‹ ŒuvresChapitre 104 sur 279 · PARTIE I, LETTRE LX · texte numérisé non relu

PARTIE I, LETTRE LX

P. S. J oubliois de le dire que milord m'a remis ta lettre, et que je n ai point lait difficulté de la recevoir, ne jugeant pas qu'un pareil dépôt doive rester entre les mains d un tiers. Je te la rendrai à notre première entrevue; car, quant à moi, je n'en ai plus à faire; elle est trop bien écrite au fond de mon cœur pour que jamais j aie besoin de la relire.

LETTRE LXI

DE JULIE

Amène demain milord Edouard , que je me jette à ses pieds comme il s'est mis aux tiens. Quelle grandeur ! quelle générosité ! Oh ! que nous sommes petits devant lui ! Conserve ce précieux ami comme la prunelle de ton œil. Peut-être vaudroit-il moins s il étoit plus tempérant : jamais homme sans défaut eutil de grandes vertus ?

Mille angoisses de toute espèce m avoient jetée dans labattement ; ta lettre est venue ranimer mon courage éteint ; en dissipant mes terreurs elle m'a rendu mes peines plus supportables ; je me sens maintenant assez de force pour souffrir. Tu vis , tu m'aimes ; ton sang , le sang de ton ami , n'ont point été répandus, et ton honneur est en sûreté : je ne suis donc pas tout-à-fait misérable.

Ne manque pas au rendez-vous de demain. Jamais je n'eus si grand besoin de te voir, ni si peu d'espoir de te voir long-temps. Adieu , mon cher et unique ami.

23o LA NOUVELLE HÉLOÏSE.

Tu nas pas bien dit , ce me semble, Vivons pour nous

aimer. Ah ! il falloit dire, Aimons-nous pour vivre.

LETTRE LXII

DE CLAIRE A JULIE

Faudra-t-il toujours, aimable cousine, ne remplir envers toi que les plus tristes devoirs de 1 amitié? Faudra-t-il toujours dans ramertume de mon cœur affliger le tien par de cruels avis ? Hélas ! tous nos sentiments nous sont communs, tu le sais bien, et je ne saurois t annoncer de nouvelles peines que je ne les aie déjà senties. Que ne puis-je te cacher ton infortune sans l'augmenter? ou que la tendre amitié n'a-t-elle autant de charmes que l'amour ! Ah ! que j'effacerois promptement tous les chagrins que je te donne !

Hier, après le concert, ta mère en s'en retournant, ayantacceptélebrasdetonamiettoiceluideM. d'Orbe, nos deux pères restèrent avec mUord à parler de politique ; sujet dont je suis si excédée que l'ennui me chassa dans ma chambre. Une demi-heure après j entendis nommer ton ami plusieurs fois avec assez de véhémence : je connus que la conversation avoit changé d'objet , et je prêtai l'oreille. Je jugeai parla suite du discours qu'Edouard avoit osé proposer ton mariage avec ton ami, qu il appeloit hautement le sien , et auquel il offrait de faire en cette qualité un établissement convenable. Ton père avoit rejeté avec mépris cette proposition , et c'étoit là-dessus que les

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