE · texte numérisé non relu

SE REND EN BRETAGNE

Quant le duc Jehan de Bretaigne entendy que le conte d'Erby son bel nepveu le venoit veoir, si en fut l moult resjouy, car moult l'aymoit et avoit toujours amé , et aussi avoit-il le duc de Lancastre son père et tous ses frères, et dist au chevallier qui s'appelloit messire Guillemme de la 2 Perrière 3 : « Pourquoy a prins nostre 4 nepveu 5 nul arrest, « ne tant , ne quant, à la court du roy, que tout droit et « sans délay, puisque il avoit intention de nous venir veoir, « que il n'est icy venu tout d'une voie ? » Le chevallier l'excusa au plus bellement que il pot : « Nennil, respondy le « duc de Bretaigne, puis le terme de sept ans, je ne vey si « voulentiers chevallier venir en Bretaigne , comme je fay « mon beau nepveu et cousin le conte d'Erby. Or tost, « retournés devers luy, et le faittes venir à grant chière, « car il trouvera nostre pays tout ouvert et appareillié « 6 pour luy recepvoir7.» De ceste response fut le chevallier d'Angleterre tout resjouy, et se mist au. retour du plus tost (Jue il pot, et vint à Blois, et recorda les paroles du duc Jehan de Bretaigne au conte d'Erby et à son conseil. Tantost à l'endemain tous montèrent à cheval, et yssirent hors de Blois au gré des bonnes gens, car ils avoient partout payé bien et largement tant que tous s'en contemptoient.

En la compaignie du conte d'Erby estoit messire Pierre de Craon, lequel avoit esté tellement démené 8 de 9 parlement à rencontre de la duchesse d'Angou royne de Naples l° qu'il estoit comme banny " du royaulme de France, et prins et saisis tous ses chasteaulx , ses rentes et ses revenues pour la somme de cent mille frans, et encoires beaucoup de mises qui contribuées estoient en poursieuvant les procès de ceste plaidoirie.

1 Bien. — *-5 Pierre. — 4-5 Cousin. — 6"7 A. l'encontre de luy. — 89 En.— 10 Et de Jhérusalem. — " Et eschievé.

Tant exploite le conte d'Erby qu'il vint à Nantes, et là trouva le duc de Bretaigne qui le recueilly, et sa route , bien grandement, et adont retourna messire Guy le Baveux en France, et le conte d'Erby demoura en Bretaigne delés le duc qui luy fist toute la meilleure chière comme il pot faire, et là estoit toudis l'arche vesque de Cantorbie , mais pas ne se descouvroit à nul homme pour quoy il estoit là venu, et ne le sçavoit nuls fors le conte et son conseil.

Le conte d'Erby veoit que le duc de Bretaigne luy faisoit 1 très-bonne chière et grant amour 2, car il n'espargnoit riens à luy et à ses gens festoier, et luy desplaisoit que plus n'en povoit faire, et bien sçavoit que le roy Richart3 avoit grandement mesprins 4 à rencontre de luy : si en avoit pitié. Quant le conte d'Erby eut bien considéré l'ordonnance du duc Jehan de Bretaigne et sa bonne voulenté, par le conseil que il ot, il se descouvry au dit duc d'aucunes de ses besoingnes , voire 5 ainsi que pour demander conseil à savoir comment il s'en cheviroit, et fut de la duchié de Lancastre et de tous ses héritages que son seigneur de père avoit tenu et tenoit au jour de son trespas, qui luy estoient escheus 6 par hoirrie et succession, et si n'estoit point rappelle du roy d'Angleterre, mais eschacié et débouté, et donnoit tous les jours ses terres et ses héritages qui siens estoient et à ses enffans, aux ungs et aux autres qui légièrement les demandoient : dont plusieurs nobles prélats et barons d'Angleterre se contemptoient mal sus le roy, et estoit le pays en grant différent l'un contre l'autre, et tant que les bonnes gens de Londres en avoient pitié, et luy donnoit- on à entendre que voulentiers ils le verroient retourner, et le mettroient à accord 7 devers le roy et luy feroient ravoir tous ses héritages.

15 Et monstroit tout l'amour du monde. — ""* Estoit grandement courroucié. — 5 Par manière. — 'Et dévolus. — 7 Et en amour.

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