‹ ŒuvresChapitre 78 sur 134 · LE COMTE DE DERBY ENTRE A LONDRES · texte numérisé non relu

LE COMTE DE DERBY ENTRE A LONDRES

quoyque toutes gens à Londres et ailleurs feussent moult resjouis de ces nouvelles. Et se retrouvèrent tantost des plus notables hommes de Londres plus de deux cens, et parlèrent ensemble et ne tindrent pas long conseil, car le cas ne le requéroit pas, mais dirent : « Or tost, appa- « reillons-nous et alons querre monseigneur de Lancastre, « puisque nous l'avons mandé. L'archevesque de Cantorbie « a bien exploittié quant il l'a ramené par dechà. Et soit « signifié la venue du gentil conte et duc sus le pays à tous « chevalliers et escuiers qui le désirent à veoir et à avoir « à seigneur. » Adont furent esleus très-grant foison de hommes londriens à prononchier -ces nouvelles et à faire ces messages sus le pays aux barons, chevalliers et escuiers qui le désiroient à veoir et à avoir à seigneur et qui de leur 1 partie 2 estoient. Et plus de cinq cens Londriens montèrent à cheval, et à paines attendoient-ils l'un l'autre de la grant voulenté qu'ils avoient de venir vers le conte d'Erby. Le conte d'Erby et sa route ne s'arrestèrent pas longuement à Pleumoude ; mais au matin, si trestost que les chevaulx furent trais hors de leurs bateaulx, ils montèrent sus et prindrent le chemin de Londres, et tousjours estoit messire Pierre de Craon en la compaignie du conte d'Erby. Le maire de Londres et ceulx qui à gouverner avoient la cité, furent les premièrains qui encontrèrent le dit conte d'Erby sus les champs , et l'archevesque de Cantorbie et leurs routes. Si se conjouirent lyement et grandement de fait, de paroles et de contenances, et se recueillièrent 3 tant que ils se veirent et encontrèrent. Et comme plus chevauchoient, tant plus encontroient gens et Londriens, et vindrent ce premier jour gésir à 4 Dardeforde 5 à 6 vingt-et-cinq 7 miles de Londres.

11 Parti. — "Doucement. — 4S Gilleforde. — •'* Vingt... Vingt-huit.

Quant ce vint à lendemain, tous les citoiens et citoiennes de Londres savoient jà que le conte d'Erby nommé duc de Lancastre venoità Londres. Dont y ssirent toutes gens, hommes et femmes, le clergié et les enflans de la cité, chascun qui mieulx mieulx, à rencontre de luy, tant avoient-ils grant désir de le veoir. Et cheminoient à cheval et à pié toutes gens et si avant que ils en avoient la veue, et, quant ils le veoient, ils crioient à haulte voix 1 : « A joie , à bien « et à prospérité nous viengne celluy que tant nous avons « désiré, monseigneur d'Erby et de Lancastre ! Oncques, « puis qu'il yssy d'Angleterre, bien n'advint ou pays. Par « luy serons-nous recouvrés et mis en estât deu et raisonce nable. Nous avons vesquu et esté en desplaisance et en « ruyne par le povre conseil que Richart de Bourdeaulx a « eu, et de soy-meismes il en est moult coulpable, car ung « roy qui doit gouverner ung peuple et ung roiaulme, doit « avoir tant de sens et de discrétion que pour savoir con- « gnoistre le bien et le mal. Autrement il n'est pas digne de (i tenir royaulme. Et il a fait en tout cas le contraire, ainsi « que bien sera sceu et prouvé sur luy. »

De tels voix et paroles estoit recueillie et * convoyé 3 le conte d'Erby en venant à Londres. Le maire de Londres chevauchoit coste-à-coste de luy, qui grant plaisance prendoit au poeuple qui doulcement et humblement le recueilloit. Si disoit à la fois au conte d'Erby : « Monseigneur, « regardés et considérés ce poeuple comment il se resjouist « de vostre venue. .» — « C'est vérité, » respondoit le conte, et chevauchoit en pur le chief et les enclinoit à destre et à senestre, ainsi que ils venoient et le recueilloient.

En cel estât vindrent-ils à Londres, et menèrent le conte d'Erby en son hostel, et puis se retrairent chascun ou

* Et légiére. — *-3 Aconvoyé.

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