ENTRE A LONDRES
sien, tant que ils orent disné, que le maire de Londres, les notables hommes et le conseil de Londres et moult de barons et de chevalliers * qui en Londres estoient, le vindrent veoir et conjouir. Et la duchesse de Glocestre et ses deux filles qui en Londres se tenoient 2, le vindrent grandement conjouir, et Offrem 3 le vaillant chevallier 4 estoit en la 5 chevauchie 6 du roy, voire plus par constrainte que par amour. Aveuc ces dames vint la contesse d'Arondel et aucuns de ses enffans, et aussi la contesse de Warwich et plusieurs autres dames qui se tenoient à Londres. Et devés savoir que toutes gens estoient si resjouis en Londres , que nuls hommes de mestier ne faisoient euvre, ne service non plus que le jour de Pasques.
Pour venir à la conclusion de la besoingne dontj'ay commencié le traittié, conseillié fut et ad visé que on se 7 délivreroit de chevauchier et aler devers le roy, lequel on nommoit en Londres et ailleurs, sans nul title 8 d'honneur 9, Richart de Bourdeaulx, et l'avoient les10 Londriens11 acqueillié en si grant hayne que à paines ils ne povoient , ne vouloient oyr parler de luy, fors à sa condempnation et 12 confusion 13. Et jà avoient les Londriens traittié devers le conte d'Erby que il seroit leur seigneur et roy et se ordonneroit de tous poins par leur conseil, et, à ceste ordonnance et aliance faire, le conte d'Erby mist en termes que il emprendroit le fais 14 et la gouverne 15 du royaulme à demourer perpétuellement à tousjours à luy et à son hoir. Et ainsi les Londriens luy jurèrent, escripvirent et séellèrent à tenir et luy 16 eurent en convenant 17 de luy
1 D'évesques et d'abbés. — a Qui ses cousines germaines estoient.
— 3-* Leur frère. — 5"8 Chambre. — 7 Hasteroit et. — 8"9 D'amour.
— 10 Vilains. — u Godailliers. — l2,s Destruction. — **** Le gouvernement. — 16"17 Promirent.
faire jurer et séeller tout le demourant du royaulme d'Angleterre si solempnellement et si à certes que jamais n'en seroit question, et demourroient à tousjours mais delés luy et luy aideroient à mettre ses fais sus.
Ces convenances et obligations prinses tant de l'une partie que de l'autre et bien briefment, car on s'en vouloit délivrer, il fut ordonné que douze l mil 2 hommes de Londres tous armés et montés à cheval se départiroient aveuc le conte d'Erby et chevaucheroient vers Bristo aveuc luy , et tant feroient que ils prendroient ce Richart de Bourdeaulx et le amenroient à Londres, et, luy là amené, on auroit advis quel chose on feroit de luy, car il seroit déduit et mené par loy et jugement des nobles, prélats et communaultés d'Angleterre, et jugié selon 3 les 4 articles.
Encoires fut dit et ordonné pour faire moins d'escandèle que les hommes d'armes et arbalesiriers que le duc de Bretaigne avoit prestes au conte d'Erby pour son convoy, seroient renvoies, car ils auroient gens assés sans euls pour leur fait 5achiefver. Sus cel estât et ce jour meismes, à l'ordonnance des Londriens, le conte d'Erby fist appeller les chevalliers de Bretaigne et les plus grans qui là estoient, et les remerchia du service que fait luy avoient, et leur fîst donner et départir beaucoup de flourins, tant que tous s'en contentèrent , et retournèrent à leur navie au port de Pleumoude et rentrèrent dedens et retournèrent arrière en Bretaigne .
Or parlerons maintenant du conte d'Erby qui se ordonna pour chevauchier vers Bristo.
Le conte d'Erby se fist chief de%6 ceste chevauchie 7 ,
V Cents — '"* Ses. — s Faire et. — 8"' Toute ceste armée de Londriens.
MARCHK VERS BRISTOL. 177
e'estoit raison, car elle luy touchoit plus que à nul homme. Si se départy de Londres en grant arroy et hasta grandement son voyage. Ainsi que il et les Londriens chevauchoient, tout le pays s'esmouvoit l en rencontre d'euls 2.
Nouvelles vindrent en l'ost du roy Richart de la venue du conte d'Erby et des Londriens, et fut ce sceu de moult de 3 chevalliers, escuiers et archiers, avant que le roy le sceuist, et le sceurent tels qui ne l'euissent osé dire. Quant ces nouvelles furent 4 espandues 5 par murmurations entre euls, si entrèrent les plusieurs et ceulx qui estoient plus prouchains du roy, en grant fréeur, et congnurent tantost que la besoingne se ordonnoit à 6 gésir 7 en péril pour eulx et pour le roy ; car trop avoient d'ennemis en Angleterre , et tel leur seroit ennemy, puis que le conte d'Erby estoit deçà la mer, qui beau samblant leur avoit monstre, ainsi qu'il fut veu et sceu, car moult de chevalliers, escuiers et archiers, qui avoient servy le roy, la saison, s'en dissimulèrent et se départirent de la route du roy sans prendre congié, ne dire : « Je m'en vois, » et s'en aloient les aucuns vers leurs hostels ; et les autres, au plus droit que ils povoient, venoient devers le conte d'Erby et se mettoient en sa compaignie.
Si trestost que Offrem de Glocestre et Richart d'Arondel porent 8 sçavoir 9 que le conte d'Erby leur cousin et les Londriens venoient, ils recueillirent leurs gens et se départirent de la compaignie du roy Richart et ne cessèrent de chevauchier tant que ils orent trouvé le conte d'Erby et sa route qui desjà avoient passé Acquessuffort et estoient venus en une ville que on appelle Souxestre. Le conte d'Erby ot moult grant joye de ses cousins quant il les vey, et aussi orent-ils de luy, et leur demanda de Testât de leur
*-* Et venoit devers eulx. — 3 Gens. — *-" Esparties. — a'7 Chevir. — s-9 Cognoistre et entendre.