‹ ŒuvresChapitre 12 sur 279 · PARTIE I, LETTRE V · texte numérisé non relu

PARTIE I, LETTRE V

son objet conserveront ensemble une inaltérable pureté. Je frémirais de porter la main sur tes chastes attraits plus que du plus vil inceste; et-tun'es pas dans Une sûreté plus inviolable avec ton père qu'avec ton amant. Oh! si jamais cet amant heureux s'oublie un moment devant toi!... L'amant de Julie auroit une aine abjecte ! Non , quand je cesserai d'aimer la vertu , je ne t'aimerai plus ; à ma première lâcheté , je ne veux plus que tu m'aimes.

Rassure-toi donc, je t'en conjure au nom du tendre et pur amour qui nous unit; c'est à lui de t'être garant de ma retenue et de mon respect ; c'est à lui de te répondre de lui-même. Et pourquoi tes craintes iroientelles plus loin que mes désirs? à quel autre bonheur voudrois-je aspirer, si tout mon cœur suffit à peine à celui qu'il goûte? Nous sommes jeunes tous deux, il est vrai ; nous aimons pour la première et l'unique fois de la vie , et n'avons nulle expérience des passions : mais l'honneur qui nous conduit est-il un guide trompeur? a-t-il besoin d'une expérience suspecte qu'on n acquiert qu'à force de vices? J'ignore si je m'abuse ; mais il me semble que les sentiments droits sont tous au fond de mon cœur. Je ne suis point un vil séducteur comme tu m'appelles dans ton désespoir, mais un homme simple et sensible, qui montre aisément ce qu'il sent , et ne sent rien dont il doive rougir. Pour dire tout en un seul mot, j'abhorre encore plus le crime que je n'aime Julie. Je ne sais, non, je ne sais pas même si l'amour que tu fais naître est compatible avec 1 oubli de la vertu, et si tout autre qu'une ame honnête peut sentir assez tous tes charmes. Pour moi, plus

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j'en suis pénétré , plus mas sentiments s'élèvent. Quel bien , que je n'aurois pas fait pour lui-même , ne feroisje pas maintenant pour me rendre digne de toi? xVh ! daigne te confier aux feux que tu m'inspires , et que til sais si bien purifier; crois qu il suffit que je t'adore pour respecter à jamais le précieux dépôt dont tu m'as chargé. Oh! quel cœur je vais posséder! Vrai bonheur, gloire de ce qu'on aime, triomphe d'un amour qui s honore , combien tu vaux mieux que tous ses plaisirs !

LETTRE VI

DE JULIE A CLAIRE

Veux -tu . ma cousine , passer ta vie à pleurer cette pauvre Chaillot , et faut-il que les morts te fassent oublier les vivants? Tes regrets sont justes, et je les partage; mais doivent-ils être éternels? Depuis la perte de ta mère, elle t'avoit élevée avec le plus grand soin : elle étoit plutôt ton amie que ta gouvernante; elle t'aimoit tendrement, et m'aimoit parceque tu m'aimes; elle ne nous inspira jamais que des principes de sagesse et d'honneur. Je sais tout cela , ma chère, et j'en conviens avec plaisir. Mais conviens aussi que la bonne femme étoit peu prudente avec nous; qu'elle nous faisoit sans nécessité les confidences les plus indiscrètes ; qu'elle nous entretenoit sans cesse des maximes de la galanterie, des aventures de sa jeunesse, du manège des amants; et que, pour nous garantir des pièges des hommes , si elle ne nous apprenoit pas à leur en

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