‹ ŒuvresChapitre 127 sur 279 · PARTIE II, LETTRE III. '<~ î · texte numérisé non relu

PARTIE II, LETTRE III. '<~ î

L.i.icct-ez jamais la profonde impression sans effacer à-la-fois tons les sentiments exquis que vous reeûtes de la nature; et quanti il ne vous restera plus d'amour, il ne \ous restera plus rien d'estimable. Qu avcz-vous doue maintenant à faire , ne pouvant plus changer I état de votre cœur? Une seule chose, Julie; c'est de le rendre légitime. Je vais vous proposer pour cela l'unique moyen qui vous reste : profifez-en tandis qu il est temps encore; rendez à l'innocence et à la vertu cette sublime raison dont le ciel vous fit dépositaire, ou ci ailliez d'à \ i lira jamais le plus précieux de ses dons. J ai dans le duché d'York une terre assez considérable, qui fut long-temps le séjour de mes ancêtres. Le château est ancien , mais bon et commode ; Jes environs sont solitaires, mais agréables et variés. La rivière d Ouse , qui passe au bout du parc , offre àla-fois une perspective charmante à la Vue et un débouché facile aux denrées. Le produit de la terre suffit pour 1 honnête entretien du maître , et peut doubler sous ses yeux. L'odieux préjugé n'a point d'accès dans cette heureuse contrée ; 1 habitant paisible y conserve encore les mœurs simples des premiers temps ; et Ton y trouve une image du Valais décrit avec des traits si touchants par la plume de votre ami. Cette terre est à vous, Julie , si vous daignez 1 habiter avec lui ; et c'est là que nous pourrez accomplir ensemble tous les tendras souhaits par où finit la lettre dont je parle.

Venez , modèle unique des vrais amants , venez , couple aimable et fidèle , prendre possession d'un lieu fait pour servir d asile à l'amour et à l'innocence; venez v serrer, à la face du ciel et des hommes , le doux

nœud qui vous unit ; venez honorer de l'exemple de vos vertus un pays où elles seront adorées, et des gens simples portés à les imiter. Puissiez-vous en ce lieu tranquille goûter à jamais dans les sentiments qui vous unissent le bonheur des âmes pures ! puisse le ciel y bénir vos chastes feux d'une famille qui vous ressemble ! puissiez-vous y prolonger vos jours dans une honorable vieillesse , et les terminer enfin paisiblement dans les bras de vos enfants ! puissent nos neveux , en parcourant avec un charme secret ce monument de la félicité conjugale, dire un jour dans l'attendrissement de leur cœur : Ce fut ici l'asile de l'innocence, ce fat ici la demeure des deux amants!

Votre sort est en vos mains , Julie ; pesez attentivement la proposition que je vous fais , et n'en examinez que le fond ; car d'ailleurs je me charge d'assurer d'avance et irrévocablement votre ami de rengagement que je prends; je me charge aussi de la sûreté de votre départ, et de veiller avec lui à celle de votre personne jusqu à votre arrivée : là vous pourrez aussitôt vous marier publiquement sans obstacle; car parmi nous une fille nubile n'a nul besoin du consentement d autrui pour disposer d'elle-même. Nos sages lois n'abrogent point celles de la nature ; et s'il résulte de cet heureux accord quelques inconvénients , ils sont beaucoup moindres que ceux qu il prévient. J'ai laissé à Vevai mon valet-de-chambre, homme de confiance, brave, prudent, et d une fidélité à toute épreuve. Vous pourrez aisément vous concerter avec lui de bouche ou par écrit à laide de Regianino , sans que ce dernier sache de quoi il s'agit. Quand il sera temps ,

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